Plus de deux siècles après son indépendance, Haïti, la première république noire du monde, se trouve dans une situation socioéconomique et politique de plus en plus précaire. Cette situation est telle que le pays est devenu, aujourd’hui, le plus pauvre de l’Amérique.
La pauvreté, l’insécurité, l’injustice, la médiocrité, la corruption, la déchéance morale, la superstition, la division, le manque de leadership, pour ne citer que ceux-là, sont des éléments caractéristiques de la situation chaotique du pays. Le dysfonctionnement de presque toutes les institutions est plus qu’évident. Même l’Église ne fait pas exception.
Pourtant, l’Église, institution créée par Jésus-Christ, et considérée comme étant « la colonne et l’appui de la vérité », est appelée à briller dans le monde. De part sa mission, elle doit porter de la lumière, de changement positif et significatif. En effet, grâce à la qualité de son enseignement, et avec l’aide du Saint-Esprit, elle a pour mission, entre autres, de préparer des femmes et des hommes pour le royaume de Dieu, mais aussi de produire de cadres chrétiens honnêtes, qualifiés et compétents devant contribuer au développement de toute communauté. N’est-il pas écrit, dans les saintes écritures, que Dieu a doté son Église de ressources humaines compétentes et complémentaires, à bien des égards, dans l’objectif de perfectionner les chrétiens ?
Malheureusement, triste est de constater à quel point, en Haïti notamment, l’Église perd davantage de sa valeur.
L’absence d’un leadership spirituel authentique (Sander, 1994) est sans aucun doute l’une des principales causes de l’affaiblissement de l’efficacité de l’église en Haïti.
Pour qu’elle soit capable de porter de la lumière en Haïti, et soit en mesure de remplir son rôle de transformation à tous égards, l’église a besoin d’être dirigée par des hommes, des leaders spirituels choisis et équipés par Dieu.
Le besoin de leaders spirituels, à la ressemblance de Christ, comme responsables des églises en Haïti, afin que cette église puisse impacter positivement la vie de ses membres, et, par voie de conséquence, la vie de la nation haïtienne, est plus qu’une urgence.
Qu’est-ce que le leadership ? Qu’entend-on par leadership spirituel ? Quelles sont les qualités indispensables à tout leader chrétien ? Qu’est-ce que l’Église ? Quel est le rôle de l’Église dans la transformation de l’être ? Ce sont à ces questions que nous tenterons d’apporter des éléments de réponses, au travers de ce texte.
Plusieurs auteurs tentent d’apporter une définition au concept leadership. Pour le besoin de ce texte, nous retenons deux : celle de Northouse et celle de Bélet. Selon Northouse (2007), le leadership est un processus par lequel une personne exerce une influence sur d’autres, dans le but d’atteindre un objectif commun. De son coté, Bélet (2013), définit le leadership comme « un processus social interactif par lequel un leader, du fait de son « autorité », de son projet, de sa personnalité, de ses attitudes et comportements, réussit à obtenir l’adhésion libre et volontaire et donc la coopération de la plupart des personnes et des équipes de son organisation ».
Qu’en est-il du leadership spirituel ? Piper John (2013), dans un article titré « le leader spirituel, la face cachée », apporte la définition suivante du leadership spirituel : « Je définis le leadership spirituel comme étant le fait de savoir la place que Dieu a prévue pour une personne en particulier, mais aussi de pouvoir se soumettre à Dieu pour emmener cette personne où Dieu le veut ». Selon lui, « le but du leadership spirituel est donc d’emmener les hommes à connaitre Dieu et à le glorifier dans tout ce qu’ils font. Il ne vise pas tant à diriger les personnes qu’à les transformer ». Dans cette même veine, « le leader spirituel est avant tout humble et capable de s'effacer dans un contexte organisationnel donné. Il éclaire le chemin des collaborateurs davantage qu'il impose des solutions prédéterminées ».
Après avoir défini les concepts leadership et leadership spirituel, il importe, maintenant, de définir le mot église. Qu’est-ce que l’Église ? Employée une trentaine de fois dans la Bible, l’Église, dans son sens premier, désigne l'assemblée des croyants, et se réfère aussi bien à une communauté locale qu’à l'ensemble des croyants dans le Christ.
