Un BINUH de 42 membres, la Chine n’a pas été écoutée, les affrontements se poursuivent

Publié le 2022-07-15 | lenouvelliste.com

«Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé de prolonger jusqu’au 15 juillet 2023 le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), conformément à sa résolution 2476 (2019)», peut-on lire dans la résolution en anglais dont le journal a obtenu copie, vendredi 15 juillet 2022.

Selon cette résolution, il est décidé que l'unité de police et d'administration pénitentiaire du BINUH comprendra jusqu'à 42 personnes civiles et détachées pour servir de conseillers en matière de police et d'administration pénitentiaire.

Cette unité sera dirigée par un commissaire de police de l'ONU. L’entité de cette mission préposée aux droits de l'homme devra aider à la lutte contre la violence sexuelle et sexiste, y compris l'identification de conseillers pour la protection des femmes, le cas échéant.

Au plan politique, la résolution a réitéré la nécessité pour toutes les parties prenantes haïtiennes, y compris avec le soutien du BINUH, de parvenir à un accord urgent sur un cadre durable, assorti d'un calendrier communément accepté pour un processus politique dirigé par les Haïtiens afin de permettre l'organisation d'élections législatives et présidentielle inclusives, pacifiques, libres, justes et transparentes dès que les conditions de sécurité et les préparatifs logistiques le permettront.

Concernant la lutte contre l’insécurité, la résolution demande aux États membres d'interdire le transfert d'armes légères, de petit calibre et des munitions à des acteurs non étatiques engagés  ou soutenant la violence des gangs, les activités criminelles ou les violations des droits de l'homme en Haïti.

Elle demande de prévenir leur trafic et encourage la coopération entre les États membres pour prévenir le trafic et le détournement illicites d'armes, y compris en fournissant et en échangeant des informations opportunes et à jour afin d'identifier et de combattre les sources et les chaînes d'approvisionnement du trafic illicite.

En ce qui concerne la lutte contre la contrebande et le contrôle des ports, la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU demande au BINUH de travailler avec l'ONUDC et les autres agences des Nations unies concernées pour aider les autorités haïtiennes à lutter contre les flux financiers illicites ainsi que le trafic et le détournement d'armes et de matériel connexe et à améliorer la gestion et le contrôle des frontières et des ports.

La résolution a réitéré l'importance de l'engagement de l'ONUDC et d'autres agences pertinentes des Nations unies pour soutenir les efforts contre les gangs armés, renforcer la sécurité portuaire, améliorer la perception des recettes douanières et réduire les flux financiers illicites, et réitère en outre l'importance d'assurer un financement volontaire pour soutenir ces efforts.

Les dessous du vote de la résolution

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté vendredi à l'unanimité une résolution des Etats-Unis et du Mexique demandant aux Etats membres de l'Organisation d'interdire le transfert d'armes légères aux gangs sévissant en Haïti, sans aller jusqu'à décider d'un embargo comme l'avait réclamé avec insistance dans la semaine la Chine.

Le texte "appelle les États membres à interdire le transfert d'armes légères et de petit calibre et de munitions à des acteurs non étatiques engagés dans ou soutenant la violence des gangs, des activités criminelles ou des violations des droits humains en Haïti".

La Chine, qui avait réclamé l'imposition d'un embargo sur les armes légères à destination des gangs en Haïti, a estimé que "cette résolution était un avertissement" pour ces derniers. Des sanctions individuelles pourraient être prises dans les 90 jours en vertu de la résolution à l'encontre de leurs chefs, a souligné après le vote l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun.

Le texte aurait "pu être meilleur", a-t-il ajouté, estimant cependant qu'il s'agissait "d'un bon pas dans le bon sens". Tout au long de la semaine, Pékin s'était montré à l'offensive pour durcir le texte proposé par les Etats-Unis et le Mexique, jugé trop mou alors que le pays s'enfonce dans la crise. 

La Chine avait ainsi jugé jeudi qu'"un embargo sur les armes contre les gangs criminels était le minimum que le Conseil doive faire en réponse à une situation épouvantable".

L'ambassadeur chinois a une nouvelle fois déploré vendredi "le vide du pouvoir" en Haïti, une "situation humanitaire (qui) se détériore" et la "violence des gangs".

