L’espace de circulation s’amenuise à Port-au-Prince, les gangs jubilent, l’économie agonise

Publié le 2022-08-03 | lenouvelliste.com

La guerre des gangs (G-9 et G-PèP) qui s'est déclarée depuis tantôt deux semaines dans la commune de Cité Soleil a eu des conséquences préjudiciables au centre-ville de Port-au-Prince en début de semaine quand les gangs armés de Bel-Air (G-Pèp) et Krache Dife (G-9) ont transformé le bord de mer en un véritable théâtre d'affrontements armés. Le bilan officiel des quatre dernières journées de combat tarde à être connu, mais la seule certitude qui tienne c’est que les bandits armés sont de plus en plus conquérants, l’espace de circulation automobile et piétonne s’est encore rétrécie, la population est aux abois, le commerce est réduit à sa plus simple expression et l’économie agonise dans le silence angoissant des administrateurs de la cité.

Jusqu’au début de l’année 2022, les bandits armés, dans leur démarche de conquérir plus d’espace dans la capitale haïtienne, avaient déjà sous leur contrôle les rue Tiremasse, des Remparts, Macajoux, des Césars,  des Fronts-Forts, Bonne Foi. Vers la fin du mois de février, ils ont conquis la rue des Miracles. Et quand en début de semaine, le gang de Bel-Air et celui dénommé Krache Dife ont commencé à croiser le fer, les riverains de la rue Pavée ont vidé les lieux, devenus depuis un no man’s land.

Ce faisant, c’est quasiment toute la base de l’économie haïtienne qui est sur le point d’être asphyxiée. Cette entreprise hasardeuse des seigneurs de la guerre de mettre le centre commercial de Port-au-Prince sous contrôle a débuté bien avant le tremblement de terre de 2010. Tant bien que mal, les forces de l’ordre ont contré leurs nombreuses tentatives.

Cependant, le séisme du 12 janvier qui a terrassé le centre-ville avait fini par dissuader les chefs de l’ordre de continuer à tenir tête aux bandits. Les rares entreprises qui ont résisté au séisme et qui ont voulu maintenir leur enseigne au bord-de-mer ont été sommées par les autorités policières d’alors de délocaliser. Sinon, elles n'auraient plus les moyens de garantir leur sécurité.

Voilà comment, les gangs armés ont commencé à étendre leurs tentacules sur le bas de la ville jusqu’à devenir aujourd’hui une menace vraie et durable pour la stabilité et la croissance du pays. Car, depuis l’éclatement de la guerre cette semaine et le dépaysement des résidents de la Rue Pavée, le focus est mis sur la Rue des Casernes qui abrite beaucoup d’édifices publics dont le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, le Palais National.

Ainsi, une probable annexion de la Rue des Casernes par les gangs armés signerait définitivement la capitulation définitive des autorités haïtiennes face à la terreur des bandits.  Très hostile au phénomène du terrorisme depuis les évènements écœurants du 11 septembre 2001, la communauté internationale, particulièrement les amis d’Haïti, ne se montre nullement préoccupée par l’escalade de la violence n’épargne même pas les fœtus dans le sein de leur mère. Port-au-Prince est devenue une prison pour ces résidents qui éprouvent tous les mots du monde à se déplacer d’une ville à l’autre

A côté des dommages physiques et psychiques causés à la population par les malfrats, les dégâts économiques subis par les familles, le secteur des affaires et le transport en commun en commun sont aussi de nature à hypothéquer l’avenir du pays. Le kidnapping, les saisies et vols de marchandises qui se font incessamment et en plein jour dans l’aire métropolitaine ont décapitalisé familles, petits marchands et entrepreneurs.  Le chômage, qui était déjà trop important dans le passé, prend aujourd’hui des proportions alarmantes dans un pays où l’investissement direct étranger temps d’année en vers zéro.

Que dire du dollar qui se fait de plus en plus rare sur le marché ? A la dernière publication de la Banque centrale haïtienne, le dollar valait 117,41 gourdes pour un dollar. Alors que sur le marché (formel et informel) le billet s’achète entre 145 et 150 gourdes. Et au train où vont les choses, rien ne présume une baisse du taux de change dans les jours qui s’annoncent. La BRH s’est essoufflée à injecter des dollars sur le marché pour tenter de stabiliser le taux de change.

 Depuis plusieurs mois, la Banque des banques a cessé cette pratique, vu que les réserves nettes de change ont quasiment atteint leur limite d’élasticité. N’étaient-ce les transferts de la diaspora haïtienne ces réserves seraient au point zéro, à en croire les déclarations du gouverneur de la BRH Jean Baden Dubois qui intervenait en été 2021 sur ce sujet.  

« Heureusement que la BRH avait une retenue sur les transferts, les réserves de la BRH serait à zéro » s’il n’y avait pas le mécanisme permettant de retenir une partie des transferts d’argent en dollar et de payer la contrepartie en gourdes, en conférence de presse, avait confié le gouverneur.

Dans un pays qui vit essentiellement de l’importation, la rareté du dollar jointe au déficit budgétaire financé par la BRH ne peut qu’alimenter davantage le phénomène de l’inflation évaluée à 29% en juin 2022. Malgré les projections optimistes (0,3% de croissance) des dirigeants en début d'exercice, les risques d'une croissance négative sont toujours grands selon beaucoup d'analystes.

Cette situation catastrophique mêlée à l'incertitude qui caracterise la réalité haïtienne depuis des lustres contribue à chauffer davantage le taux de change, hausser les coûts des subventions du carburant qui continue de s’apprécier sur le marché mondial au grand dam de l’économie haïtienne agonisant sous le poids du chômage, de l’insécurité, de l’inflation combinés et de l’indifférence internationale.

Cyprien L. Gary

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