La police nationale nécessite une réforme en profondeur, estime Mario Andrésol 

Interférences politiques, déficit de formation et de leadership... la Police nationale d’Haïti est rongée par une kyrielle de problèmes, fait remarquer Mario Andrésol, ancien directeur général de l’institution. Pour lui, il faut une réforme en profondeur de la PNH pour éviter qu’elle s’effondre totalement.  

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

Alors que le banditisme prend des proportions alarmantes dans tout le pays, la police nationale semble privée de plus en plus de moyens pour réagir et mettre la population en confiance. Pour Mario Andrésol, ancien directeur général de l’institution policière, qui participait à l’émission Haïti, sa k ap kwit sur télé 20, le jeudi 27 janvier 2022, ce qui arrive actuellement à la PNH actuellement était prévisible. « Moi, depuis 1995, je savais que la police n’allait pas faire long feu. Au contraire, elle a beaucoup duré », fait-il savoir.  

Selon Mario Andrésol, dès sa formation la Police nationale d'Haïti ne s’est pas adaptée à la réalité haïtienne. De plus, explique l’ancien commandant en chef de la PNH, nous sommes passés sans transition de l'armée à une force de police qui devait répondre au même schéma, de l’après-occupation du pays en 1934. M. Andrésol présente une police nationale partisane qui donne souvent l’impression de lutter contre une catégorie de personnes. « Il y a trop d'interférences politiques par rapport à la conception des gens au pouvoir », estime-t-il.  

Après 25 ans d’existence, la PNH ne s’est jamais mise à jour. « Nous sommes toujours en train de gérer l’urgence. Jamais nous ne sommes arrivés à la phase d'institutionnalisation de la police, voire de sa professionnalisation », déclare M. Andrésol. Cela est dû, pour l’ancien DG de l'institution policière, au fait que les lois régissant le fonctionnement de la Police nationale d’Haïti ne sont guère respectées.  

« Pour redresser la situation, nous devons adopter une réforme en profondeur et opter pour le respect des lois et du règlement interne de la police », suggère Andrésol, qui répondait aux questions du journaliste Robenson Geffrard.  

« Il faut que les politiques laissent à la Police nationale d'Haïti le soin de faire son travail. Il faut lui donner les moyens adéquats », recommande-t-il. Par ailleurs, il faut plancher sur la formation et le leadership au sein de la force policière. A ce niveau, Mario Andrésol prescrit la formation de cadres intermédiaires conformément aux lois régissant le fonctionnement de l’institution. « Il est essentiel que nous ayons une académie de police, sinon l’institution s’effondra », alerte-t-il. 

A côté du respect des lois, l’ancien directeur général de la PNH pense qu’il faut instaurer la discipline au sein de l’institution. « Nous devons adopter certaines décisions qui mettraient le policier dans une situation où il aura peur de tomber sous les sanctions pour ne pas perdre certains avantages », indique M. Andrésol.  

A un autre niveau, l’ancien commandant en chef de la PNH croit qu’il faut refonder la gouvernance sécuritaire du pays car toutes les structures de sécurité du pays sont archaïques. « La police est dépassée. C’est la gouvernance sécuritaire du pays qu’il faut repenser. La sécurité nationale ne peut pas être du ressort de la police uniquement qui assure la sécurité publique. Pour que la sécurité soit durable, il faut qu’elle soit intégrale », suggère Andrésol.  

L’Etat, ajoute-t-il, doit également prendre des dispositions en vue de répondre aux services de base dans les quartiers défavorables. La police doit se donner les moyens pour identifier ses troupes et en tenir la population informée. « Nous sommes arrivés au moment où il faut tout remanier au sein de la police », propose Mario Andrésol, qui estime qu’il n’est pas normal que la police n’arrive à contrôler que 87% du territoire national. « Nous avons besoin d’environ 30 à 40 000 policiers pour combler ce vide», estime-t-il. 



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