Saisie d'armes 

Sur le dossier haïtien, Pékin est devenu à l'ONU un acteur de plus en plus important ces dernières années. La raison? Une volonté chinoise de représailles, assurent des diplomates occidentaux, après la reconnaissance de Taïwan par Port-au-Prince.

Pékin dément de son côté établir tout lien entre les deux sujets.

Coïncidence ou pas avec les négociations ardues qui se sont tenues sur le renouvellement de la mission politique onusienne Binuh, les autorités haïtiennes ont procédé à une rare saisie d'armes au port de la capitale, Port-au-Prince.

L'administration haïtienne des douanes a indiqué jeudi soir avoir, dans le premier des trois conteneurs ciblés, déjà mis la main sur "18 armes de guerre, 4 pistolets de calibres 9 mm, 14.646 cartouches, 140 chargeurs, un viseur et 50.000 dollars américains en faux".

Plusieurs mandats d'arrêt ont été émis contre des individus suspectés d'être liés à l'arrivée de cette cargaison en Haïti.

Outre l'absence d'embargo sur les armes, la Chine n'a pas non plus réussi à imposer le lancement de consultations sur l'envoi en Haïti d'une force de police régionale afin de pacifier le pays.

La résolution se limite à demander à Antonio Guterres d'étudier avec des pays de la région "les options possibles" pour renforcer la sécurité en Haïti, avec un rapport à remettre le 15 octobre prochain.

La résolution "exige la cessation immédiate de la violence des gangs et des activités criminelles". Elle reconduit le mandat de la Binuh jusqu'au 15 juillet 2023.

Les affrontements continuent, le bilan des victimes augmente

Le bilan provisoire au 12 juillet des nouveaux affrontements entre les deux principales coalitions de gangs armés, connues sous le nom de « G-9 en famille et alliés » et « G-Pèp », à Cité Soleil ont fait au moins 99 décès et 135 blessés, 20 disparus, de nombreux cas de viol et plus d’une centaine de maisons détruites et incendiées, a indiqué l’OCHA, citant des chiffres du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, vendredi 15 juillet 2022. 

« Selon les chiffres du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, le bilan provisoire au 12 juillet est d’au moins 99 décès et 135 blessés, 20 disparus, de nombreux cas de viol et plus d’une centaine de maisons détruites et incendiées. Cependant les affrontements se poursuivent et certains rapports évoquent un bilan beaucoup plus lourd, jusqu’à 250 morts pour les plus alarmistes. Selon les premières estimations de l’OIM, les heurts ont poussé plus de 2 500 personnes à prendre la fuite durant le week-end », peut-on lire dans ce rapport, soulignant que « la majeure partie de la population de Cité Soleil, qui compterait plus de 277 000 habitants, reste prise au piège, sous la pression des gangs qui souhaitent garder le contrôle sur le territoire et sa population ».

L’accès à la commune de Cité Soleil est extrêmement difficile. Le ravitaillement en eau potable et nourriture est à l’arrêt depuis le début du week-end et les commerces et marchés sont fermés. La volatilité de la situation rend extrêmement difficile et dangereux l’accès aux quartiers où les combats se déroulent ainsi que l’évacuation des blessés vers les hôpitaux. La population de Cité Soleil comptait déjà parmi les plus vulnérables de la ZMPAP avec des taux critiques de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans enregistrés en avril 2022 avant le début des violences.

Au cours des trois dernières années, dans un contexte de crise politique et économique persistante, les gangs armés ont pris de l'ampleur et ont progressivement étendu leur contrôle à plus d'un tiers de la ZMPAP. OCHA estime qu’environ 1,5 million de personnes, soit près de 50% de la population de la capitale, sont directement touchées par la violence, et voient leur liberté de mouvement et l’accès aux services de base restreints, peut-on lire dans ce rapport.

Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) pour mars 2022, 1,1 million de personnes souffraient déjà d’insécurité alimentaire à Port-au-Prince. Un demi-million d’enfants de la capitale seraient également privés d’école à cause de l’insécurité, d’après les analyses du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

Le niveau de violence et la fréquence des affrontements entre gangs ont considérablement augmenté ces derniers mois, atteignant un premier pic lors des affrontements de Croix-des-Bouquets, Tabarre et Cité Soleil fin avril 2022 qui ont fait plus de 200 morts, des centaines de blessés et près de 17 000 déplacés, a révélé ce rapport.

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Roberson Alphonse

Avec Philippe RATER/AFP

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