Les gangs armés règnent en maîtres et seigneurs dans le pays. Depuis une année, l’entrée sud de la capitale est bloquée par la confrontation des gangs à Martissant. La tension monte à Cité Soleil. Le dernier rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) datant du 16 juillet 2022 indique au moins 234 victimes pour la période du 8 au 12 juillet, dans ce quartier troublé par l’affrontement des gangs. Les cas d’enlèvements augmentent exponentiellement. Face à ce constat, l’on se demande : faut-il une nouvelle mission onusienne de stabilisation en Haïti ?
L’Organisation des Nations unies (ONU) est présente en Haïti depuis une trentaine d’années[1]. Ces missions ont quasiment toutes le même dénominateur, rétablir la paix et la sécurité en Haïti. Comment sommes-nous arrivés à ce point malgré tous les efforts déployés par l’ONU ? Seulement pour le XXIe siècle, Haïti en est à sa troisième mission onusienne[2]. Pourtant le constat demeure inchangé, la violence bat son plein dans les quartiers de Port-au-Prince. L’ONU, dans ses récents rapports, s’inquiète constamment de la violence à laquelle le pays est en proie.
La dernière mission de stabilisation de l’ONU en Haïti remonte à 2004. C’est dans un contexte pareil à celui que nous vivons aujourd’hui que cette mission onusienne a été déployée dans le pays. En effet, en automne 2004 la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a débarqué dans le pays avec l’objectif de « stabiliser l’état précaire de la sécurité du pays ». Le mandat initial de la MINUSTAH fut de six mois.
Avec pour mission de stabiliser le pays, on ne pourrait dire que la MINUSTAH a échoué. Nombre d’observateurs haïtiens ou étrangers reconnaissent le mérite de la MINUSTAH dans la pacification des quartiers contrôlés par des gangs à l’époque, dans l’endiguement du phénomène de kidnapping, mais aussi dans sa participation à un « retour à l’ordre constitutionnel » dans le pays, comme l’a noté le Conseil de Sécurité en 2017.
D’autres observateurs mettent en question l’efficacité de la MINUSTAH, et considèrent même que la mission a échoué. Dans un rapport publié en 2012, la Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) a dénoncé l’aggravation du climat sécuritaire du pays. On peut lire dans ce rapport le recensement de 2 432 cas d’assassinats et 1 307 cas d’enlèvements effectués dans le pays pour la période allant de 2006 à 2011. Des cas d’abus sexuels perpétrés par les Casques bleus ont été également enregistrés. L’ONU a recensé 116 allégations d’exploitations sexuelles par les agents de la MINUSTAH, dont 93 ont été confirmées pour la période allant de 2007 à 2017. L’implication des Casques bleus dans l’épidémie du choléra qui a fait plus de 10 000 morts, d'après l’ONU, s’ajoute à la longue liste des violations des droits humains causées par les agents de la MINUSTAH[3]. Toutes ces dérives témoignent de l’échec de la MINUSTAH et portent Ricardo Seitenfus, ancien représentant de l’Organisation des États américains (OEA) en Haïti, à conclure que l’ONU « ne résout rien, mais empire ».
Si l’on admet les apports de la MINUSTAH durant son passage en Haïti dans la création d’un climat plus sécuritaire, l’on constate néanmoins que la transition après la MINUSTAH n’a pas été assurée. En effet, cinq ans après le départ des Casques bleus, le pays est de nouveau en proie aux violences des gangs armés. Est-ce que cela signifie que les solutions apportées par la MINUSTAH n’étaient qu’en surface, donc n’avaient rien de profond ? On ne saurait répondre à cette question. Mais le constat est là, la situation est chaotique, « les cas de kidnapping et d’homicides volontaires ne cessent d’augmenter » indique Helen La Lime, cheffe du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).
Faut-il une nouvelle mission onusienne de stabilisation en Haïti ? La réponse est loin d’être un oui ou un non catégorique. Il en va de ce que nous poursuivons comme but. Voulons-nous une solution rapide, pouvant mater les gangs dans un bref délai ? Une mission onusienne, de stabilisation est la plus appropriée dans ce cas. Mais il est fort probable que dans deux années, après le retrait des troupes onusiennes que la situation s’aggrave de plus belle. On a fait l’expérience en 2000 avec le retrait de la Mission de police civile des Nations unies en Haïti (MIPONUH)[4]. Et plus récemment avec le retrait de la MINUSTAH.
Cependant, si l’on désire une solution à long terme, afin de remédier durablement à l’insécurité, on doit miser sur une solution haïtienne, sans pourtant renoncer à un coup de pouce externe. Et ça passera par une meilleure formation des forces de l’ordre, la lutte contre l’impunité et la formation des jeunes dans les quartiers populaires, afin de leur offrir d’autres alternatives que celles d’intégrer les gangs armés.
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[1] La première mission onusienne en Haïti remonte à février 1993, ce fut la Mission des Nations unies en Haïti (MINUHA). Cette mission a été conjointement menée par l’ONU et l’Organisation des États américains (OEA).
[2] Haïti compte trois missions onusiennes depuis le début des années 2000. La MINUSTAH (2004-2017), la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) (2017-2019) et le BINUH (2019-)
[3] Les violations des droits de l’homme par les Casques bleus ont, pour la plupart, été reconnues par l’ONU, sans pour autant qu'elle donne suite réellement à ces dossiers. Cela témoigne de l’impunité qui règne dans cet organisme international.
[4] La MIPONUH fut une mission onusienne déployée en Haïti en 1997 avec l’objectif de professionnaliser la Police nationale d’Haïti (PNH). Après son départ en 2000, la PNH était incapable de contenir l’insécurité grandissante dans le pays, ce qui allait conduire à la MINUSTAH en 2004.
Dondy Dj Pegy ADRAS
Étudiant en communication à la Faculté des Sciences humaines (FASCH)