A la rencontre de Rebecca Jean, artiste québécoise aux origines haïtiennes

Rebecca Jean, artiste multidisciplinaire, est née au Québec de parents haïtiens. Elle se définit comme une « Haïbécoise » pour clamer son appartenance aux cultures québécoise et haïtienne.

Publié le 2022-06-25 | lenouvelliste.com

Jusqu’à 2012, Rebecca Jean n’avait pourtant pas encore connu Haïti. Mais elle a toujours eu un bout de ce pays accroché dans son cœur. En effet, la jeune s’est lancée dans une jubilante quête d’un retour vers ses racines haïtiennes, la terre de ses parents. Sa mère est Petit-Goavienne et son père était Jacmelien, et ces deux ont su bien entretenir la part d’Haïti qu’on retrouve chez elle. Rebecca Jean est capable de comprendre le créole ou de mener une conversation dans cette langue. Dans son répertoire musical, on retrouve d’ailleurs quelques chansons en créole.

Ses racines font partie de l’évolution de son art. Aujourd’hui, sa musique est un mélange de sons québécois et haïtiens, un pont ingénieusement tracé qui permet aux deux cultures de prendre langue l’une avec l’autre. Fruit du brassage culturel, Rebecca Jean sait mettre sur un même piédestal les différentes cultures qui l’habitent. Elle est Haïtienne au même niveau qu’elle est Québécoise, et vice versa. « Dans mon cœur, deux histoires se font la cour. Je vis au rythme des cuillères et des tambours. J’ai un héritage aux saveurs métissées », dit-elle dans sa chanson « Haïbécoise ». « Moi j’ai l’Artibonite dans le sang, j’ai mon essence qui assaisonne le Saint-Laurent », ajoute-t-elle en faisant référence aux plus grands fleuves d’Haïti et du Québec. 

Rebecca se rappelle avoir commencé à écrire ses premiers textes alors qu’elle avait entre quatre et cinq ans. C’était une fille qui rencontrait des difficultés à s’exprimer, elle se réfugiait sur un orgue électronique qui appartenait à sa grande sœur qui prenait des cours de piano, quand elle avait le besoin d’extérioriser ses pensées et sentiments. Elle essayait de reproduire tout ce que faisait sa grande sœur et parfois elle arrivait même à faire mieux que cette dernière. Ce qui a attiré l’attention de celle-ci et de ses parents qui l’ont fait prendre des cours aussi. 

Toute petite, elle entonnait des cantiques spéciaux à l'église, malgré sa timidité maladive. « J’étais tellement timide. Avant d’arriver au piano, je tremblais. Une fois au piano tout allait bien. Quand je repartais du piano, je tremblais tellement qu’il fallait quelqu’un pour me raccompagner », se souvient l’auteure, interprète et chanteuse. La musique est venue à Rebecca comme un canal de communication, un univers surréaliste où elle peut exister, rêver et se transformer.  « J’ai toujours été fascinée par cette magie qui m’habite une fois que j’arrive sur cette scène. Une fois que je rentre dans mon personnage, dans mon être, c’est vraiment fabuleux parce que tout devient possible », confie l’artiste haïbécoise.

La musique est pour elle liberté.  Faire de la musique, c’est donc choisir sa façon d’être libre, de prendre le monde avec tous ses déboires et d’en faire quelque chose d’ingérable. Elle s’est jetée à bout de bras dans la musique dont elle a fait vie, la sienne. Rebecca est une artiste polyvalente. Elle est musicienne, auteure, compositrice, réalisatrice et interprète. Et elle excelle en tout.  Déjà six albums à son actif, plus de 200 compositions, entre autres. Si vous écoutez la chanson « Gende jou », traduction/interprétation créole de la chanson « Hier encore » de Charles Aznavour qu’elle a repris sur le projet « Amoureuses des mots/Un hommage à Aznavour », vous risquez de tomber automatiquement sous le charme de l’artiste. 

Son dernier album, « Antidote », qu’elle présente ce 29 juin 2022 au Cabaret Lion d’or à Montréal est un disque lumineux. Cet opus compte 11 morceaux, en créole et français, les uns plus ornementés que les autres. Artiste pluridisciplinaire, Rebecca surfe sur plusieurs genres à travers l’album « Antidote » et fait parler ce qu’elle appelle les « différences complémentaires » qui la caractérisent.  L’album nous donne parfois à danser du Zouk, du Compas soufflé sur des sonorités québécoises. La douceur de la voix atypique de Rebecca mêlée à sa poésie profonde et sa musique multicolore nous emballent tant qu’on aimerait ne pas revenir en arrière. « Antidote » parle de ses racines, de notre rapport à l’environnement, de l’homme, de la vie. 

Rebecca se concentre actuellement sur le lancement de son album. Mais l’artiste rêve de se produire en Haïti, devant ses semblables, dans un futur proche. Elle n’attend qu’un appel, une invitation et… Bonjour Haïti. 



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