Ce n’est qu’un au revoir, Sœur Claire

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

L’Église catholique d’Haïti, et particulièrement la grande famille charismatique d’Haïti et de la diaspora haïtienne, la communauté des Sœurs de la Charité de Saint Louis pleurent aujourd’hui une grande dame douée d’une grande âme. Le départ de cette Canadienne de sang, mais Haïtienne de cœur, vers la maison du Père, laisse dans le cœur et l’esprit de chacun de nous, un grand vide qui nous ferait sombrer dans une profonde tristesse, si notre espérance n’était pas plus grande que la peine causée par ce départ. Et c’est cette espérance, nourrie par tout ce que nous avons vécu avec elle, qui fait jaillir en nous, au milieu de nos larmes, un cantique de reconnaissance à notre Seigneur qui a fait paraître en notre temps une religieuse de la trempe de Soeur Claire Gagné qui a été pour nous un exemple d'assiduité à la prière, de patience dans la conduite des âmes, un exemple d’espérance, de persévérance, de foi agissante motivée par une noble charité, d’ardeur infatigable au service de Dieu. Nous te rendons de vives actions de grâces, Seigneur, pour ce don précieux à ton Église et à l’humanité, notamment à l’Eglise d’Haïti et au peuple haïtien. C’est cette espérance qui empreint notre deuil d’un accent de joie, de victoire, et qui nous donne envie de crier : Où est-elle, ô mort, ta victoire ?, Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? 1 Co 15,55.

Il me serait agréable de vous dresser aujourd’hui un portrait, en tous points, digne de notre bien aimée Soeur Claire Gagné, notre maman spirituelle. Cependant, force m’est de reconnaître, qu’ayant mené une vie tellement remplie, une journée ne suffirait pas pour un tel exercice et de toute façon, je ne saurais rendre qu’une ébauche imparfaite de tout ce que le Seigneur a réalisé à travers elle, et je vous laisserais, à la fin, avec l’impression d’un tableau inachevé. Souffrez, cependant, que je puisse vous présenter, en une envolée de quelques minutes, les points forts de son ministère au sein du Renouveau Charismatique.

Soeur Claire était très jeune quand elle franchit la porte d’entrée de la Congrégation des Sœurs de la Charité de Saint Louis. Elle n’avait que 16 ans. Cela nous fait penser à l’appel du prophète Jérémie. Le Seigneur, comme pour le prophète Jérémie, en appelant Soeur Claire a dû lui dire : « Avant même de te former au ventre maternel, je t'ai connue ; avant même que tu sois sortie du sein, je t'ai consacrée » Nous ne savons pas si elle a tenté, comme le prophète, de se soustraire à sa mission, en arguant qu’elle n’était qu’une enfant, qu’elle ne savait pas parler, mais, nous rappelant comment, du zèle de la maison de Dieu, elle était embrasée quand elle évangélisait ses frères et sœurs, nous sommes en droit de conclure qu’elle avait accepté de remplir avec joie la mission, à elle, confiée par son Seigneur. Et comme c’était le cas pour Jérémie, Dieu l’avait sûrement confortée en lui disant : « vers tous ceux à qui je t'enverrai, tu iras, et tout ce que je t'ordonnerai, tu le diras. N'aie aucune crainte en leur présence car je suis avec toi pour te délivrer. » Tous ceux qui ont eu le privilège d’entendre Soeur Claire parler de Dieu n’auront aucune difficulté à comprendre que le Seigneur, avant de la laisser partir en mission, avait, sans doute, étendu la main et lui a touché la bouche, en lui déclarant : « Voici que j'ai placé mes paroles en ta bouche. » puis lui avait rappelé qu’« Il veille toujours sur sa parole pour l’accomplir »  Je 1,5-12

Par sa profession religieuse faite en 1951, Soeur Claire, dans un Fiat venant du plus profond de son être, à l’instar de la Vierge Marie, s’est offerte au Seigneur pour être le projecteur de sa lumière sur toutes les âmes vers lesquelles il la dirigerait.

Dans cette totale confiance à son Seigneur et maître, Sr Claire a, sans hésitation, accepté de laisser sa terre natale pour aller en mission sur une terre qui lui était, à ce moment-là, complètement étrangère, notre cher pays, Haïti, où elle arriva le 22 septembre 1957, cette date mémorable dans la vie du peuple haïtien.

