Crise russo-ukrainienne : préoccupés, les boursiers haïtiens interpellent leur gouvernement  

Les étudiants haïtiens vivant en Russie mènent la vie dure depuis l’annonce de lourdes sanctions économiques imposées au pays de Vladimir Poutine par des puissances occidentales afin que ce dernier capitule. Les étudiants haïtiens disent se sentir abandonnés et en profitent pour interpeler l'Etat haïtien.

Publié le 2022-03-23 | lenouvelliste.com

L’invasion russe en Ukraine change la situation des étudiants haïtiens en Russie. Pour cause, ils se sont interdit de procéder à des transactions interbancaires convenablement car la Russie a été expressément exclue du système SWIFT. Ce dont ils craignaient le plus.

« Plus de la moitié des étudiants haïtiens vivant en Russie n'a aucune source de revenu sur place. Ils ne savent à quel saint se vouer », raconte Raphaella Célestin, étudiante en 2e année en relations internationales à l'université fédérale de Kazan, qui coordonne le comité central des étudiants haïtiens en Russie. Elle décrit le niveau de préoccupation des étudiants haïtiens sur le territoire russe. « Certains d’entre nous sont perturbés et ont peur. Ce qui est tout à fait normal face à ce genre de situation », reconnaît-t-elle avant d’ajouter que bon nombre d’étudiants ne travaillent pas réellement en Russie.

Ceux qui parviennent à trouver un boulot, dans la majorité des cas, n'arrivent pas vraiment à satisfaire leurs besoins au quotidien avec leurs salaires, poursuit l’étudiante Célestin, précisant que la majorité des étudiant dépendent quasi-totalement de l’aide extérieure (provenant de leurs parents entre autres). Avec l’annulation du système SWIFT, la situation s’aggrave. « Comment allons-nous recevoir notre argent mensuel pour payer notre nourriture, notre loyer, acheter quotidiennement notre ticket de bus et subvenir à nos besoins... ?», s’inquiète l’étudiante.

Notons que des géants mondiaux de cartes de crédits (visa, MasterCard et Paypal) avaient annoncé la suspension de leurs opérations en Russie. Des compagnies de transfert d’argent pourraient également interrompre leurs services. Ces décisions pourront compliquer davantage la situation des étudiants haïtiens. Bien que le gouvernement russe tente de contourner les différentes sanctions économiques, les étudiants disent constater une hausse exorbitante des prix de certains produits sur le marché. Le coût de la vie a augmenté, alors que leur pouvoir d’achat diminue.

« Nos boursiers sont abandonnés à leur sort »

 Les frustrations des étudiants haïtiens en Russie étaient bien présentes avant la situation de tension qui sévit actuellement, soutient Raphaella Célestin. Selon elle, les difficultés sont plus profondes. Parmi lesquelles : « la difficulté de renouveler leur passeport dont les dates d’expiration arrivent à terme ; l’absence de représentations diplomatiques pour faire la jonction entre les deux pays, voire pour prendre en charge les ressortissants ».

Face à ces défis et bien d’autres, l’étudiante haïtienne en Russie, au nom de ses autres camarades, enjoint l’Etat haïtien d'adopter des dispositions en faveur des ressortissants haïtiens en Russie. Les étudiants se plaignent par ailleurs que l’utilisation de différentes plateformes numériques est limitée et même contrôlées en Russie.

Dans la foulée, la Croix-Rouge haïtienne informe avoir donné assistance à une douzaine d’étudiants haïtiens bloqués à l'aéroport de Kaliningrad, à travers la Croix-Rouge russe, à Moscou à la demande du ministère des Affaires étrangères. Le jeudi 17 mars, la délégation de la Croix-Rouge russe a rendu visite aux 12 étudiants pour s'enquérir de leur situation et leur fournir l'assistance humanitaire, indique un communiqué de la CRH. 


Selon l’institution, la plupart de ce groupe d’étudiants provient des universités de Belgorod.  Ces étudiants, qui voulaient se rendre en Pologne sans visa, ont dû voyager en autobus jusqu'à Moscou. « Les bruits de guerre, les sanctions qui les empêchent de recevoir l'assistance financière de leurs familles sont les motifs invoqués par les douze étudiants qui ont peur de retourner à Belgorod », écrit le communiqué.

Worlgenson Noël



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