Maryse Saint-Pierre Cyprien : modèle de persévérance

Publié le 2022-03-24 | lenouvelliste.com

Son grade de docteure en relations internationales et diplomatie fraichement en poche, Maryse Saint-Pierre Cyprien, 44 ans, est ministre-conseiller au sein de la délégation permanente d'Haïti auprès de l’UNESCO. Véritable Hard worker, cette femme au caractère fort est un modèle de persévérance. Malgré le lourd traumatisme qu’elle traine du tremblement de terre du 12 janvier 2010, l’ex-conseiller de l’Ambassade d'Haïti à Paris s’est donné les moyens d’avancer. Privée de sa jambe gauche, son histoire et son parcours sont la preuve que la volonté peut venir à bout des souvenirs et des cicatrices les plus douloureux.

Nous sommes jeudi après-midi, dans le cadre enchanteur d’un restaurant parisien dans le 7e arrondissement. 18 h 30, c’est l’heure à laquelle nous avons rendez-vous pour que Madame la diplomate me raconte sa vie dans les détails. C’est notre première rencontre et elle passe la porte avec ce sourire chaleureux qui rayonnera sur son visage d’enfant tout au long de notre entretien. Maquillage léger, du rouge sur les lèvres, des cheveux ondulés lui tombant sur les épaules, un petit foulard marron, complétant la robe bleu marine qu’elle porte. La native de Petite-Rivière-de- l’Artibonite s’asseye en face de moi, toute timide. C’est une personne réservée, mais celle qui se fait aussi appeler MC par son entourage la décrivant comme une dame au grand cœur se sent vite en confiance et c’est un bout de femme enjouée et d’une gentillesse inouïe qui s’ouvre à moi. Aucun moment de silence ne s’installe au cours de notre conversation qui s'étale sur plus de deux heures.

Maryse Saint-Pierre Cyprien :  Avancer par tous les moyens

Le 12 janvier 2010, Maryse Saint-Pierre Cyprien s’est retrouvée sous les décombres de l’université Quisqueya à la suite du séisme dévastateur de magnitude 7.3 ayant surpris le pays. Ce jour lui a fauché une partie d’elle. Elle a perdu sa jambe gauche et a dû réapprendre à vivre. La motivation chevillée au corps, pariant également sur le soutien sans faille de sa famille, elle a décidé d’avancer au-delà des circonstances et des épreuves que lui imposait sa nouvelle vie. « J’ai une petite famille en or. On s’est toujours soutenu mutuellement. Nous avons toujours été une équipe qui gagne », témoigne la mère de famille, reconnaissante d’avoir un époux et une fille, qui l’ont beaucoup supporté dans ses projets.

Deux années après, l’amatrice de challenges avec son statut de diplomate part représenter et défendre les intérêts d’Haïti en France. « Je suis arrivée à Paris en mars 2012 avec deux béquilles et l’ambassadeur d’alors, Madame Vanessa Lamothe, m’a donné la chance de prouver qu’un membre en moins ne définit pas un professionnel. J’ai fait mes preuves et six mois après, j’ai carrément redressé le système de comptabilité de l’ambassade et obtenu une promotion au grade de Premier secrétaire », révèle celle qui était devenue le bras droit de l’ancienne cheffe de mission Vanessa Lamothe, une femme modèle. « J’ai accompagné mon ambassadrice à diverses rencontres et grâce à elle j’ai pu serrer la main à des personnes parmi les plus influentes de ce monde », confie Maryse Saint-Pierre Cyprien. Elle affirme qu’aujourd’hui son combat a une double dimension : militer pour une politique d’inclusion de tous et continuer à défendre les intérêts de son pays à son niveau.

Ce qui motive Madame Cyprien à se réveiller tous les matins, c’est son souci de donner des résultats. « J’aime le travail bien fait et le travail est une vraie passion pour moi ; quand j’arrive dans une mission, tout doit être carré ». Dévouée à son pays, celle qui se décrit comme une perfectionniste a intégré la fonction publique en 2003 au poste de Comptable en chef adjoint à la secrétairerie d'État à l’Alphabétisation et depuis, c’est avec la même ferveur qu'elle sert sa patrie. « Je suis fière de tout ce que j’ai pu réaliser au cours de ces 18 années pour mon petit pays que j’aime dans l’absolu », confie la diplomate qui a reçu les honneurs et mérite du ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), par le biais du secrétaire d’État, Carol Joseph, pour sa contribution active à la campagne nationale d'alphabétisation « Yo si puedo », en partenariat avec ALBA et la Coopération cubaine de 2007 à 2010.

