Le gouvernement haïtien doit expressément demander l’aide des Etats-Unis pour stopper les gangs

Les États-Unis d’Amérique, indique le professeur Jean Antoine Mathias Lauréus, ont la capacité de résoudre en un seul week-end le problème des gangs en Haïti. Il suggère en ce sens au gouvernement haïtien d’adresser une demande expresse auprès de l’administration américaine en vue de stopper les gangs dans le pays. 

Publié le 2022-09-26 | lenouvelliste.com

« En tant que première puissance militaire, les États-Unis ont la capacité, sans pour autant avoir besoin de mettre des hommes de troupe sur le terrain, de résoudre le problème de gangs en un week-end », a déclaré le professeur Jean Antoine Mathias Lauréus à l’émission Panel Magik, sur Magik 9, lundi 26 septembre 2022, en insistant surtout sur les capacités  technologiques des USA. Néanmoins, a-t-il ajouté, puisque le phénomène de gangs traverse la société dans toutes ses composantes, ils ne pourront pas le résoudre de manière pérenne. « Mais ils peuvent créer les conditions minimales pour permettre d’avoir une impression de sécurité pouvant conduire aux élections », a-t-il dit. 

« Je pense que le gouvernement peut rejoindre la majorité qui l’appuierait dans une telle démarche pour aller directement auprès des Américains leur demander leur aide pour résoudre ce problème, afin d’entrer dans une dynamique qui puisse permettre la réalisation des élections. À partir de ce moment, l’équipe qui sera élue pourra résoudre le problème de façon pérenne et définitive », a suggéré le professeur Lauréus. 

Même s’il se dit, par principe, contre toutes interventions étrangères dans le pays, Jean Antoine Mathias Lauréus pense que la nouvelle d’une aide américaine en ce sens suffira pour déstabiliser les gangs. « Dès qu’ils savent qu’il y a une demande expresse faite auprès des américains et que ces derniers répondent à l’affirmative et garantissent d’utiliser les grands moyens, le problème est déjà résolu », pense-t-il.

Selon M. Lauréus, compter sur la Police nationale d’Haïti pour venir à bout des gangs n’est peut-être pas le meilleur choix. « Si on rentre dans la logique de renforcement de la PNH afin d’envoyer les policiers affronter les gangs, les dommages collatéraux seront tellement énormes que rien ne garantit que l’on va s’en sortir. Je suis pour le renforcement de la police, mais pour le moment, je suis contre toute approche visant à envoyer des policiers affronter les gangs », a affirmé le professeur qui pense que la ligne gouvernementale de l’équipe au pouvoir ne conduira le pays nulle part. 

« Il nous faut des ministères de l’Intérieur et de la Défense solides avec la capacité de jouer leur rôle de contrôle politique du territoire, et pouvant utiliser tous les moyens qu’ils ont à leur disposition pour affaiblir les gangs », a par ailleurs suggéré Jean Antoine Mathias Lauréus.

"Les gangs n’agissent jamais seuls"

Jean Antoine Mathias Lauréus nous invite à réfléchir sur les gangs dans leur transversalité. Selon lui, les gangs n’agissent jamais seuls si ce n’est pour se défendre face aux gangs rivaux ou la police. Comme il l’a toujours soutenu, le professeur a fait savoir que les gangs sont instrumentalisés dans le pays, tantôt par les politiciens tantôt par des membres du secteur privé. Et la situation que l’on connaît actuellement dans le pays était prévisible, a-t-il estimé, car l’État s’est retiré. Dans plusieurs axes de la capitale, depuis un long moment, il faut des arrangements avec les gangs pour que les activités régulières puissent se tenir. 

« Les gangs ne sont pas dupes. Lorsque vous les instrumentalisez, même s’ils se font petits, ils vous instrumentalisent aussi. Ils prennent ce dont ils ont besoin : armes, argent, munitions, et des informations sur les actions de l’État », a expliqué le professeur. « Dans un tel environnement, les gangs découvrent progressivement leurs forces. Car ils se rendent compte que le bon déroulement des activités dépend d’eux. S’ils le veulent, pendant une journée ou une semaine, ils peuvent bloquer toutes les activités. 

Dans ce jeu d’instrumentalisation, les politiques instrumentalisent les gangs qui les aident à se renforcer, ou bien pour les aider à provoquer l’alternance au pouvoir, ou bien pour déstabiliser le pouvoir. Selon le professeur Lauréus, vu que les membres de la société civile n’organisent pas de grosses manifestations, les politiques de l’opposition demandent aux gangs de les aider dans les manifestations qu’ils organisent et ceux du pouvoir, a poursuivi M. Lauréus, demandent aux gangs de les aider à déstabiliser les manifestations, soit en habillant les gangs comme des policiers soit en se servant d'eux pour délégitimer les mouvements. 

« Très rarement, les politiciens de l’opposition réussissent à "fermer" le pays sans l’intervention de membres du secteur privé voulant influencer les politiques publiques de façon compatible à leurs intérêts, qui instrumentalisent ces politiciens qui, à leur tour, instrumentalisent les gangs. Et pour rouvrir le pays, le pouvoir instrumentalise les gangs », a soutenu le professeur avant d’ajouter que les gangs sont au centre des actions des politiciens de l’opposition, du pouvoir et des membres du secteur privé proches du pouvoir ou de l’opposition. 

Un gros risque se dessine alors. Comme aux temps des Cacos, Jean Antoine Mathias Lauréus dit croire qu’à tout moment les gangs peuvent décider de qui doit prendre le pouvoir dans le pays. « Ceux qui instrumentalisent les gangs peuvent se réveiller un matin et leur enjoignent de s’emparer du palais. Rien ne pourra les empêcher », a-t-il indiqué. 

« L’heure est grave, le moment est venu. Le gouvernement doit cesser d’être inefficace pour prendre les décisions appropriées. S’il ne peut pas, qu’il se retire et cède la place à un autre groupe », a martelé le professeur. 



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