Le carnaval 2022 a bel et bien eu lieu

Publié le 2022-03-04 | lenouvelliste.com

L'édition 2022 du carnaval ne restera pas dans les mémoires en dépit du fait que des dizaines de milliers de fêtards ont fait le déplacement dans plusieurs villes du pays pour les trois jours gras. Les déguisements et les couleurs n’étaient pas de la fête et les grands ténors n'ont pas répondu présents cette année. Le gouvernement avait décidé, en raison des énormes problèmes économiques auxquels le pays fait face, de ne pas organiser de carnaval national. En dépit de la promesse d’accompagner des municipalités pour leurs activités carnavalesques respectives, le doute planait. Toutefois, plusieurs villes du pays ont réussi à faire danser leurs habitants avec peu de moyens.

Hinche a attiré les plus grands noms

« Hinche nan kanaval », tel a été le thème retenu cette année pour la troisième édition du carnaval de la ville. Des ténors de l’industrie musicale haïtienne, des opérateurs culturels, entre autres acteurs, ont pris part à ce grand événement ayant réuni plusieurs milliers de gens. Malgré un pauvre défilé artistique et de bandes à pied, sept chars sonorisés dont des ténors comme Mass Konpa, RAM, Boukman Eksperyans, Roody Roodboy, Kreyol La, Ekip, Maestro… ont pu offrir leur performance pendant les trois jours gras du parcours malgré la pluie qui s’abattait sur la ville de temps en temps. Après un mauvais départ le premier jour, Hinche s’est repris et les deux autres jours ont eu meilleure note. Kreyòl et Ekip sont les deux groupes qui ont réussi à drainé la grande foule.

Les Jacméliens ont dansé durant les trois jours gras

Si le maire de la ville, Dr. Marky Kessa, hésitait à réaliser des activités pendant les trois jours gras, pour protester contre la petite somme donnée à Jacmel cette année (10 millions de gourdes) la population à quand même eu droit à des festivités. Pour voler au secours du carnaval de Jacmel, selon les explications du porte-parole de Caresem, Blaise Élie, ils se sont transcendés pour offrir le meilleur d’eux-mêmes : un carnaval par son côté artistique. Caresem, cette fédération d’associations de groupes masqués, a défilé durant les jours gras.

Une quinzaine de bandes à pied, des milliers de mascarades issus d’une vingtaine d’associations de groupes masqués membres de la fédération Caresem, une dizaine de troupes de danse et une dizaine de groupes musicaux ont animé la ville. Les acteurs ont mis le paquet pendant deux jours : dimanche et mardi gras. Invincibles de Jacmel, Lekòl La, Krem, 45 Soldiers Fofa, Hotmen Rap, Jouvenceaux et des bandes à pied comme Bèl Plezi Band, Fresh Up, Fresh Style, Bagèt Magik, Family Band, Feeling Band, Dolphins Band et deux formations musicales, Invincibles de Jacmel et Lekòl La ont occupé le béton et fait sensation en satisfaisant le public, en quête de défoulement et de plaisir.

Port-au-Prince : trois jours gras mi-figue mi-raisin

La mairie de Port-au-Prince a lancé les festivités carnavalesques de la première ville du pays le dimanche 27 février 2022. Pendant les trois jours 3 disc-jockey ont arrosé d’ambiance un public en liesse. Pour le reste, le comité aurait pu faire mieux, notamment par rapport à l’éclairage du parcours dans ce contexte d’insécurité. Le public, quant à lui, a investi le Champ de Mars en quête d’ambiance. La pluie torrentielle qui s’est pointée pendant les 3 jours gras ne les a pas arrêtés. Des adultes en majorité, tout comme des enfants et des adolescents, étaient au Champ-de-Mars pour suivre les défilés artistiques ou les bandes à pied.

Les Dj Cash cash, Tony Mix et Dj Wayne ont surpris les curieux et ceux qui avaient des doutes quant à leur capacité à assurer l'ambiance à eux seuls sur le parcours. Tony Mix, le plus performant des trois, a pendant les deux jours gras, traîné derrière lui, une foule interminable. Entre méringues carnavalesques, et des hit rabòday, le char de Tony Mix n’a pas eu d’égal au Champ de Mars. 

Soulignons les grands efforts du comité du carnaval de Port-au-Prince pour offrir un défilé artistique approprié.

« Kombit pou on lòt Okap »

Les autorités municipales n’avaient pas pu trouver à temps environ 12  millions de gourdes nécessaires pour la performance des orchestres Tropicana d’Haiti et Septentrional pendant les 3 jours gras.