Parlant du leadership spirituel, ce besoin essentiel pour l‘église d’aujourd’hui, Sanders (1994) déclare, et je cite : «Le leadership spirituel est une chose de l’Esprit, et il est conféré par Dieu seul». Il est convaincu qu’aucun homme, qu’aucun groupement de personnes n’ont le droit ni le pouvoir d’élire ou de nommer les leaders spirituels. Pour lui, « seul Dieu peut choisir les leaders spirituels ».
En fait, compte tenu de la nature surnaturelle de l’Église (Sanders, 1994), de sa mission, n’importe qui ne devrait pas choisir, comme bon lui semble, d’en devenir leader ou responsable. C’est peut être l’une des raisons qui justifie cette inefficacité de nos églises à transformer la vie des chrétiens tant sur le plans spirituel, social et matériel.
En Haïti, ces derniers temps, on constate qu’il est trop facile pour des hommes de se faire responsables d’églises. Ils sont trop nombreux ceux qui rentrent dans ce ministère sacré sans préparation ni vocation. Ils utilisent l’église pour satisfaire leur désir charnel, égoïste et leur cupidité au d’détriment du salut des âmes. Ceci nous porte à poser la question que voici : quelles sont les qualités du leader ou du responsable chrétien ?
Il est de toute évidence que la Bible, la parole vivante et permanente de Dieu (1 Pierre 1 :23), est le livre par excellence dans lequel se trouvent, de façon claire et précise, toutes les qualités que devrait revêtir tout leader ou responsable chrétien. En effet, on y trouve plein d’hommes qui ont fait de grands exploits et honoré Dieu parce qu’ils ont eu le privilège d’être des bénéficiaires des qualités indispensables à tout leader spirituel.
Alfred Kuen (1997) a classé les qualifications du leader ou responsable chrétien selon trois catégories. Il s’agit des qualifications spirituelles, des qualifications morales et des qualifications humaines. Les qualités spirituelles étant primordiales et indispensables à tous leaders spirituels, une énumération de ces qualités spirituelles s’avère nécessaire. Ce sont : « aimer le Seigneur, attachement à Dieu, la foi-confiance, la bonne conscience, l’amour de la parole de Dieu, la stabilité doctrinale, la vigilance, la maturité, la concentration sur le service et être rempli de l’Esprit ».
De son côté, Sanders (1994), a présenté pas moins de 15 qualités essentielles pour le leadership, qui sont : « la discipline, la vision, la sagesse, la décision, le courage, l’humilité, l’intégrité et la sincérité, l’humour, la colère, la patience, l’amitié, le tact et la diplomatie, le pouvoir d’inspiration, les capacités administratives et l’art d’écrire des lettres ».
Nyamankank (2010), quant à lui, met l’accent sur l’importance de l’amour comme qualité au point d’affirmer que « l'amour rend concrètes la vérité et la justice, provoque chez le leader chrétien intégrité, honnêteté, fraternité, stabilité, humilité, sociabilité, empathie, diplomatie, esprit de décision, perception, vision, bon sens et service ».
Aujourd’hui, plus que jamais, l’église a besoin d’être dirigée par des hommes revêtus de ces qualités et remplis du Saint-Esprit, qui soient dignes de former la nouvelle génération pour le royaume de Dieu et pour le pays. Haïti a soif d’une jeunesse compétente et honnête. L’église devrait à même de contribuer grandement à la satisfaction de ce besoin.
Il ne fait aucun doute que l’église locale, après la famille, soit l’institution la plus présente sur le territoire haïtien. Dans chaque section communale, on trouve une ou même plusieurs églises locales, bien souvent sous des appellations différentes. Là où l’on peut ne pas trouver une école ou un centre de santé, sur le territoire haïtien, il est facile de constater la présence de plusieurs temples où se réunissent des églises locales.
Malgré cette multiplication des églises locales sur le sol haïtien, leur efficacité laisse beaucoup à désirer. Beaucoup se questionne sur le niveau du rendement des églises sur le plan spirituel, moral, social, économique, pour ne citer que ceux-là.
