Quand la bourgeoisie tance ses enfants à l’école du capitalisme

Publié le 2022-04-29 | lenouvelliste.com

Par Jean-Marie Beaudouin

Nationalisme, curieux talon d’Achille :

La bourgeoisie s’ulcère

Bien qu’il soit la forme dominante de gouvernement dans la société bourgeoise qui pond le capitalisme au cours de son processus historique de développement, le nationalisme semble avoir vécu, si l’on s’en tient à la critique bourgeoise actuelle. Nationalisme chauvin, ultranationalisme, populisme, protectionnisme outrancier, localisme ou préférence nationale, racisme, xénophobie, discrimination de genre, cléricalisme, prosélytisme, etc., sont en quelque sorte des critiques que l’aristocratie économique et financière adresse aux partis nationalistes qui secouent fiévreusement la scène politique en Occident capitaliste et laïque. Il y a lieu quand même d’avancer, cependant, que les partis et organisations nationalistes qui renaissent, foisonnent et qui s’agitent beaucoup n’ont pas inventé les dites méthodes de gouvernement ; ils les ont trouvées là, et elles ont pour foyer natal l’Europe continentale et sa tête de pont, l’Amérique du Nord. Les autres parties du monde sont soit leur propriété privée – Afrique, Asie –, soit leurs provinces – Australie, Nouvelle Zélande, par exemple. On dit que les faits restent têtus dans l’histoire.

L’instrumentalisation de l’histoire révèle, dans ce nouveau siècle, ses limites comme la propagande médiatique systématique les siennes. Sous l’effet de la propagande, l’individu peut en principe cautionner n’importe quoi ; mais quand il aura pris de la distance, du recul, il reconnaîtra forcément qu’il était dans l’erreur et pourrait même se rendre compte de la quantité d’intox qu’il avait innocemment absorbée. Ainsi, sa consommation en produits nocifs et toxiques commence à s’éroder ; et son cerveau se libère aussi de la propagande de désinformation et d’intoxication. Il est donc peu probable qu’il se laisse prendre à nouveau au piège des boniments, des manipulateurs professionnels qui peuvent être de tout acabit tels que des affairistes politiques, des religieux ou des occultistes.

La bourgeoisie tance sa progéniture et se met en colère pour une question dont elle est historiquement affective. Dieu seul sait combien le nationalisme avait fait la richesse des républiques bourgeoises européennes actuelles. En passant, il est opportun de préciser pour le lecteur universel que la noblesse n’est autre chose que le stade suprême de la bourgeoisie qui, après la chute de la Révolution française de 1789, cumule les deux types d’aristocratie à la fois. La classe des nobles et la classe des bourgeois réfléchissent et exercent la connaissance de façon identique. Le colonialisme et l’esclavagisme furent des créations inamovibles de l’Europe au nom du nationalisme, soutenue inconditionnellement de l’Église de Rome. De fait, l’occupation militaire du continent Amérique et sa colonisation le furent au nom du nationalisme espagnol, du nationalisme anglais, du nationalisme français. Les grandes et infinies richesses en métaux précieux et en marchandises coloniales que le colonialisme européen en tira des colonies, l’ont été au profit des populations espagnole, anglaise et française. Donc le nationalisme colonial est encore dans l’intérêt national. Le nationalisme américain se situe dans la droite continuité des nationalismes jadis tuteurs.

Les monarques chrétiens firent des conquêtes territoriales pour leurs peuples respectifs, jamais pour les peuples autochtones conquis. On s’aperçoit que le nationalisme est cette doctrine politique qui joue un rôle déterminant dans le maintien et dans l’ancrage de la civilisation dominante occidentale, dont le capitalisme européen et le capitalisme nord-américain en sont la vitrine. Plus près de nous, en 1933, le nationalisme doctrinal et culturel s’est mis à l’épreuve de lui-même dans un rôle particulièrement idéologique. Trois nationalismes s’unissaient dans un élan guerrier pour former la digue anticommuniste-antisoviétique du XXe siècle : le nationalisme mussolinien, le nationalisme hitlérien et le nationalisme impérial nippon. Était ainsi constitué l’Axe-fasciste dominé par l’Italie, l’Allemagne et le Japon = Axe Rome-Berlin-Tokyo. Partaient en effet les puissances de l’Axe à l’assaut du communisme prolétarien de l’Union soviétique, entre 1939 et 1945 lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Elles [puissances] reçurent à la porte le soutien matériel et économique des puissances nationalistes d’Occident, dites démocraties occidentales. En plus de l’appui moral de l’Église et du Saint-Siège de l’État du Vatican. L’Allemagne fasciste-nazie en recevait le plus fort appui pour son rôle de leader, et qui avait des réels rapports de force pouvant écraser rapidement la Russie soviétique. Adolf Hitler était la figure totémique des nationalistes occidentaux. Il suscitait une telle admiration, une telle fascination que le maréchal Philippe Pétain, président de la République bourgeoise de France, dût mettre prématurément fin aux hostilités au profit de l’Allemagne nazie par la signature de l’armistice léonin-hitlérien le 22 juin 1940, consommant l’occupation allemande. Que, après la débâcle et la chute du IIIe Reich fasciste-nazi, les Américains, chefs de file des alliés occidentaux, avaient moralement jugé de recevoir la capitulation de l’Allemagne à Reims/France dans le dos de l’Union soviétique victorieuse.

