L’école haïtienne, entre urgences et réformes à l’Unesco

Publié le 2022-06-29 | lenouvelliste.com

Un va-et-vient incessant est observé à longueur de journée dans les allées de l’imposant immeuble de l’Unesco à Paris qui accueille cette semaine le pré-sommet sur la transformation de l’éducation. Le mercredi 29 juin, pour la deuxième journée de travail ponctuée d’ateliers, de rencontres bilatérales, d’échanges, deux chefs d’État (Sierra Leone et Ethiopie) et plus de 150 ministres ont rempli l’immense salle I de l’Unesco. Les codes peuvent changer, mais tout le monde parle la même langue : éducation. Pour être plus précis, transformation de l’éducation. On parle de formation des enseignants, de nouveaux outils d’apprentissage adaptés aux réalités, de la formation des jeunes aux métiers d’avenir… Si certains pays sont déjà à un stade avancé, d’autres le sont un peu moins ou loin derrière. Mais tous ont été à un niveau ou un autre perturbés par le Covid-19. Aujourd’hui, les Etats essayent de combler leurs retards, cherchent les voies et moyens pour atteindre leurs objectifs à l’horizon 2030. Par exemple, la Finlande et d’autres pays développés se penchent sur le bien-être des apprenants. Quant à Haïti et d’autres pays de la même rangée, ils jonglent avec les urgences et les réformes.

Le ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, Nesmy Manigat, à la tête d’une délégation à Paris pour ce pré-sommet, a eu plusieurs rencontres ce mercredi. La première était une invitation de l’Union européenne au cours de laquelle des ministres de l’Éducation ont partagé leurs points de vue sur la « transformation de l’éducation » et les expériences de leurs pays. La deuxième du Partenariat mondial pour l’éducation. Des rencontres aussi avec l’Unicef, l’Agence française de développement (AFD), entre autres. Peu importe les interminables débats, tout se résume à la fin à la transformation du curriculum, des nouveaux partenariats et des financements pour l’éducation. Pour Nesmy Manigat, des changements s’avèrent nécessaires au niveau de la coopération internationale en termes d’appui à l’éducation.

« Aujourd’hui, dans cette quête de transformation du système éducatif dans un pays en proie à des difficultés économiques, des difficultés liées à une transition politique (en Haïti), il y a des repositionnements qui s’avèrent nécessaires, a avancé M. Manigat dans une intervention à l’Union européenne. Au-delà de la coopération traditionnelle, quand il s’agit de construire des infrastructures scolaires, de s’attaquer aux problèmes de l’école fondamentale de base, il faut un regard particulier sur les jeunes, dans la formation des jeunes à l’emploi, aux métiers d’avenir », a plaidé le ministre. Certains pays, a souligné le ministre, ont déjà atteint ou sont en phase d’atteindre le plein-emploi. « Sur ce point, nous avons des retards, c’est pourquoi j’ai beaucoup insisté sur la formation professionnelle, l’emploi-jeune », a-t-il informé.

Formation technique et professionnelle nécessaire

« Nous avons une excellente coopération jusque-là pour tout ce qui touche au préscolaire, à l’école de base, a poursuivi Nesmy Manigat. J’ai bien écouté les interventions des jeunes, je pense que, compte tenu des enjeux actuels, il est essentiel que cette coopération tienne compte de deux éléments : l’environnement géographique de la Caraïbe, touché très souvent par les changements climatiques. Dans un contexte de gestion des risques et des désastres, cette coopération au niveau des écoles est extrêmement importante. Deuxième piste pour améliorer la coopération, au niveau de la Caraïbe et d’Haïti, en particulier, c’est la formation technique et professionnelle des jeunes, qui est essentielle », a indiqué le ministre, souhaitant « des vraies transformations » pour créer des opportunités pour les jeunes appelés à devenir des écocitoyens.

Pour Nesmy Manigat, le curriculum de tous les pays à travers le monde doit de plus en plus prendre en compte les changements climatiques qu’ils appellent « les invariants ». Tous les pays y font face. Mais, au-delà de ces problèmes mondiaux, Haïti fait face à de sérieuses contraintes de financement de l’éducation. Pour des retards accumulés dans la mise en place de certains programmes, pour le peu d’importance accordée à ce secteur dans le budget national… les raisons sont multiples. « Haïti a été sortie malheureusement de la liste des pays ayant atteint les 20% du budget de l’éducation en 2016, a rappelé le ministre. Nous sommes retombés aujourd’hui à 13%.  On a cessé de continuer d’investir dans l’éducation, de mettre en place le pacte national de l’éducation tant souhaité en 2016… »

Aujourd’hui, face aux multiples catastrophes naturelles, ajoutées aux crises politiques, aux affrontements armés entre gangs qui ont sévèrement compliqué la vie de la population, Haïti doit aussi gérer la faim de ses écoliers et aussi ses enseignants. La cantine scolaire est une urgence, a affirmé Nesmy Manigat, qui en a discuté avec l’Unicef, ce mercredi. « Il y a un réel problème d’insécurité alimentaire, de pré-famine dans le pays. Les élèves ainsi que les enseignants sont dans l’insécurité alimentaire. Les familles sont décapitalisées… », a indiqué M. Manigat. Selon ce dernier, un accompagnement aux « parents à 80% qui payent la scolarité de leurs enfants » en termes de fournitures scolaires est aussi une urgence absolue. « C’est l’une des raisons pour lesquelles il faut instituer le livre scolaire. Nous essayons de résoudre les urgences tout en continuant avec les réformes. « Une commission nationale sera mise en place pour travailler sur le curriculum scolaire à tous les niveaux, sur la rénovation du Secondaire, technique et professionnel afin de faciliter l’emploi pour les jeunes, a annoncé le ministre. L’idée est de doter les jeunes d’une certification professionnelle le plus tôt possible afin de faciliter leur intégration à l’emploi. »

Valéry Daudier



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