BNC, entre modernisation et financement des MPME

Publié le 2022-08-19 | lenouvelliste.com

Des Idées pour le Développement

La Banque nationale de crédit (BNC) vient de lancer un nouveau programme d’information et de sensibilisation intitulé « Sa w dwe konnen sou BNC » sur les réseaux sociaux. Pour le premier épisode, la présentatrice Winnie Ropissard a reçu Eddy Phébé, cadre à la direction du crédit pour la présentation du programme Pro-crédit. Celui-ci vise à financer les entreprises dédiées à la production, à la transformation et aux services. Lancé en 2013, ce programme ambitionne d’augmenter le nombre relativement faible d’entrepreneurs ayant accès au crédit ainsi que le nombre d’entrepreneurs ayant accès aux services bancaires. En ce sens, il tend à faciliter l’inclusion financière des ménages et des micros, petites et moyennes entreprises (MPME).

Le montant des prêts peut aller de 15 000 gourdes à cinq millions de gourdes sur une période de 13 à 36 mois, sans exiger de garantie formelle. La paperasse administratives, qui limite très souvent l’octroi des prêts, est réduite à sa plus simple expression, indique Eddy Phébé tout en précisant que la BNC n’exige pas trop de documents. La banque commerciale d’État permet aux entreprises qui n’ont pas de patentes d’accéder quand même au crédit, moyennant une promesse formelle de se régulariser dans le plus bref délai. Le service est accessible dans toutes les succursales de la BNC à travers tout le territoire national.

Puisqu’il favorise l’accès des MPME aux crédits, Pro-crédit améliorera leur performance économique, leur productivité et leur rentabilité financière. Il contribuera aussi à la formalisation de ces MPME. Parmi les entreprises éligibles, Eddy Phébé cite en exemple des usines à glace, des bar-restaurants, des studios de beauté, des cliniques privées de santé ou des blanchisseries. Il peut s’agir également d’acquisition, de montage et d’installation d’équipements de production, d’achat de matières premières ou d’augmentation de fonds de roulement.

Pro-crédit vise aussi et surtout les microentreprises. Cela peut être une microentreprise qui utilise l’arachide pour la transformer en beurre d’arachide (mamba) ou le manioc pour produire de la cassave, ou encore la peau de chadèque pour préparer la confiture ou la gelée. Il peut aussi financer l’achat de moulin de pistache (arachide) ou l’achat de pistache ou les deux afin d’agrandir la taille de l’entreprise. « Pro-crédit évite aux paysans d’avoir à hypothéquer leur bétail et/ou leur maison pour faire rouler leurs affaires », se réjouit M. Phébé. La BNC, poursuit-il, finance à la fois les équipements et le matériel, leur renouvellement et leur rénovation. Dans le cadre de ce programme, la BNC offre un taux d’intérêt imbattable, affirme le cadre de la Direction du crédit sans vraiment le chiffrer.

Pour être éligible, les entreprises et leurs propriétaires doivent satisfaire aux critères suivants :1) être majeur 2) avoir au moins un an d’activité 3) faire partie des trois secteurs ciblés à savoir : la production, la transformation et les services 4) avoir un compte à la BNC. Les secteurs privilégiés rentrent dans un cadre plus large de facilitation de la création d’emplois.

Quels financements pour quelles MPME ?

Intervenant à la 12e édition du Sommet international de la finance en avril 2022 autour du thème « Financer les MPCE en Haïti», le président du Conseil d’administration de la BNC, Raoul Pierre-Louis avait abordé le sous-thème : Quels financements et pour quelles MPME ? « Ce que nous considérons comme étant une micro, petite, ou moyenne entreprise (MPME), ou tout simplement une PME, n’est pas perçu de la même façon aux États-Unis, en France, voire en République dominicaine et n’a pas le même poids dans l’économie suivant qu’il s’agit d’un pays émergent ou en développement, d’une économie développée ou d’un pays avancé », a-t-il mentionné d’entrée de jeu.

« Faut-il les apprécier par la taille, le nombre d’employés ou le chiffre d’affaires ? Quel que soit le cas, il faut comprendre qu’en Haïti, le marché informel occupe près de 76 % des emplois et le poids du secteur informel est estimé à plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB). Autant l’économie informelle est négligée dans les politiques publiques, autant son importance dans l’économie haïtienne demeure significative.», argue M. Pierre-Louis.

Il en veut pour preuve l’enquête du Centre de facilitation des investissements (CFI) réalisée en 2018 qui démontre que sur les 1919 entreprises sondées tombant dans la catégorie des PME, 81% avaient un statut d’entreprise individuelle et 39% seulement ont été enregistrées au ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI). Ces résultats signifient que très peu de ces PME sont légalement constituées. De plus, moins de 20% disposent d’un compte bancaire, ce qui rend difficile l'intervention des banques commerciales, d'autant plus que l'absence d’un système d’information efficace empêche d’apprécier les activités réalisées sur une période donnée.

