Cadelouse, la flamme de Klass

Le 8 août 1993 Cadet et Velouse ont donné naissance à une toute petite fille. Ils l'appellent Cadelouse. Un prénom hors du commun pour une jeune femme qui au fil des années s’est évertuée à se démarquer du lot. Établie en Floride depuis maintenant 15 ans, Cadelouse Pierre est sur le point de boucler une formation pour devenir infirmière. Parallèlement à ces études assez prenantes, elle a enclenché une carrière dans la chanson avec un des groupes les plus en vue de l’industrie musicale haïtienne, Klass. Depuis, elle jongle avec les séances de répétition, les gigs réguliers, mais aussi des critiques qui n’en finissent pas et des rumeurs à la pelle. Au cours d’une entrevue accordée à Ticket la chanteuse fait le tour de son quotidien et parle de son entrée par la grande porte dans l’arène du compas, espace où les femmes peinent à encore s’installer.

Publié le 2022-08-25 | lenouvelliste.com

C’est une Cadelouse à la voix cassée que l’on joint au téléphone ce samedi après-midi. De meilleures journées, elle en a sûrement connues. Après une prestation à Connecticut la veille, la chanteuse a pris la route pour Boston. Mais à côté de cette fatigue inhérente au métier qu’elle exerce, la jeune femme se retrouve au centre d’un « zen ». Sans doute le plus juteux de sa jeune carrière. Et il faut croire qu’elle n’était pas encore prête à faire face à ce niveau d’attention sur sa vie privée. « They’re very nasty. Gen de bagay ki di ki vrèman sal. Ki vrèman fè m mal », confie-t-elle, s’insurgeant contre la méchanceté de certains. Depuis quelques temps déjà, rumeurs et spéculations à son sujet font la une des réseaux sociaux. Mais on ne s’attarde pas trop sur ce point au début de nos échanges. On prend le temps de faire connaissance et de briser la glace.

S’ensuit une entrevue fleuve qui s’apparente à une candide conversation. L’artiste évoque les difficultés qu’elle a rencontrées au début de sa carrière. Ces gens qui ont travaillé sur ses projets et qui ne lui ont rien remis parce qu’elle n’avait pas voulu se plier à certaines de leurs demandes, les propositions indécentes qui lui ont été adressées. « Maestro Richie connaît les péripéties par lesquelles je suis passée. Il a vu le talent et a choisi de m’aider », dit-elle avant d’exprimer sa reconnaissance envers le groupe Klass qui lui a offert son podium et en particulier l’auto-proclamé « Superstar maker » qui l’a pris sous son aile et a cru en elle.

Avec Klass, ça a commencé depuis quelques années déjà. En 2017 pour être plus précis. Richie, maestro du groupe, cherchait des choristes. Une connaissance commune, Brown Cliff, a fait le lien entre eux. Professionnellement, le palmarès de la chanteuse en herbe n’est alors pas impressionnant. Elle avait déjà assuré les chœurs sur un album de Disip. Mais ses autres tentatives de véritablement se lancer n’avaient pas abouti ; que ce soit le projet Pash tué dans l’œuf qu’elle avait rejoint aux côtés de Nia, ancienne chanteuse de Zin, ou encore son single « Deeper » qui définitivement n’a pas eu l’effet escompté. La jeune femme est tout de même invitée à prendre part à une répétition. Le courant passe. Mais elle ne montera sur scène avec le groupe que quelques fois. Quand ce dernier se produit à Miami ou encore lors de certaines grandes occasions. Les liens vont se resserrer pendant la pandémie. On fait appel à elle pour la prestation live de Klass pour la fête des mères. Cette prestation convainc fans et responsables du groupe : fòk medam sa yo rete. Mais au final Cadelouse sera la seule à rester. « Nous étions trois choristes alors. Mais je suis la seule à avoir été retenue », précise-t-elle.