Dieu avait permis qu’elle bénéficie d’une période de ressourcement en théologie et en études bibliques au Canada de 1971 à 1973, des viatiques de plus pour la mission qu’il allait lui confier. Et c’est avant de revenir en Haïti, en 1973, que l’Esprit Saint l’a conduit à un séminaire de la Vie dans l’Esprit où elle a reçu l’effusion de l’Esprit Saint et a commencé à chanter en langues sur le champ. Par la voix du prêtre Oblat de Marie Immaculée, Louis Marie Parent, le Seigneur lui a confié la mission de fonder un premier groupe de prière charismatique aux Cayes avec l’autorisation de l’évêque du diocèse. En octobre 1973, Soeur Claire a implanté le Renouveau Charismatique aux Cayes pendant que le Père Armand Ouellet et Soeur Lucette Dieudonné faisaient le même travail au Cap-Haïtien. Un mois plus tard, Soeur Carmelle Daigle a fait la même expérience à Port-au-Prince. En peu de temps, le feu de l’Esprit Saint s’est propagé dans tous les autres diocèses. En décembre 1995, la Conférence Épiscopale d’Haïti (CEH), a érigé en Association publique de fidèles, l’Association des Fidèles Charismatiques d’Haïti (AFCH/Haïti), fondée en août 1995 par Soeur Claire avec pour buts : de donner aux membres de l’Association et à toute personne de bonne volonté le goût de la Parole de Dieu, de la prière personnelle et communautaire , d’assurer l’approfondissement de la vie de foi par la docilité aux dons de l’Esprit Saint et de travailler à la transformation de la société haïtienne par une évangélisation continue.

Du cœur sacré de son divin époux, par l’Esprit Saint qui la remplissait de sa présence, Soeur Claire n’a cessé de puiser de multiples et précieux trésors qu’elle n’a pas gardés pour elle seule, mais partagés avec tous ceux qui cherchaient leur voie au milieu des ténèbres, tous ceux qui avaient faim et soif de vérité, tous ceux que le Seigneur mettait sur sa route. Par son sourire, sa douceur, sa sagesse, cette paix qu’elle communique rien que par sa présence, Sœur Claire a su capter le cœur de plus d’un. Journellement, plusieurs personnes sollicitaient d’elle un rendez-vous pour une prière. Infatigable, elle n’a jamais refusé une prière d’intercession à quiconque lui en faisait la demande, même si elle était épuisée. Quand elle se sentait dans un état d’épuisement physique avancé, elle se contentait d’imposer les mains à la personne et demandait à maman Marie de lui obtenir un repos dans l’Esprit Saint, ou bien elle s’asseyait tout simplement et suppliait la Vierge de venir elle-même imposer les mains à la personne. Et cela marchait ! On lui prenait ses journées entières, et souvent une grande partie de ses nuits ne lui appartenait pas, non plus.

Elle trouvait toujours du temps à consacrer aux malades, aux possédés ou aux découragés, pour leur apporter des paroles de consolation, implorer la miséricorde du Seigneur pour leur guérison ou leur libération.

Sœur Claire était très humble. Elle refusait tout honneur, seule comptait, la mission que lui a confiée son maître, c’est-à-dire, s’évertuer à amener le plus d’âmes possibles à lui. Et pour cela, elle se servait des ressources de son zèle, de la finesse et de la perspicacité de son esprit, du charme attirant de sa piété, de sa foi contagieuse, des dons spirituels dont Dieu l’avait gratifiée pour ce ministère. L’amour de Dieu était descendu en elle à de telles profondeurs, que cela a été comme un besoin pressant, constant de se donner et de se dépenser au service de ses frères et sœurs. Cette servante du Seigneur allait jusqu’à s’oublier elle-même pour autrui.

Son doux visage, son affabilité, sa douceur, son sourire, ses paroles persuasives vainquaient toute résistance à ceux qui l’approchaient. Elle inspirait confiance au point qu’on était toujours heureux avant de la quitter, de recevoir d’elle une petite onction qu’elle donnait toujours avec beaucoup d’amour et de joie comme si elle recevait plus de grâce en la donnant que celui ou celle qui la recevait.

