Crise de carburant: de plus en plus d'hôpitaux en difficulté

Plusieurs hôpitaux en Haïti ont annoncé un arrêt de travail temporaire ou une réduction des heures de service en cette fin du mois septembre 2022. À l'origine : la pénurie de carburant remontant à environ deux mois sur laquelle vient se greffer des mouvements de protestation paralysant les principales activités dans le pays.

Publié le 2022-09-27 | lenouvelliste.com

Depuis deux semaines, il ne se passe pas un jour sans une note émanant d'un hôpital visant à tirer la sonnette d'alarme ou tout simplement à annoncer un arrêt de travail face à l'indisponibilité du carburant. La dernière en date est celle de l'hôpital Bernard Mevs qui, dans une note rendue publique ce 27 septembre 2022, annonce une réduction du personnel et des services disponibles. "La crise de carburant qui sévit actuellement dans le pays nous a contraint à mettre en place un plan d'urgence avec réduction de notre staff et des services disponibles, au détriment de nos fidèles patients", se désole l'administration de l'hôpital Bernard Mevs/project Medishare.

Cette structure hospitalière, l'une des plus importantes du pays, avoue que "devant cette dure et triste réalité, nous ne saurons dire quand l'hôpital pourra reprendre son fonctionnement normal si toutefois cette pénurie perdure."

Cependant, l'hôpital dit espérer ne pas arriver à la fermeture complète et profiter de cette occasion pour solliciter l'aide de tout un chacun, et plus particulièrement des fournisseurs en carburant pour nous faciliter l'accès à l'approvisionnement en Diesel qui représente à l'heure actuelle notre seule source d'énergie.

Il y a quatre jours, c'est une autre institution très importante du secteur sanitaire, Nos Petits frères et sœurs, qui avait annoncé que les hôpitaux Saint-Damien, Saint-Luc et le centre de physiothérapie Sainte-Germaine sont menacés de cessation de leurs activités pour cause de carburant. "153 enfants hospitalisés, 47 femmes enceintes à la maternité de l'hôpital Saint-Damien, 70 adultes hospitalisés en attente de soins urgents y compris des soins de traumatologie", sont entre autres les vies en danger dans ces structures de soins si la situation perdure.

Une semaine avant ces annonces, des hôpitaux publics dont l'hôpital universitaire Justinien et l'hôpital universitaire la paix avaient annoncé être en difficulté pour garder un fonctionnement normal, notamment pour les cas opératoires.

Au plus grand centre hospitalier du pays, l'hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti, la situation n'est pas différente. "Il n' y aura pas d'électricité durant la journée à l'HUEH en weekend, les salles d'opération doivent s'y adapter", a appris le journal.

Dans les villes de province comme Gonaïves, Grand-Goâve, Petit-Goâve, Cayes, Jacmel, les principaux hôpitaux annoncent une réduction des heures de service pour certains, et un arrêt temporaire pour d'autres. " Des vies continuent d’être perdues en Haïti, alors que des services de santé vitaux risquent d'être paralysés", publie la branche nationale de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), un message partagé par les différentes agences des Nations unies.

"L'insécurité et l'instabilité récurrentes en Haïti, ainsi que le blocage par des bandes armées criminelles du principal terminal de carburant du pays dans la capitale, Port-au-Prince, signifient que le carburant nécessaire pour alimenter les hôpitaux n'est pas livré. En outre, de nombreux membres du personnel de santé sont dans l'incapacité de se rendre au travail et de prodiguer des soins aux patients. La situation actuelle a également un impact négatif sur le réapprovisionnement en médicaments et en intrants médicaux."

"Des vies sont déjà perdues en Haïti parce que les hôpitaux ne peuvent pas accéder au carburant", a déclaré Ulrika Richardson, coordinatrice résidente et humanitaire des Nations unies en Haïti. " Si cette situation perdure, a-t-elle ajouté, des services vitaux risquent de s'arrêter, notamment pour les femmes enceintes, les nouveau-nés et les enfants, ainsi que pour les personnes souffrant de traumatismes et d'autres infections potentiellement mortelles."

Le manque d'accès au carburant affecte environ les trois quarts des principaux hôpitaux du pays, selon des données récemment recueillies par l'Organisation panaméricaine de la santé/Organisation mondiale de la santé/ (OPS/OMS) des Nations unies.

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) estime que quelque 22 100 enfants de moins de cinq ans et plus de 28 000 nouveau-nés risquent de ne pas recevoir les services de santé essentiels au cours des quatre prochaines semaines.

"Haïti vit une nouvelle période de « peyi lòk », ou « verrouillage du pays », depuis près de deux semaines. De dangereux barrages routiers perturbent gravement les chaînes d'approvisionnement et rendent presque impossible le déplacement des patients ou du personnel. Les barrages routiers et les troubles, combinés à la violence continue des gangs, ont également contribué à de graves pénuries de carburant et à une panne quasi totale des communications dans de nombreuses régions du pays", souligne de son côté l'hôpital Saint-Boniface.

Toutefois, cette organisation non gouvernementale qui travaille dans le grand sud informe que ses portes restent ouvertes, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour chaque patient dans le besoin. "Ces défis ont contraint de nombreux établissements de soins de santé et autres institutions critiques en Haïti à suspendre leurs opérations ces derniers jours. Grâce à notre personnel héroïque et au soutien indéfectible de nos partenaires et de la communauté locale, SBH est resté ouvert et pleinement opérationnel tout au long de cette crise", avance l'hôpital Saint-Boniface.

Grande chaîne de soins privés opérant en Haïti, le Dash informe également que ses trois hôpitaux à Petion-Ville, l'hôpital Jude-Anne à Delmas 18 ainsi que l'hôpital Christ du Nord au Cap-Haïtien continuent de fonctionner 24/24.



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