L'Accord de coopération énergétique (ACE) PetroCaribe comme sujet de thèse

La docteure en relations internationales a effectué ses travaux de recherches sur l'Accord de Ccoopération énergétique (ACE) PetroCaribe, sous un angle rarement abordé auparavant. La coopération Sud-Sud est un sujet qu’elle trouve pertinent et un véritable levier pour le développement socio-économique des pays dits du Sud. « J'ai préféré me focaliser sur la portée positive de cette coopération par choix. Cette approche de coopération n'est pas seulement, à mon avis, une expression de la politique étrangère, elle est surtout une forme de solidarité et de respect mutuel entre des États partageant une histoire et des intérêts communs », argumente la ministre-conseiller qui considère que cette forme de coopération peut provoquer un changement de paradigme dans les relations internationales et l'aide au développement, à travers la promotion d'une alternative qui est beaucoup plus en phase avec les besoins réels des pays partenaires.

Son travail de recherche étant principalement basé sur le fait de démontrer que la coopération Sud-Sud serait une excellente alternative pour le développement des pays du Sud, comme Haïti, à condition toutefois de disposer de mécanismes de contrôle des investissements plus rigoureux et d'outils d'évaluation des projets plus élaborés, équivalents à ceux du Nord. Sa thèse aborde également les réalisations du marché et de l'économie uniques de la CARICOM et les opportunités qui peuvent en découler pour une intégration économique forte et durable, en vue du développement pérenne de chaque pays de la sous-région.

Maryse Saint-Pierre Cyprien, de Petite-Rivière-de-l'Artibonite à Paris !

Maryse a vu le jour, loin du carcan de la capitale, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite. Mais c’est dans la banlieue de Turgeau qu’elle passera les plus belles années de son adolescence. Ses études primaires bouclées à l'école Notre-Dame de Fatima des sœurs de Saint-Louis, elle quitte sa ville natale pour poursuivre son cursus au collège des Jeunes filles et au lycée Marie-Jeanne.

« J’ai fait ma première communion à l’église Saint-Louis Roi de France, sise à la rue Baussan, et plus tard, en 2005, c’est dans cette même paroisse que j’ai prononcé mes vœux de mariage. C'était l’église préférée de mon grand-père, Richard Saint-Pierre, ancien maire des Gonaïves. La famille avait même un banc réservé pour la messe de 7 h a.m. J’en repense avec beaucoup d’émotions. C’était la meilleure époque de ma vie d’adolescente », se rappelle la fervente chrétienne.”

Son bac en poche, MC se dirige vers l’avenue Christophe pour un cursus en administration des affaires (option sciences comptables) à l’INAGHEI de 1997 à 2001. Une licence qu’elle décroche avec mention. Elle ne fait pas les choses à moitié. « J’aime l’excellence, j’aime donner le meilleur de moi-même, je me traite durement, parce que je dois toujours être parmi les meilleures », atteste la native du poisson, avec une note de fierté dans la voix. Elle effectue par la suite des études à l'Académie diplomatique internationale de Paris avant d’effectuer sa thèse de doctorat au Centre d'études diplomatiques et stratégiques (CEDS)/INSEEC Université à Paris.

En dehors du travail et de ses travaux de recherches, pour occuper son temps libre, l'ancienne déléguée suppléante de la République d'Haïti auprès de l’OIF dit s’informer sur les actualités concernant Haïti et le monde. « C'est élémentaire, en ma qualité de diplomate », avance-t-elle. Aussi, en tant que chercheure, elle lit beaucoup et ses auteurs favoris du moment sont Guy Carron de la Carrière et Michel Soukar. « J’ai développé une passion pour les romans de Michel Soukar ces derniers temps. Actuellement, je lis ‘’La Blanche Négresse” », confie madame qui consacre également un peu de temps aux séries policières en week-end, car elle aime les intrigues et les investigations. Sinon elle passe de bons moments avec sa fille qu’elle considère comme son plus bel accomplissement personnel.

 Aux jeunes femmes de cette génération, la docteure en relations internationales et diplomatie, qui a soutenu sa thèse le 24 février 2022, conseille de ne rien lâcher. « Faites-vous confiance, fixez-vous des objectifs et donnez-vous les moyens de les atteindre. Sachez que vous êtes spéciale, et ne prenez pas tout pour acquis parce qu’une carrière se construit fil par fil », argue cette femme qui est un authentique symbole de courage et de détermination.



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