Elle avait aussi accueilli cette parole de Dieu : « Allez de par le monde, prêcher la bonne nouvelle », et la mettait en pratique en travaillant sans relâche, parcourant les coins et recoins les plus reculés de notre pays, voyageant à travers le monde : en Amérique du Nord, dans les Caraïbes, en Afrique de l’Ouest et en Europe, pour amener ses frères et sœurs à la conversion, à se laisser toucher, transformer, libérer et guérir par Celui qui a donné sa vie pour qu’ils aient la vie en abondance. Soeur Claire mangeait très peu, pourtant, quand elle était en mission, remplie de l’Esprit Saint, elle ne montrait jamais de signe de faiblesse ou de fatigue, et la parole de l'Evangile sortait de sa bouche, vive, pénétrante, animée, toute pleine de feu et d’onction. Partout où elle passait et annonçait l’Évangile, Dieu manifestait toujours sa présence dans l’assemblée, en accomplissant des guérisons, des signes miraculeux et des prodiges. Au cours des multiples retraites spirituelles et sessions charismatiques qu’elle donnait, et spécialement lors des congrès charismatiques qu’elle organisait chaque année, rassemblant des dizaines de milliers de personnes, leur faisant goûter la présence réelle, amoureuse, miséricordieuse de Dieu, que de paralysés, de cancéreux, de sidéens, de sourds, de muets, d’aveugles, de couples en difficultés de fécondité, ont été touchés par la puissance de guérison du Seigneur grâce à la ferveur des prières de Soeur Claire. Tout ceci, venant de sa grande compassion pour les autres.

Notre maman spirituelle avait reçu du Seigneur un puissant charisme de libération. Ainsi, par la puissance du Saint Nom de Jésus, de son précieux Sang, et de son Esprit libérateur, qu’elle enseignait à tout le monde et qu’elle nous conseillait souvent d’invoquer, beaucoup de ses frères et sœurs ont été libérés de l’emprise du Malin.

Sœur Claire tenait beaucoup à la formation des membres de l’Association, particulièrement les leaders, pour qu’ils soient en mesure de mieux aider leurs frères et soeurs. Elle organisait fréquemment des sessions de formation : la formation de base qui est donnée par la prédication d’un Séminaire de la Vie dans l’Esprit Saint, et la formation continue qui se fait par des Séminaires de Croissance pour l’approfondissement en la connaissance de la parole de Dieu et de la foi. Cette formation se donne à l’aide de séminaires de sept enseignements qu’elle rédigeait régulièrement, sous forme de brochures. Elle en avait rédigé une quarantaine. C’est cet engouement pour la formation qui l’a portée à fonder en 1998 un institut d’évangélisation et de théologie.

En toute circonstance, Soeur Claire s’accrochait à son Fiat et se soumettait pleinement et simplement à la volonté de Dieu. Quand le Seigneur lui confiait un projet, rien ne pouvait l’arrêter. Quand elle n’avait pas les moyens financiers pour passer à la phase d’exécution, elle faisait appel à Saint Joseph, son « économe », comme elle prenait plaisir à l’appeler, lui demandant de s’occuper de trouver les fonds, tandis qu’elle s’y lançait dans la foi. Rien ne rebutait sa patience, aucune difficulté n’arrêtait son élan quand elle était persuadée que le projet pour lequel elle se battait venait de Dieu.

Soeur Claire vouait un culte tout particulier à la Vierge Marie, la Théotokos, la mère de notre Seigneur Jésus-Christ, qui l’avait toujours protégée, toujours guidée, qui lui épargnait de multiples dangers. Très rares étaient les fois où l’on pouvait voir Soeur Claire sans son chapelet à la main qu’elle égrenait avec ferveur à longueur de journée et sans doute aussi à des heures tardives de la nuit.

Notre sœur est partie retrouver sa tendre mère du ciel au début de la journée du vendredi 7 janvier 2022, après avoir annoncé son départ, la veille au soir, à son infirmière qui l’avait  surprise en train de faire son lit. Elle avait tout simplement dit à celle-ci : « Je fais mon lit, parce que je pars ». Toute heureuse, notre maman s’est endormie dans le Seigneur. Nous pouvons affirmer, avec le livre de l’Apocalypse, qu’elle se repose maintenant de ses fatigues, car ses œuvres l’accompagnent. Laissons-la donc partir en paix, revêtue de la couronne de gloire pour continuer à chanter sans fin les louanges de Celui qui, de toute éternité, lui a préparé une place afin que là où Il est, elle y soit aussi.

Sa voix, même apparemment éteinte par la mort, ne se taira pas, elle continuera à retentir à nos oreilles et dans nos cœurs, pour affirmer et réaffirmer ces paroles qu’elle répétait sans cesse « Rien n’est impossible à Dieu », « il faut espérer contre toute espérance », et surtout cette parole prophétique « Haïti sera lumière des nations ».

Merci, Soeur Claire, de t’être dévouée à la cause du Seigneur, jusqu’à l’épuisement de tes forces physiques, et cela avec joie, amour et abnégation. Prie pour nous afin que nous continuions notre cheminement dans l’espérance. Prie pour Haïti afin qu’elle devienne bien vite « lumière des nations ».

Jean Marriot Duplan

du Comité National de l’AFCH

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