Le digne leader et mémorable dirigeant communiste Joseph Staline demanda instamment à l’Amérique et ses alliés de second ordre de se rendre illico à Berlin-Est pour la signature officielle de la reddition authentique de l’armée allemande. Ce qui fut fait dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 01hre, heure de Moscou. Voilà ce qu’a été, est et sera le nationalisme occidental. Si la bourgeoisie s’énerve aujourd’hui contre le nationalisme culturel comme la presse bourgeoise relaie cette colère à tout bout de champ, il doit s’agir d’un ulcère passager. Oubyen yon senp kòlè rat.

Nous avons voulu dire que le monde est gouverné par deux systèmes politiques, qui se situent à des pôles opposés. Ils sont deux organisations à vocation économique, sociale et culturelle : capitalisme et communisme. Dans le capitalisme, la démocratie est exercée toujours par le haut ; ce mode d’exercice est fondamental depuis la naissance de la démocratie à Athènes, la Grèce antique. Dans le communisme, l’exercice et l’application pratique de la démocratie le sont toujours par le bas ; parce que l’histoire confère au prolétariat le droit à la révolution. Dès lors que le prolétariat devient la nouvelle classe dominante, il se saisit de plein droit de la production et introduit un nouveau mode de production dont découlent l’économie planifiée et tous les autres facteurs révolutionnaires.

De là, s’établit la grande différence entre le capitalisme bourgeois et le communisme prolétarien. Comprenne qui pourra. Mais il est très difficile à l’élément capitaliste de comprendre que la démocratie, régime politique le plus répandu, puisse être exercée par les masses ; alors qu’elle fut portée aux fonts baptismaux par l’élite bourgeoise dont les immortels noms Platon et Aristote servent de paradigme aux élites modernes washingtoniennes, parisiennes et londoniennes. États-Unis, France et Angleterre sont les trois principales puissances dirigeantes de la société occidentale dominante et de sa démocratie totalitaire. Toute personne morale – État-nation – qui ne suit pas les directives et diktats du Triumvirat se verra admonestée et mise au banc, quand elle ne sera pas contrainte à la guerre en vue de la punir pour sa hardiesse. Telle est la posture caporaliste des maîtres du monde actuels.

Autrement dit, soit on est capitaliste, soit on est communiste. Les autres courants d’expression qui y sont greffés ne sont qu’un trompe-l’œil. Capitalisme orthodoxe et capitalisme libéral sont des structures communes dans l’exploitation des classes ouvrières, du prolétariat rural des bourgs, des faubourgs et du prolétariat industriel. Si la droite politique peut maintenir ses pléthoriques étiquettes vides de sens, le concept de gauche devrait être supprimé dans les débats politico-intellectuels. Car les partis dits de gauche – social-démocratie et socialisme réformiste – se sont longtemps sabordés dans la droite du capital. A telle enseigne, qu'ils ont longtemps oublié le lexique de la gauche en tant que telle, à moins qu’ils aillent se faire recycler dans quelque structure communiste à niveau minimum.

Parce que votre fidèle serviteur craint que, s’ils vont s’essayer dans une école communiste à plus haute échelle de valeur, ils soient perçus comme des nouveaux analphabètes politiques. Ç’eût été une honte pour eux quand on sait que la gauche renégate comptait dans ses rangs Karl Kautsky, Ferdinand Lassalle, Eduard Bernstein et consorts. Ils étaient tous des personnalités assez audibles, même si la camaraderie communiste s’interroge sur leur réformisme viscéral, mais aussi sur leur révisionnisme historique qui tend à remettre en cause le rôle de dirigeant historique du prolétariat qui, tel qu’il a été conçu dans le Manifeste de 1848, ne souffre pas de révision.

Mais la bourgeoisie dispose d’une grande capacité d’infiltration et d’absorption inouïe. Lénine et Staline furent, en leur temps, l’avant-garde et l’arrière-garde communiste. Après leur disparition, la cohorte des renégats et des révisionnistes avait pu dangereusement infiltrer la sphère vitale des partis communistes, en particulier le PCUS ou parti communiste de l’Union soviétique. En bon créole : « Lè chat pa la, rat ka bay bal » ou « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ». Cependant avoir l’appétit d’éléphant ne signifie pas avoir la mémoire d’éléphant. 

Jean-Marie Beaudouin

Avril 2022 ; coifopcha@yahoo.fr

          

   

  

    

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