Emeline Michel conquiert Paris

Quelque 300 personnes ont assisté, le mercredi 18 mai, au concert donné par Emeline Michel et son groupe au Théâtre Traversière de Paris, pour clôturer la « Semaine du drapeau » organisée par l’ambassade d’Haïti en France.

Publié le 2022-05-19 | lenouvelliste.com

18h20. Ils sont déjà plusieurs dizaines à faire la queue devant le Théâtre Traversière à Paris d’une capacité de 300 places assises. Ils sont pour la plupart des étudiants, des écrivains, des acteurs et actrices de théâtre et des professionnels membres de la communauté haïtienne en France. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais assisté à un concert d’Emeline Michel qui traîne derrière elle plus de 35 ans de carrière. Emeline Michel est l’une des rares chanteuses haïtiennes qui aborde la patrie dans beaucoup de ses chansons sans utiliser les images de tous les jours. Il n’y a pas mieux qu’elle pour un concert qui clôture une « Semaine du drapeau ».  L’histoire du drapeau haïtien rappelle la place de l’union dans les grandes luttes ayant conduit à l’indépendance du pays. Sans l’union, comme l’a encore souligné Roseline Dieudonné dans des propos profonds, Dessalines et ses troupes n’auraient pas pu vaincre l’armée de Bonaparte. Les intervenants ont aussi rappelé le rôle des femmes dans la création du drapeau qui unit ou qui plutôt devrait unir les Haïtiens.

« L’histoire de notre drapeau est intimément lié au rôle de premier plan qu’a joué une femme, Catherine Flon, dans la création de notre bicolore national, a déclaré l’ambassadeur d’Haïti en France, Jean Josué Pierre Dahomey, dans ses propos de circonstance. Nous ne dirons jamais assez ce que nous devons à la femme haïtienne, à toutes ces Catherine Flon qui se trouvent un peu partout dans le monde. En tant que femmes haïtiennes, vous n’avez pas seulement cousu le drapeau bicolore. Vous avez également par votre courage de paysannes, de marchandes ambulantes, de Madan Sara, cousu notre tissu économique. »

« Par votre intelligence en tant que professeures, journalistes, diplomates, femmes politiques, avocates et j’en passe, vous avez cousu notre personnalité morale, civique et politique. Par votre sensibilité en tant qu’artistes, écrivaines, prêtresses du vodou, chanteuses, peintres, musiciennes et j’en passe, vous avez cousu le tissu de notre affectivité et de notre sensibilité. Je veux dire à toutes les Catherine Flon qui se trouvent dans la salle, vous êtes la meilleure partie de nous-mêmes et merci d’exister », a ajouté l’ambassadeur avant la prestation d’Emeline Michel accueillie chaleureusement par un public en extase. Juste avant, Grégoire Chéry, accompagné de sa guitare, chantait Haïti, et la troupe de danse « Belles gens » assurait sa prestation.

Splendide dans une robe rouge, Emeline passe en revue certaines de ses chansons qui n’ont pas pris une ride après des décennies. Le public chante à tue-tête « Nasyon Solèy », « Latibonit », « Pè Letènèl ». Les chansons interpellent.

« Nou pa vle mouri pou pitit nou pa wè peyi n nan kanpe sou pye l

« Drapo w anba po w

Li anba po w

Nasyon Solèy »

 Les textes d’Emeline Michel traduisent aussi la nostalgie de ceux qui fuient leur pays, pour une raison ou une autre, et qui brulent envie de revenir sur les terres de leurs parents, de leurs ancêtres.

« Sa fè lontan kè nou pa kontan. N ap travay lontan nan bati lòt vil »

« Ayiti ma lè n

Ayiti bonè n »

Pour souffler un peu, du vent ? Emeline interprète « Fè van pou mwen » de feu Boulot Valcourt.  Le public a encore entonné en choeur la chanson. Aux premières loges, une femme chante aussi, et pas des moindres. Emeline s’arrête et demande de braquer les projecteurs sur cette icone de la chanson caribéenne dont le groupe remplit habituellement les grandes salles de Paris et même le stade de France. Elle s’appelle Jocelyne Béroard, chanteuse du groupe mythique Kassav’. Elle est longuement ovationnée. Jocelyne rappelle comme elle est amoureuse d’Haïti, de son peuple, de sa culture. « Je veux juste te dire comme tu me donnes du bonheur quand tu chantes », lance-t-elle à Emeline Michel, qui a conquis le Théâtre Traversière avec un dernier merci. « Mèsi lavi ». Merci pour ses yeux, ses mains, son cœur. Merci pour cette douce mais puissante voix qui a fait de A.K.I.K.O un indémodable hit.



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