Malgré les besoins de financement très importants constatés, très peu d’interventions ont pu être réalisées par les banques commerciales haïtiennes. Ces besoins de financement s’élevaient à plus de deux milliards de dollars américains, soit près de deux fois l’équivalent du total de financement distribué par le système bancaire haïtien au 31 décembre 2021, rappelle M. Pierre-Louis. Selon les données rapportées par les institutions financières haïtiennes au Bureau d’information sur le crédit (BIC) de la Banque de la République d’Haïti (BRH), seulement 3% des emprunteurs sont des entreprises et le montant qui leur est accordé́ représente 65,79% du montant total de prêt octroyé́.

D’après les informations fournies en novembre 2021 par la Banque mondiale sur le poids du secteur informel dans les économies en développement, la « prédominance de cette économie de l’ombre réduit la capacité de ces pays à mobiliser les ressources budgétaires nécessaires pour stimuler l’activité économique en période de crise, mener des politiques macroéconomiques efficaces et constituer un stock de capital humain indispensable au développement à long terme ».

Le programme Pro-crédit de la BNC aide donc à stimuler la création de richesses en favorisant le développement des MPME et la création d’emplois. Il finance les besoins en capitaux des MPME, partout où elles se trouvent. Faut-il rappeler que toutes les grandes firmes multinationales étaient passées par l’étape MPME.

Le processus de modernisation se poursuit

Dans le cadre de son processus de modernisation et de digitalisation de ses opérations, la BNC a entrepris des travaux d’aménagement de plusieurs plateformes numériques afin de mieux rendre disponibles ses produits et services. Ce processus facilitera davantage l'inclusion des MPME dans le système financier à travers tout le territoire national. Le slogan est clair : en tout temps, partout, quels que soient le service et le produit (en anglais : Any Time, Any Where, Any Device (ATAWAD)).

 Parmi les produits technologiques et services offerts par la BNC, M. Pierre-Louis cite : les distributeurs automatiques de billet et les guichets automatisés de banque; les produits de dépôt, d’assurance et d’épargne-retraite pour les employés des entreprises; les financements appropriés à leurs besoins de trésorerie; les crédits par signature pour la délivrance de cautions d’exploitation et de marché ainsi que les crédits à moyen et long termes pour financer la croissance des entreprises et les investissements.

« Tout ce qui peut faciliter le développement des affaires, la réalisation du cycle d’exploitation et le développement des activités déployées par les grandes entreprises et les MPME en Haïti a été pris en compte », s’enorgueillit M. Pierre-Louis. « Autant nous sommes frappés par la créativité, l’imagination, l’originalité et la ténacité des MPME qui frappent à nos portes, autant aussi nous sommes consternés devant les difficultés et obstacles auxquels elles font face pour mener à bien leurs activités », a-t-il avoué.

Le président du conseil d’administration de la BNC se fait sien les cinq recommandations générales produites par la Banque mondiale à l’intention des responsables publics des pays émergents et en développement pour juguler les impacts négatifs du développement du secteur informel sur l’économie.

Ces recommandations s’énoncent comme suit : 1) opter pour une approche globale, puisque l’économie informelle, qui traduit un sous-développement généralisé, ne peut pas être traitée isolément 2) adapter les mesures au contexte national, les causes de l’informalité étant très variables 3) renforcer l’accès à l’éducation, aux marchés et aux financements, pour permettre aux travailleurs et aux entreprises du secteur informel d’atteindre un niveau de productivité suffisant pour rejoindre l’économie formelle 4) améliorer la gouvernance et le climat des affaires pour favoriser le développement de l’économie formelle 5) rationaliser les régimes fiscaux pour réduire le coût de l’activité formelle et promouvoir la formalisation de l'informel à travers un mécanisme incitatif efficace.

La BNC, promet M. Pierre-Louis, « continue malgré tout à faire preuve de résilience dans la gestion des dépôts de la clientèle, à démontrer plus de sagacité dans la distribution des crédits, à consentir la diminution de ses marges et à poursuivre les efforts déjà entrepris dans le cadre de la modernisation afin de faire face à la concurrence tout en maintenant sa 3e place dans le système bancaire ». Il se dit conscient du rôle de banque commerciale de l’État assigné à la BNC et prend à cœur la mission qui lui a été confiée, celle d’accompagner « tous les concitoyens dans leurs efforts d’épargne et d’investissement et à la recherche de la satisfaction de leurs besoins de financement dans de bonnes conditions ». À tous les citoyens, tous les propriétaires des MPME et des grandes entreprises qui ne sont pas encore clients, M. Pierre-Louis les invite à faire l’expérience BNC.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

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