Or, l’œuvre terrestre de Jésus-Christ, le Bâtisseur de l’Église, a bel et bien prouvé que le rôle de l’Église ne se limite pas à préparer les hommes pour le royaume de Dieu, même si celui-ci est fondamental. En plus de sa préoccupation au salut des âmes, le Christ se souciait beaucoup à satisfaire leurs besoins de santé, de nourriture, de paix, ect. La parabole du bon Samaritain est un exemple, parmi tant d’autres, qui éclaire sur la responsabilité sociale des chrétiens. Donc, ces derniers ont pour devoir d’impacter leur communauté tant sur le plan spirituel, moral, social, économique, pourquoi pas politique.
Partout où ils se trouvent, les chrétiens, disciples de Jésus-Christ, sont appelés à faire la différence en tout. Ils doivent, à travers leur comportement, briller en vue de chasser les ténèbres de la médiocrité, de l’injustice, de la corruption, du mensonge, de la haine et de toute forme d’immoralité.
La jeunesse chrétienne est en quête de leaders qui ne sont pas motivés par « l’amour de l’argent » et du pouvoir, des leaders qui sont exempts de tout scandale. En ce sens, le Dr Matts, Recteur de l’Université Emmaüs, en Haïti, a dit, au sujet de Billy Graham : «Billy Graham est l’un des plus grands Pasteurs de l’ère moderne, car, bien qu’il ait des relations avec de grands hommes politiques, il n’a jamais profité de ces relations pour être l’objet d’aucun scandale ».
Enfin, il est de la responsabilité de l’Église de travailler en vue de parvenir à transformer la vie de ses membres dans tous les domaines, notamment sur le plan spirituel, moral, social, matériel, pour ne citer que ceux-là. Pour y parvenir, ses leaders et responsables doivent être des hommes de Dieu. Ils doivent être choisis, formés et conduits par le Saint-Esprit. C’est avec raison que Sanders (1994) déclare que « le leadership spirituel ne peut être exercé que par des hommes remplis de l’Esprit. D’autres qualifications lui sont également désirables, mais la plénitude du Saint-Esprit lui est indispensable ». Autrement dit, par-dessus de ses qualifications morales et intellectuelles, le leader spirituel doit avant tout être qualifié spirituellement, pour être efficace dans la transformation de la vie de ses suiveurs.
La possession des qualités spirituelles, morales et humaines (Kuen 1997) permettra au leader chrétien d’être capable d’influencer ses suiveurs à être bons pour la cause du royaume de Dieu, et aussi à être de bons citoyens, qui refusent toute forme de compromission susceptible de nuire au progrès de son pays.
En fait, façonnés par l’enseignement et la vie pratique et exemplaire d’hommes de Dieu, et guidés par le Saint-Esprit, les chrétiens s’engageront non seulement à proclamer la bonne nouvelle du royaume, mais aussi à œuvrer en vue de combattre, entre autres, l’injustice, la médiocrité, la corruption, la division et l’immoralité qui gangrènent la nation haïtienne.
Néhémie HYPPOLITE-JEAN
Maitre en Leadership et Administration
Nehemie25@yahoo.fr
3202-1651 / 3729-2875
Bibliographie
Bible Louis Segond.
Bélet, D. (2013). Un paradigme innovant et puissant pour remédier à la crise du management :
le « servant leadership ». Innovation, Université de Poitiers n° 40 , p 11-31.
Kuen, A. (1997). Le responsable : qualifications et fonctions. Saint-Leger, éditions Emmaüs.
Northouse, P. (2007). Leadership, theory and practice. Sage Publications, Thousand Oaks.
Nyamankank, M. (2010). Le rôle central du concept d'amour dans le leadership chrétien. Revue
africaine des sciences de la mission.
Piper, J. (2013). Le leader spirituel, la face cachée. https://www.leadersChretiens.com
Sanders, J. O. (1994). Le leader spirituel. Les qualités importantes pour les responsables
d’églises. Éditions Farel, France.