La hausse des prix du carburant est-elle la bienvenue ?

Publié le 2022-09-21 | lenouvelliste.com

Le décor est planté pour une nouvelle semaine de tensions à Port-au-Prince et  quasiment dans le tout pays après une  première semaine très agitée marquée par des scènes de violences et de pillages sur tout le territoire. Le moment de répit observé du vendredi 16 au dimanche 18 septembre s’est achevé dans la soirée du dimanche après la prise de parole du Premier-ministre Ariel Henry. Ce dernier, à travers ses déclarations, non seulement ne montre aucune velléité de revenir sur sa décision d’augmenter exagérément les prix des carburants mais aussi n’a pas trop tenu compte de la situation de faim, d’insécurité  et de misère dans laquelle patauge la grande majorité de la population.  

En annonçant l’augmentation de 250 à 570 gourdes pour la gazoline, de 335 à 570 gourdes pour le diesel et de 352 à 565 pour le kérosène le 11 septembre 2022, le gouvernement n’a fait que rallumer la flamme de la mobilisation au sein d’une population déjà frappée par les 12 plaies d’Egypte. Et les mouvements violents de protestation enregistrés au cours de la semaine dernière n’ont pas suffi pour dissuader le chef du gouvernement à faire machine arrière sur cette décision qui risque de faire des torts irréparables à une frange importante de la population croulant sous le poids d’une inflation galopante.

 Personne n’ignore la relation étroite existant entre le carburant et le cout  de la vie. D’ailleurs les premiers pics de l’inflation pour l’année en cours ont commencé avec les derniers ajustements de l’essence en décembre et se sont accentués avec la guerre en Ukraine. Jointe à l’insécurité générée par les gangs armés  qui, d’une part, handicape grandement le commerce interrégional paralysant le va et vient des ‘’Madan Sara’’ et d’autre part, crée une rareté de produits de première nécessité dans certaines régions du pays dont le grand Sud. En effet, cette région enregistre depuis plusieurs mois le plus haut taux d’inflation dans le pays.

Cette augmentation  du prix des produits pétroliers annoncée par le Premier-ministre Ariel et supporté par une partie du secteur privé des affaires,  aussi bénéfique qu’elle puisse être pour l’économie, ne sera pas sans effet sur les couches défavorisées du pays. Abandonnées par l’Etat central, engluées dans le chômage et ne bénéficiant d’aucune protection sociale, elles seront les premières victimes de la hausse imminente du prix du gaz à la pompe. 

En outre, quand on combine la hausse des prix  des produits pétroliers en décembre derniers à celle annoncée par l’actuel gouvernement, cela donne  une augmentation totale de 183,5% (201 à 570 gourdes) sur la gazoline ; une augmentation de 296,6% (169 à 670 gourdes) sur le diesel et une augmentation de 307,9% (163 à 665 gourdes) sur le kérosène.

N’est-ce pas un fardeau trop lourd à porter pour une population dont 5. 6 millions vivent déjà dans l’insécurité alimentaire, selon des données vulgarisées par l’ONU, le mois dernier. Quand on se rappelle  qu’au début de l’année en cours, le nombre d’Haïtiens concernes par l’insécurité n’était que de 4,6 millions, il y a lieu de se faire du souci. Car, en d’autres termes, c’est environ un million d’Haïtiens qui se sont appauvris en moins d’un an sous le poids du chômage, de l’insécurité et de l’inflation.

Dans de pareilles conditions, peut-on souhaiter une hausse aussi prononcée du carburant en Haïti ?

   

Cyprien L. Gary

Auteur


Réagir à cet article