La relation s’officialise. Cadelouse rejoint le groupe et l’accompagne désormais dans ses différents déplacements. Plus qu’une choriste, elle jouit d’un spotlight qui lui permet de mettre en valeur ses talents. Chanteuse, danseuse, arborant des tenues sexy et affriolantes, ce bout de femme impétueuse se trémousse sur la scène presque sans arrêt, avec un peu trop d’énergie même des fois, au goût de plus d’un. Impossible de nier son apport aux côtés des messieurs. « Mwen paka deplase. Cheri m pa ka dekole. Gade kijan m mare. Lanmou sa a fè m obsede »… ce refrain qui a donné un coup de neuf à la chanson « Mwen eme w » devenue un des incontournables des grands rendez-vous de Klass, porte sa touche. Elle se crée petit à petit son propre fan base.

Parallèlement, avec le succès et les projecteurs viennent d’autres choses bien moins agréables. La Cadou de Klass n’a pas que des admirateurs. Ses détracteurs l’affublent de nombreux surnoms peu flatteurs. « Moun yo rele m krikèt, yo rele m Zwazo », relate d’un ton neutre la chanteuse de 116 livres pour 5 pieds qui peine à prendre du poids. La jeune femme qui dit sortir d’une relation amoureuse difficile est aussi accusée d’entretenir des liaisons avec d’autres musiciens du groupe. Des spéculations qu’elle digère mal. « En tant qu’artiste, tu t’attends à ce que l’on parle de toi. Mais il y a des choses qui sont dites qui sont tellement dégradantes et qui font mal », explique la choriste qui voit en la justice la meilleure voie pour adresser le problème. Pour l’honneur de sa famille. Avec une mère protestante grande pratiquante et un beau-père pasteur, celle qui avait fait ses armes dans la chanson sur une chaire comme nombre d’autres vedettes, avait déjà du mal à faire accepter son choix de faire de la musique séculière. Elle craint aussi que ces déclarations qu’elle dit mensongères ne nuisent à ses relations futures. « Lè y ap di tout bagay sa yo sou wou, gason p ap pran w o serye. Se pa tout kap konprann », avance-t-elle, insistant au passage sur le fait qu’elle souhaite « faire sa vie », avoir des enfants, un mari, un foyer…

De ce fait, pour elle, il n’est pas question de « kite l mache », de laisser faire le temps, d’attendre que le nouveau « zen cho » fasse oublier celui la concernant, comme tant d’autres avant elles l’ont fait. Si ça ne dépendait que d’elle-même ce contentieux qu’elle a adressé sur les réseaux sociaux finirait directement devant un juge. Mais, appartenant à un groupe, elle émet une certaine réserve. « Si les membres du groupe me demandent d’arrêter avec les procédures que je veux enclencher, je serai obligée de prendre en considération leur demande car je fais partie du groupe et mes décisions sont susceptibles d’affecter l’ensemble de l’équipe », dit Cadelouse

Les rumeurs selon lesquelles elle ne ferait plus partie du groupe commencent à se tasser compte tenu du fait que la choriste a été vue sur scène avec le groupe à Saint-Martin, en Martinique, aux Bahamas et bien entendu aux Etats-Unis, entre autres, au cours de ces dernières semaines. Mais la future infirmière qui se décrit comme une personne simple, réservée, très différente de celle que l’on voit sur la scène aura bien du mal à se défaire du reste. Bien qu’elle reconnaît avoir beaucoup pleuré, elle ne va pas pour autant laisser ses détracteurs avoir raison d’elle. L’artiste qui nourrit de grands rêves pour sa carrière affirme que son objectif n’est pas de rester indéfiniment une choriste. Pour le moment, elle dit profiter de cette riche expérience et de cette opportunité en or qui lui a été offerte de se faire connaître aux côtés des meilleurs de notre industrie. Pleinement. Sans demi-mesure. « J’aime chanter. Que ce soit en solo, ou comme choriste, cela me va. Quand le groupe m’a appelée, j’ai vu cela comme une belle opportunité. Je n’avais jamais pensé que je chanterais du compas. Je n’avais jamais pensé que je chanterais dans un registre autre que le registre évangélique », déclare-t-elle vibrant de passion. Mais elle en veut plus. Ses projets personnels sont toujours existants, bien que relégués au second plan. « Klass travaille actuellement sur son nouvel album. Je ne vais pas sortir de projets personnels en ce moment », dit-elle simplement.

Tout compte fait, malgré rumeurs et spéculations, Cadelouse aussi, semble-t-il, « toujou poze nan klass la ».



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