Les madan Sara, éternelles victimes des "peyi lòk"

Publié le 2022-09-30 | lenouvelliste.com

Des "madan Sara", en provenance de plusieurs communes du département de la Grand'Anse, qui ont l’habitude d’effectuer des voyages hebdomadaires afin de livrer leurs vivres à Port-au-Prince, se trouvent depuis plusieurs semaines, pour la plupart, clouées chez elles. Quand ce n'est pas à cause de la rareté du carburant, c'est à cause des troubles politiques que connaît le pays ces derniers jours. Nombreuses sont celles qui choisissent d'autres options, à savoir trouver une place au marché public de Jérémie ou une entreprise de transformation pour écouler leurs produits. Un pari qui est souvent moins bénéfique que celui de la capitale.

« À cause de la rareté du carburant, il nous arrive d'attendre deux à trois jours, parfois une semaine, pour trouver un camion vers Port-au-Prince. Souvent, nous regardons pourrir nos produits. Nous les revendons à des prix dérisoires », explique Venise, "madan Sara" depuis plus de vingt ans.

À Jebo, localité située à l'entrée sud de la ville de Jérémie, on retrouve plusieurs dizaines de marchandes  qui attendaient un bus pour Port-au-Prince. Dans ce point de stationnement, un chauffeur est venu à peine de confirmer qu'il était impossible de s'y rendre parce que la route était bloquée au niveau des Cayes et de Petit-Goâve, à cause des mouvements de protestation.

« Aujourd’hui, avec la hausse du prix du carburant, le "peyi lòk", le transport est de plus en plus coûteux pour nous, affirme Jacqueline. Le prix du trajet est de 2000 gourdes, sans prendre en compte le prix pour les marchandises. On paie entre 1000 et 2000 gourdes par sac de marchandises. Et dire qu'on doit encore payer en cours de route pour nous laisser franchir des barricades, sans aucune garantie qu'on atteindra notre destination », a-t-elle ajouté.

Une autre alternative présentée aux marchandes est la possibilité d'écouler leurs produits aux entreprises de transformation agricole. Mais le hic, elles ne sont pas nombreuses dans la Grand'Anse et sont souvent en manque d'argent pour tout acheter. Ce qu'affirme Rébétha Charles, PDG d'une entreprise de transformation. Selon elle, pour cette semaine, elle a déjà assez de bananes et de fruits à pain (lam veritab) qui ne sont pas encore transformés à cause de la rareté du carburant. Elle ne peut pas en acheter davantage.

En attendant, à cause des conflits armés à Martissant, les crises politiques, la faiblesse de l'État haïtien, la rareté et la hausse du prix du carburant, les madan Sara se trouvent entre l'enclume et le marteau. Une situation qui risque d'entraîner des conséquences plus graves, à la fois sur la disponibilité des produits alimentaires sur le marché et sur l'avenir du secteur agricole.

Flavien Janvier jflavien50@gmail.com
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