Les NTIC en débat à l’Ecole nationale d’administration et de politiques publiques

Publié le 2022-06-23 | lenouvelliste.com

« Promotion de l’utilisation des NTIC au sein de l’administration publique haïtienne : vers une amélioration des services publics », Tel a été le thème débattu à l’occasion de la 2e conférence réalisée le mercredi 15 juin 2022 dans les locaux de l’École nationale d’administration et de politiques publiques (ENAPP), dans le cadre des « Rendez-vous de l’ENAPP (RVE) ». Cette activité, qui a réuni une trentaine de cadres de l’administration publique pour discuter, procéder au partage d’expériences et proposer des pistes viables et durables de solution, a été l’occasion pour l’intervenant, M. Donald Marcelin, directeur des systèmes d’information du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), d’intervenir sur un sujet d’actualité et qui concerne au premier chef l’accès dématérialisé et de qualité aux services fournis par l’administration publique haïtienne.

Faisant suite à la conférence inaugurale du mercredi 23 mars 2022 qui portait sur le « Rôle de la science et de l’évaluation dans les politiques publiques en Haïti », cet évènement, modéré par M. Julnet Joseph, haut cadre à l’ENAPP, a permis à la directrice exécutive a.i de l’ENAPP, madame Marie-Ange Placide, dans ses propos de circonstance, de rappeler que l’utilisation des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) est au cœur de la modernisation de l’État comme levier de transformation institutionnelle, sociale, politique et économique. Accélérées par la pandémie de la Covid-19, les NTIC redéfinissent la communication publique ainsi que le rapport au travail et favorisent une meilleure accessibilité des services publics notamment en période de crise, précise-t-elle. La directrice de l’ENAPP a conclu son allocution en partageant l’objectif de la conférence qui consiste à sensibiliser les acteurs publics et autres parties prenantes à la nécessité d’intégrer les NTIC de manière systématique dans toute l’administration publique haïtienne en vue de contribuer à l’amélioration du service public.

Pour sa part, le conférencier, Donald Marcelin, a souligné, d’entrée de jeu, l’impérieuse obligation d’utiliser les NTIC  de façon systématique et pérenne dans toute l’administration publique haïtienne en vue de passer de la gestion manuelle à la gestion automatisée. Il a énuméré une liste d’exigences liées à l’implantation des NTIC, à savoir les infrastructures (incluant électricité, réseaux locaux, datas center et sites de contingence), un organe de contrôle ou de régulation, une législation adaptée, l’interconnexion des systèmes et le développement des compétences.

Selon M. Marcelin les NTIC permettent de : lutter contre les longues lignes d’attente, faciliter le travail collaboratif, maîtriser la gestion financière de l’État, véhiculer des informations de manière conviviale, assurer l’interface entre l’État et les citoyens, fournir des services de proximité basés sur la localisation géographique et augmenter les recettes publiques à travers un système de paiement en ligne.

En raison de notre retard dans le domaine technologique,  la délivrance de certains services fournis par les institutions publiques tels que la liquidation et le paiement des obligations fiscales, l’identification nationale, l’état civil, l’immigration, l’immatriculation et la circulation des véhicules ou la légalisation de pièces, se retrouvent affectés. Dès lors, il devient important d’instituer un réseau intégrant des institutions comme les Archives nationales, l’Office national d’identification, le bureau de l’Immigration, l’OAVCT, la DGI, l’Administration générale des douanes, la Poste, sans oublier le MJSP, le MENFP et le MAE, entre autres.

Parmi les projets en cours et ceux qu’il convient d’envisager, M. Marcelin a insisté sur la législation relative notamment à la cybersécurité et à la cybercriminalité, le renforcement des infrastructures, tout en mettant en place de nouveaux systèmes dont le nouveau système, intégré de gestion des ressources humaines, le système de gestion des marchés publics, le système de gestion électronique des documents avec un accent sur un plan de sécurité des systèmes piloté par la BRH, lequel aidera à limiter les risques encourus par l’utilisation des NTIC tels que l’intrusion, les pertes d’information, sans omettre la gestion des déchets technologiques susceptibles d’avoir des effets nocifs sur l’environnement.

Pour le directeur des systèmes du MEF, il est important qu’une politique publique en matière de technologies en Haïti aille de pair avec une politique de communication publique. Pour lui, si les NTIC présentent des avantages énormes dans la conduite d’une administration qui priorise des services de proximité et de qualité, notamment en termes de dématérialisation des procédures administratives, de traçabilité des actes administratifs, de lutte contre la corruption, d’interopérabilité entre les administrations publiques…, celles-ci ne sont pas sans conséquences, notamment en ce qui a trait à la sensible question de la protection des données personnelles et aux cybercrimes. D’où la nécessité de la mise en place d’« organismes de sécurité informatique hautement qualifiés et disposant d’un savoir-faire rigoureux  ».  

L’ingénieur en informatique a résumé son intervention en six points : « La fiabilisation des sources d’énergie, un organisme de régulation, un potentiel logistique et humain à mettre en action, établissement d’un cadre juridique, la dématérialisation afin de bénéficier du potentiel des NTIC et la création d’académies et de centres de recherche en technologie en privilégiant le partenariat public-privé. »

Par ailleurs, plusieurs questions aussi pertinentes que complémentaires à l’exposé de l’intervenant ont été à l’ordre du jour et ces questions ont porté, entre autres, sur l’urgence d’organiser des états généraux (sur les NTIC), la place des femmes dans l’écosystème numérique national, la stratégie de paiement des personnes avec des compétences rares touchant les NTIC, la participation de toutes les parties prenantes, l’impact environnemental du numérique, la question du budget et de la lutte contre la corruption.

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Me Jhuan Vladmir Hans Mombrun

Avocat militant au barreau de Port-au-Prince

Politologue-Internationaliste

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