Haïti au pré-sommet sur la transformation de l’éducation à Paris

Le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Nesmy Manigat, fait partie de quelque 70 ministres invités au pré-sommet sur la transformation de l’éducation, qui se tient du 28 au 30 juin au siège de l’Unesco à Paris. Cet événement vise, entre autres, à « fournir un forum inclusif et ouvert pour les pays ayant avancé leurs consultations nationales pour présenter les résultats préliminaires de leurs consultations et partager les éléments clés de leur engagement à transformer l’éducation pour inspirer d’autres pays à présenter des engagements et des actions audacieux lors du Sommet en septembre » à New York.

Publié le 2022-06-27 | lenouvelliste.com

Crise sanitaire liée au Covid-19, enjeux géopolitiques, affrontements armés… beaucoup d’obstacles ont fragilisé l’éducation et les réformes qui y sont liées un peu partout à travers le monde, notamment en Haïti où la guerre des gangs a provoqué la fermeture de beaucoup d’écoles. Les financements domestiques de l’éducation ou encore les réformes sur la transformation de l’éducation à l’horizon 2030 ont été perturbées pour une raison ou une autre. D’où la raison de la convocation par l’ONU d’un pré-sommet sur la transformation de l’éducation en marge du Sommet qui se déroulera en septembre prochain à New York.

Pour le ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, venu participer au pré-sommet avec aussi sa casquette de membre du conseil d’administration et président de la commission Finances et Risques du Partenariat mondial pour l'éducation, « Haïti est en train de gérer à la fois urgences et réformes. Urgences, dit-il, parce que les écoles n’ont pas pu encore se relever du tremblement de terre du 12 janvier 2010 en termes d’infrastructures, des cyclones et plus récemment du séisme qui ont ravagé le grand Sud du pays. Urgence aussi, parce que des affrontements entre gangs à l’entrée sud de Port-au-Prince ont contraint beaucoup d’établissements scolaires à fermer leurs portes, privant des milliers d’enfants de l’éducation pendant un certain temps. Urgence aussi, parce que la formation des enseignants est une nécessité…

Selon Nesmy Manigat, interviewé à Paris, la réforme se situe au niveau du curriculum des écoles pour mettre fin, à l’avenir, à cette école à plusieurs vitesses. « On vient dire à ce pré-sommet qu’Haïti est dans une situation d’urgence qui nous oblige à rassembler tout le monde autour de ce qu'on appelle ‘’Lekòl pa ka tann’’ (l’école ne peut pas attendre, traduction littérale), a indiqué le ministre. Il ne s’agit pas seulement de rouvrir les écoles dans les quartiers difficiles. Le curriculum des écoles non plus ne peut pas attendre. La formation des enseignants ne peut pas non plus attendre… C’est le message en termes des urgences que nous venons adresser mais nous sommes venus dire ce que nous avons entrepris.

En ce qui a trait à la réforme du curriculum des écoles, le ministre évoque « Le livre unique ». Il s’agit de cinq matières de base qui doivent constituer le curriculum. Ces cinq matières : créole, français (mais uniquement communication orale), mathématiques (en créole), sciences expérimentales (en créole) et sciences sociales qui englobent un peu tout, toujours en créole. Ces matières constituent les compétences cognitives de base : savoir lire, compter, écrire et explorer dans différents domaines. À partir de la prochaine année académique, le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle compte expérimenter ce projet pilote – déjà critiqué par beaucoup d’acteurs du système éducatif – avec les classes de première et deuxième année fondamentales.

« Pour l’année académique 2022-2023, nous mettrons en place une Radio télévision éducative (102.1 à l’échelle nationale), laquelle sera au service des enseignants, des écoliers et des parents pour la promotion de l’éducation, de la science, de la culture… », a annoncé Nesmy Manigat.  Cette radio sera la voix d’enseignants qui pourront dispenser des cours à distance. « Elle sera aussi la voix des parents parce qu’on mettra en place un conseil d’écoles avec la participation des parents, la voix des syndicats d’enseignants, des élèves… »

Manigat le soutient : « Il faut des livres uniques scolaires, la même base scolaire, pour plus d’égalité des chances aux élèves de réussir à l’école. Outre « le livre unique », le ministre entrevoit le bac technique au niveau secondaire. Un bac avec les écoles techniques, professionnelles. « Nous allons commencer cette année avec plusieurs partenaires comme les Sœurs salésiennes, l’école Elie Dubois, Canado-Technique… Nous allons démarrer, renforcer et encadrer un programme d’appui au secondaire pour que dans quelques années, d’ici 2026-2027, on ait un premier bachelier issu du Lycée technique agricole, des métiers du bâtiment, travaux publics, de l’hôtellerie… », annonce Nesmy Manigat, confiant dans la mise en place de ses réformes, en dépit des critiques, notamment avec le bac unique qu’il a mis en place depuis quelques années.



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