En dépit de tout, des milliers de Capois ont pu s’amuser sainement aux rythmes des DJs. Absent durant les deux premiers jours gras, l’Orchestre Septentrional avec sa meringue carnavalesque « Fè Chelbè » a fait danser plus d’un au dernier jour gras au Cap-Haïtien, à l'occasion des festivités carnavalesques de la deuxième ville du pays tenues sous le thème « Kombit pou on lòt Okap.» Si cette année, Tropicana d’Haiti n’a pas proposé de meringue carnavalesque, Septen a délivré, une semaine avant les festivités, son « Fè Chelbè’w » diffusé en boucle sur les ondes capoises. Plusieurs troupes déguisés, bandes à pied et troupes folkloriques, parmi eux  « Troupe Malaya», « Pay Karot », « Chouchou Band», « Layité » et « Ayiti dans an nou » ont pris part aux festivités carnavalesques.

Petit carnaval aux Cayes

Des 30 millions de gourdes attendus pour l’organisation des festivités carnavalesques des Cayes, la Mairie n’en a reçu que 2 millions.  À défaut de défilé des chars allégoriques, des écoles de danse et troupes de théâtre, la ville n’a réalisé qu’un court spectacle de rue le mardi gras baptisé « Madi-Sa. » Un spectacle truffé d’imperfections que la population a accueilli en grand nombre au carrefour Orel des Cayes.   

Ayant pour mission d’égayer la population sur le macadam des Cayes, les bandes à pieds ont été impeccables durant toute la période du carnaval dans la troisième ville du pays. Avec des anciennes bandes comme Les tirailleurs, l’Avenir, Mabouya et Soulmen ou encore les nouveaux noms comme Vekele Band ou la Familia Band, le challenge, la couleur et l’originalité ont été remarqués. Les south-Riders ont effectué pendant les trois jours gras des exhibitions dans plusieurs coins de rue. A côté des bandes à pieds et les « riders », un char musical a apporté sa goutte de plaisir au carnaval. Bien que disposant d’un système sonore moyen et un package assez pauvre, il a quand même ambiancé plusieurs milliers de caravaniers de la ville des Cayes.

Les bandes à pied, véritable moteur du carnaval de Jérémie, mais…

Pour la période carnavalesque, les épicuriens de Jérémie n’ont pas eu d’autre choix, que d’aller se positionner, chaque dimanche à l’angle des rues Hortensius Merlet et Abbé Huet, communément appelé « tèt kafou » pour se défouler. Sur les rythmes des bandes à pied, les haut-parleurs des mini bars installés sous des tentes et quelquefois des DJ, ils font la fête. Pourtant cela fait bientôt quatre ans depuis que ces bandes n’ont reçu aucun appui ni de l’administration centrale ni des autorités municipales. 

Certains membres du secteur privé à Jérémie, disent être bout de souffle à cause de la guerre des gangs  à Martissant. A en croire l’une des entrepreneures à Jérémie, qui souhaite garder l’anonymat, l’approvisionnement en marchandises est devenu de plus en plus difficile. Conséquences, leurs entrées sont devenues maigres. Difficile pour ces derniers de sponsoriser des activités tel le carnaval. Même si les responsables des bandes à pied qualifient de pur mensonge ces allégations.

Malgré les incertitudes, il y a bien des activités carnavalesques dans la cité de l'indépendance durant les trois jours gras,a déclaré au Nouvelliste l'un  des agents intérimaires de la ville, Fontaine Badio,ce vendredi 25 Février 2022. Jusqu'à présent, les préparatifs sont au point mort, nombreuses sont les questions sur le type de carnaval qu'aura la ville cette année.

Gonaïves pat nan kanaval

Aux Gonaïves, les trois jours gras ont été maigre comme une vache affamée. Les milliers de carnavaliers assoiffés de plaisir ont dû se contenter d'une estrade mal fagotée munie d'un système sonore inapproprié. Un DJ pour les reprises des meringues à succès était l'unique plaisir des ambianceurs massés sur la rue Fabre Nicolas Geffrad en face de la mairie. Une tentative de rencontre pour distribuer un cachet aux responsables des bandes à pieds le samedi 26 février s'était soldée en des disputes, les agents intérimaires ont du laisser la mairie sur fond de protestations. Contacté par Le Nouvelliste, ils ont fait savoir qu'il n'ont rien reçu du Ministère de la Culture et de la Communication pour la réalisation des festivités carnavalesques dans la ville et tous ce qu'ils ont réalisé était avec les moyens du bord.

Drame à Desdunes

Malheureusement, ce n’était pas la grande joie partout. Cinq personnes ont trouvé la mort, et plusieurs autres sont sorties grièvement blessés, mercredi matin, dans la commune de Desdunes, suite aux activités carnavalesques. Un camion sonorisé qui animait l’ambiance, dont le chauffeur était en état d’ébriété, n'a pas pu épargner la foule de fêtards qui, chantant et dansant, rentraient chez eux. Selon des témoins interrogés sur place, « le conducteur, conscient de son ivresse, tentait de passer le volant à quelqu'un d'autre alors que le véhicule était en marche ». C’est ce qui, en toute vraisemblance, aurait causé la tragédie. Les carnavaliers blessés ont été emmenés d'urgence à l'hôpital pour les soins nécessaires.

Auteur


Réagir à cet article