Les paiements numériques, véritables accélérateurs de l’inclusion financière en Haïti

Comment les paiements numériques peuvent-ils contribuer à la promotion et l’accélération de l’inclusion financière en Haïti, seul pays de la région Amérique latine et Caraïbes à enregistrer le taux le plus bas en matière d’inclusion financière ?

Publié le 2022-08-08 | lenouvelliste.com

Cette question, aussi pertinente qu’actuelle, a constitué le menu d’une table ronde organisée vers la fin du mois de juillet à l’initiative de profIT Development Consulting (profIT), un cabinet conseil en stratégie et gouvernance numérique, autour du thème « Haïti : paiements numériques, identité et sécurité ». Cette activité a reçu le support de la Banque interaméricaine de développement (BID) et Visa.

« Il est essentiel de relever les défis auxquels nous sommes confrontés en Haïti en matière de paiement numérique », a déclaré, en levée de rideau, l’ingénieur Jean Marie Altéma, ancien directeur général du Conatel, P.DG de profIT.

Des données issues de l'Enquête FinScope Haïti 2018, publiée en 2019, révèlent que seulement 11,5% des adultes ont un compte bancaire en Haïti, pour un pourcentage de 44% des adultes formellement desservis par un service financier quelconque.

Les paiements numériques sont considérés comme étant un excellent pilier pour alimenter l'activité économique et le taux de pénétration numérique. À ce titre, Julia Park du Forum économique mondial a mentionné l’existence de preuves empiriques montrant que les paiements numériques facilitent vraiment la croissance économique. Une étude a révélé que l'utilisation accrue des cartes de paiement, a-t-elle poursuivi, a ajouté environ 250 milliards de dollars au PIB mondial en seulement quatre ans et soutenu environ 2 millions d'emplois par an.

Citant une enquête réalisée par worldpay, Yan Xiao, chef de projet sur les paiements numériques au Forum économique mondial, a évoqué le problème des paiements numériques empêchant les PME de bénéficier de cette croissance de l’économie mondiale.

« Je pense que l'inclusion est une partie du problème, puis l'interopérabilité est une autre partie du problème », a noté Yan Xiao, rappelant qu’au moins 20% de la population dans le monde a encore du mal à accéder à Internet et à l'électricité.

« Les paiements numériques sont le pilier de l'inclusion financière […] L'inclusion financière devrait être l'objectif de tout gouvernement, de tout pays pour s'assurer que personne n'est laissé pour compte dans ce type de révolution technologique […] Haïti ne peut pas se permettre de rester en arrière », a reconnu l’ambassadeur d'Haïti à Washington DC, Bocchit Edmond, un des invités à cette table ronde.

Cependant, « l'inclusion financière est toujours négligée ici en Haïti », a dans un premier temps constaté l’ambassadeur Christopher Dupouy, représentant spécial du secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA) en Haïti, autre invité de marque, avant de préconiser la technologie numérique comme solution pour y remédier.

Des progrès, malgré tout…

Nathaëlle Chavenet, représentante de MonCash, le service de paiement mobile de la compagnie de téléphonie mobile Digicel, a retracé le parcours de cette plateforme de paiement mobile opérant sur le marché haïtien depuis environ 10 ans.

Propulsée au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010, cette solution de paiement mobile a offert une capacité financière de base à environ 80% de la population haïtienne n'ayant pas accès à l’époque au système bancaire traditionnel.

« 2 ans après l’apparition de Covid-19, les transactions ont augmenté de plus de 100 % à travers notre plateforme », a indiqué Nathaelle Chavenet, soulignant la mise en place d’un ensemble d’initiatives clés ayant contribué à accélérer les paiements numériques en Haïti, où 80% du marché est informel.  

HAITIPAY, une Fintech ayant vu le jour dans le sillage de MonCash, desservant des personnes n'ayant pas accès aux services financiers traditionnels, voit l'avenir du secteur dans l'interopérabilité et l'interconnexion des systèmes existants.

« Vous avez le secteur des envois de fonds qui est un afflux d'argent très important dans le pays, le secteur agricole qui représente une grande partie de l'économie dans les zones rurales, et les ONG internationales […] Tous ces secteurs doivent être plus efficaces que nécessaire pour utiliser les paiements numériques. Et c'est là que nous intervenons, en intégrant ces acteurs, ces parties prenantes pour encourager les paiements numériques », a fait savoir le patron de HAITIPAY, Georges Andy René, qui plaide pour l’interconnexion des plateformes de paiement numérique.

Les défis subsistent…

Pour Jorge Salum, haut responsable du développement des affaires à Visa, l’écosystème de paiement numérique en Haïti est confronté à un ensemble de limites, à savoir l’interopérabilité au sein de l'écosystème, l’infrastructure et surtout des informations sur l’identification.

« L'approche de Visa est d'être un réseau de réseaux. Dans notre stratégie, nous cherchons à faciliter tous les types de paiements en utilisant n'importe quelle combinaison d'informations d'identification de carte ou de comptes bancaires via une seule connexion », a indiqué Jorge Salum, estimant que l'infrastructure haïtienne, pour une intégration dans l'économie mondiale, devrait être alignée sur un ensemble de normes, dont celles de confiance sur l'ensemble du réseau.

La Banque de la République d'Haïti (BRH) travaille sur l’adoption d’une monnaie numérique et a déjà lancé de nombreuses initiatives pour soutenir l'inclusion financière en Haiti. « Nous avons besoin d'une industrie fintech forte en Haïti pour réellement soutenir la monnaie numérique de la banque centrale », a soutenu Cleve Mesidor de Blockchain Foundation, plaidant pour des paiements plus rapides et moins chers pour les gens ordinaires.

« La plupart des gens ignorent qu'en 2020, le voisin d’Haïti dans les Caraïbes, les Bahamas, est devenu la première nation à créer une monnaie numérique via sa banque centrale », a rappelé Cleve Mesidor, qui travaille dans le monde de la cryptomonnaie depuis environ 6 ans.

Pour sa part, Daniel Silva de DMS International a insisté sur les aspects de confidentialité et de sécurité des données propres à la blockchain qui inspirent confiance à tous les acteurs de l'écosystème. Avec la blockchain, la notion de confiance passe de l’invididu au système ou à l'écosystème puisque la prise en charge des transactions est assurée par le réseau d'ordinateurs plutôt que par des personnes.

In fine, cette table de discussion a servi de prétexte à l’organisateur pour se pencher sur les enjeux de l'accélération des paiements numériques en Haïti, du développement d'un système de paiements numériques inclusif, de la payabilité des NTO dans les paiement numérique et de la sécurité des technologies financières et de la confidentialité des données, et des solutions de chaînes de blocs pour la portabilité des données.



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