« Haiti is a Nation of Artists » cherche sa place à Cannes 

Le documentaire « Haiti is a nation of Artists » de Jacquil Constant a été projeté à Cannes, le samedi 21 mai, sous la tente du Pavillon Afrique, espace consacré au cinéma africain et à la diaspora africaine. Ce festival dans le festival se tient en parallèle avec le Festival de Cannes, sur le port, à deux pas du Palais des festivals. 

Publié le 2022-05-25 | lenouvelliste.com

Finies les restrictions sanitaires de juillet dernier, les masques tombent – le Covid en retrait –, Cannes attire grand monde cette année. Du beau monde aussi. Les terrasses des bars et des restaurants sont bondées. On fait la queue parfois pour acheter le moindre soda ou un jambon-beurre. Les berlines de luxe, impressionnantes BMW propulsées à l'électricité en tête, défilent sur la Croisette où se tient la 75e édition du Festival de Cannes du 17 au 28 mai 2022.

Sur le littoral, les festivaliers se mêlent aux vacanciers venus profiter du soleil, des plages du sud de la France et de cette indéfinissable ambiance qui doit avoir un avant-goût de paradis. Il y a les tenues les plus chics, les bijoux les plus onéreux et les tongs, dans les mêmes rues. De l’aube jusqu’à tard dans la soirée, des fans curieux restent massés devant les grands hôtels dans l’espoir de prendre en photo des stars de cinéma. Il y a des projections partout. Paillettes et strass, lumière et salles obscures, escaliers et tapis rouge rythment la vie à Cannes pendant le festival dont le cœur bat sur moins de cinq cents mètres entre la plage et la Croisette. 

À côté du grand festival où défilent les grandes stars du monde entier, d'autres rendez-vous et festivals se tiennent en parallèle pour braquer les projecteurs sur d’autres productions. Depuis quelques années, la Martiniquaise Karine Barclais a lancé dans ce même objectif Pavillon Afrique, un espace de rencontres de professionnels de l’industrie du cinéma et situé dans le village du Festival.

Pavillon Afrique a accueilli, le samedi 21 mai, le producteur américain d’origine haïtienne Jacquil Constant avec son documentaire intitulé « Haiti is a Nation of Artists », qui met en honneur le travail des artistes haïtiens après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Une production inscrite au Short Film Corner (marché du Film). Quelques dizaines de personnes ont pris part à la diffusion de ce documentaire. La présence de l’acteur haïtien Jimmy Jean-Louis a été remarquée au Pavillon.

« Haiti is a Nation of Artists » (Haïti est une nation d'artistes) est une lettre d'amour à tous les Haïtiens d'Haïti et de la diaspora haïtienne. Je veux que les Haïtiens soient fiers de la riche culture et de l'histoire de leur communauté. Je veux que le monde connaisse la contribution d'Haïti à la production d'art noir grâce à son histoire et à sa culture. Ce projet a changé ma vie en m’exposant aux fantastiques peintres, sculpteurs, conservateurs et galeristes haïtiens », a déclaré au Nouvelliste Jacquil Constant, qui souhaite que son documentaire remporte des prix dans divers festivals de cinéma. « Je veux encourager les Haïtiens à faire plus de films qui changent le récit d'Haïti », confie-t-il.

Le film présente aussi bien des images des débuts du Centre d'art, -on y voit Dewitt Peters et les premiers élèves qui deviendront nos plus grands peintres- que la bataille de l'Ecole nationale des arts (Enarts) pour survivre sans aucune politique culturelle ni du privé ni du secteur public. Soixante ans après le travail de débroussaillement de Peters, l'art pictural est encore délaissé. L’artiste Edouard Duval-Carrié et le sculpteur Josué Blanchard, chacun y va de sa lecture de la scène picturale haïtienne.

Dans le documentaire de Jacquil Constant, il y a aussi la plus grande galerie du pays, celle des Nader à Pétion-Ville et Village Rezistans à la grand-rue au cœur du centre-ville de Port-au-Prince. La peinture dans de beaux cadres et les pièces brutes de Guyodo, qui élèvent la récupération au pinacle, cohabitent sans choquer. 

Il y a les artistes de la diaspora qui rêvent et reproduisent Haïti même après des décennies à l'étranger et un vendeur de peintures des rues. Deux extrêmes, deux réalités, même monde de créateurs.

Le documentaire « Haiti is a nation of artists » (Haïti est une nation d'artistes) donne la parole aux artistes pour qu'ils parlent de leurs actions après le séisme. Ils expriment aussi leur frustration d'évoluer dans un marché de l'art qui n'existe pas vraiment. Il y a tant de choses qui manquent. 

Jacquil Constant, tout en évitant de tomber dans le constat de nos problèmes, finit par les étaler. Les artistes vivent mal la situation difficile du pays et cela transpire dans leurs œuvres et dans leurs propos même quand ce n'est pas le sujet du documentaire.

On ignore combien de temps Jacquil Constant a mis pour finaliser son travail : un an, cinq, dix ans ? On constate qu’il n’avait pas beaucoup de moyens. A écouter ses interlocuteurs, certains aspects datent et de nouvelles inquiétudes ne sont pas soulevées. Il manque aussi une visite à Noailles et l'univers des fers découpés. On ne voit pas Jacmel et ses mille couleurs, ses papiers mâchés et son artisanat. Rien non plus sur le Cap-Haïtien où est née la première école dans la peinture haïtienne avec ses artistes qui le sont de père en fils depuis deux, trois générations. 

Contrairement à ce qui a été déjà fait pour un seul peintre ou un courant esthétique précis, le travail de Jacquil Constant a essayé d'épouser toute la peinture haïtienne pour démonter qu'Haïti est un pays d'artistes. Le défi est énorme. 50 minutes ne pouvaient pas suffire. Jacquil Constant ouvre une porte, lance une perspective. «Haïti est une nation d’artistes» peut avoir plusieurs volets : sur la peinture encore, mais aussi sur la musique, sur l’artisanat, la danse, etc.



Réagir à cet article