J’ai lu avec intérêt, beaucoup d’intérêt mais sans surprise ni colère, les déclarations du Chargé d’Affaires a.i des États-Unis d’Amérique, à la veille de son nouvel adieu au pays. La crudité de ses propos nous porte à croire qu’il pourrait bien s’agir de sa dernière mission en Haïti. Cette fois-ci il n’a pas fait de détours et n’a donné dans les détails. Dans un langage direct , sans détour il a défini et clarifié pour tous et pour toutes, son rôle en tant que diplomate américain. Il a également essayé d’expliquer son intervention ainsi que celle de certains de ses collègues de l’époque lors des élections de 2010 et par la même occasion qualifier d’irresponsables les acteurs politiques haïtiens.
A propos des élections de 2010 on serait presque tenté de croire à ces deux derniers pointsLa politique étrangère est définie comme étant l’instrument par lequel un État tente de façonner son environnement politique international, par lequel il tente d’y préserver les situations qui lui sont favorables et d’y modifier celles qui lui sont défavorables. Les propos du diplomate sortant rappelant aux haïtiens qu’il était au service des États-Unis d’Amérique, n’étaient donc pas nécessaires et n’auraient pas dû, non plus retenir l’attention.
Nous le savons tous. En tout premier lieu, ceux qui ont le rare talent de tout faire, pour toujours plaire aux puissants, avant même qu’ils ne fassent une quelconque demande. Ceux qui ont la perversion et habileté de toujours se situer à égale distance des deux pôles d’intérêt. Ce qui leur permet de toujours servir sans retenue les États-Unis et à se servir sans aucune gêne de la misère d’Haïti.
En second lieu, ceux qui, le plus souvent de bonne foi, sont nourris par l’espoir d’un éventuel effort de compréhension de la part de la Communauté Internationale. Ceux qui s’obstinent à croire que cette dernière n’aurait aucun intérêt dans un pourrissement de la situation en Haïti et qu’elle serait prête à collaborer, si elle trouvait des interlocuteurs valables
Nous le savons, nous aussi, qui croyons que le bonheur des haïtiens et des haïtiennes, ne peut pas être édifié à travers ou à partir d’un projet conçu en dehors du débat politique à l’intérieur de la Communauté Nationale. Nous qui sommes persuadés que la construction démocratique ne saurait avoir lieu dans un contexte de déplacement des références morales et historiques qui nous identifient comme peuple. Nous qui refusons d’accepter la banalisation du crime comme méthode d’hégémonisme politique, du retour à un héritage duvaliérien dans la conduite de l’Etat.
Enfin nous savons tous que M Merten défendait les intérêts de son pays, lorsqu’il se montrait en public, portant allègrement, à son poignet droit, le petit bracelet distinctif du PHTK, flanqué de Messieurs Martelly et Lamothe. Cette photo et celle de son homologue français Didier le Bret nous permettent de conclure que Haïti mérite, certes des acteurs politiques responsables mais aussi de diplomates étrangers tout au moins plus discrets dans leur démonstration partisane. Nous devons enfin déduire que c’était au nom de ces mêmes intérêts américains qu’il était intervenu en 2016 pour faire écarter le rapport CIEVE.
Le processus qui a abouti au 30 Août 2021, (ci-devant processus de Montana) va au delà d’un simple Accord. Il est la preuve, si besoin en était, que nous savons que les diplomates sont placés pour servir leur propre pays pas le nôtre. Mais il est aussi, mais il est surtout l’expression de la volonté de la majorité des haïtiens et des haïtiennes, de sortir des “solutions” conçues et élaborées dans les ambassades.
L’extrême asymétrie entre les états a donné naissance à des relations asymétriques et le problème des relations asymétriques, qui sous-tend les théories de l’impérialisme, est à la fois réel et profond. Toutes les formules ou projets imposés de manière irresponsable (et j’insiste sur ce terme), en dehors du cadre de développement des forces politiques locales, ou qui ne résultent pas des rapports de force entre les courants politiques, seront bâtards, éphémères ou pire encore porteurs de violence. Quoiqu’en pense ou quoiqu’en dise M Merten c’est ce qui s’est passé en 2010 et nous en payons aujourd’hui les affreuses conséquences.
Dr Jean Hénold Buteau
*Titre d’une Chanson de Hugues Aufray, sortie à la fin des années ‘60