Besoin de poèmes

Foutez-vous hors de l'Ukraine !

Nous ne devons pas rester indifférents à la destruction actuelle de l'Ukraine par les forces militaires russes. J'ai été ému par les images retransmises sur nos écrans, d'où ce poème, écrit comme une réponse humaniste et militante à ces horreurs, les montrant du doigt : les actes délétères des nations doivent être condamnés, qu'ils aient lieu en Palestine, en Irak, en Haïti ou en Ukraine. La poésie peut être instrumentalisée pour aider à changer les choses, comme l'a fait Victor Hugo dans Les Châtiments (1853), pour protester et condamner les atrocités de Louis Napoléon Bonaparte.

Publié le 2022-03-22 | lenouvelliste.com

(Dédié aux vaillants résistants ukrainiens face à l'infâme invasion russe)

Cette fois, c’est l’ours russe

qui, dit-on, dormant tranquillement

se réveille pour s’emparer

de tout l’habitat convoité.

Vos blindés salissent la mémoire

et de Chevtchenko et de Lénine

et de ces grands combattants

pour le destin libre des peuples.

Foutez-vous hors de l’Ukraine, dis-je,

Catherine la grande rapace

maintes fois déjà mutila le corps

et l’âme des peuples disparus.

Leur progéniture, revenants de l’abîme,

continue la lutte vers la grande envolée ;

le Maidan, c’est seulement un instant

de l’Ukraine plusieurs fois millénaire !

L’Ukraine, c’est cette réfugiée de la guerre

qui nous convie à apprécier le ciel clair,

débarrassé des engins de la mort, libre

des angoisses et des massacres sériels.

« Beaucoup d’entre nous ont peur d’aller au lit

et de se réveiller avec un missile russe »,

se plaint cette autre réfugiée, la voix fatiguée,

le regard sorti tout droit de l’au-delà ineffable.

Cette agression gratuite, défaite de la patience,

fruit du labyrinthe mental d’un tyran isolé

épouvante la conscience, le sang sur le pavé

fait revivre les temps lamentables de l’Histoire.

Les obus qui tombent de partout

à la manière des pluies d’étoiles,

la rage meurtrière des troupes aguerries

répugnent la décence, les envahisseurs exceptés.

Et les larrons, les oligarchies, les zombifiés

et les fidèles de l’empire russe, anti-peuple

s’il en fut ; exceptés les profiteurs du malheur

et autres applaudisseurs d’hôpitaux bombardés.

Nous autres rescapés de la mer des Antilles

eûmes connu l’armada meurtrière conquérante

des forces napoléoniennes, et celles autant féroces

des marines tuant, violant et pillant à leur guise.

Foutez-vous hors de l’Ukraine, dis-je,

vos complaintes trouveraient des ouïes gracieuses

si vous respectiez l’inviolabilité des autres,

leur droit à la souveraineté et à leurs propres folies.

L’élargissement de l’Otan, c’est compris,

mais votre furie apocalyptique déchaînée

sur l’Ukraine, les bombardements des crèches

sont de l’ordre des turpitudes de l’horreur.

Les chairs à canon des recrues déployées à l’insu

de leurs parents affolés attristent les Ukrainiens

qui même dans leur propre douleur invitent

leurs mamans à venir réclamer leurs cadavres.

Foutez-vous hors de l’Ukraine, dis-je,

c’est le peu que vous puissiez faire à présent,

l’Histoire vous jugera pour la froideur odieuse

à semer la terreur et causer tant de chagrin.

Cette pomme dépérit par plusieurs vermines ;

il y a la part des victorieux de la Guerre froide

qui n’apprenaient rien de Versailles, il y a aussi

le despote récusé cherchant à changer d’histoire.

Honte à vous, criminels de la guerre !

Honneur au peuple d’Ukraine

qui continue de croire, de rêver et de lutter

pour son droit au vent et à un ciel pur.

(12 mars 2022)

—Tontongi, écrivain haïtien vivant à Boston, USA.

L'illustration :  Peintre et poète ukrainien Tarass Grigorievitch Chevtchenko (1814–1861), grand combattant pour l’indépendance de l’Ukraine de l’empire russe. Une compagnie d’interbrigades ukrainienne nommée «Taras Chevtchenko» avait participé à la guerre civile espagnole du côté républicain. Elle était composée de citoyens ukrainiens de Pologne, membres du Parti communiste d’Ukraine occidentale. —source et photo Wikipedia.org

Tontongui
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