Insécurité, constitution, système électoral et agenda économique, quatre chantiers prioritaires selon Jacky Lumarque

De l’avis du professeur Jacky Lumarque, le pays se retrouve dans une impasse, conséquence d’un problème de gouvernance qui a trop longtemps duré. À cet effet, il propose les quatre grands chantiers qui représentent les priorités de l’heure : insécurité, constitution, système électoral et agenda économique.

Publié le 2022-01-12 | lenouvelliste.com

Ce 12 janvier, date marquant le 12e anniversaire du meurtrier tremblement de terre qui a frappé le pays en 2010, est l’occasion pour ceux qui sont au pouvoir de réfléchir sur la « condition haïtienne », une particularité historique de la condition humaine. Tel est l’avis de Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya qui intervenait à l’émission Panel Magik. Pour le professeur, les évènements comme les séismes entraînent des conséquences graves sur le pays comme sa décapitalisation.

Cependant la gouvernance politique appliquée dans le pays provoque des dégâts tout aussi considérables. L’insécurité qui règne partout ces derniers temps en est le produit, affirme Lumarque. « L’insécurité à laquelle on assiste n’est pas un phénomène de société ordinaire qu’on peut lier à une question de marginalisation sociale, c’est un choix de gouvernance politique », considère le professeur. « C’est une façon pour ceux qui dirigent avec un sentiment de déficit de légitimité politique ou de capacité de persuasion par rapport à la population d’aller chercher le secours de forces extérieures à l’État », avance-t-il.

Pour Jacky Lumarque, il est clair que pour l’heure, le pays se retrouve dans une impasse caractérisée entre autres par deux problèmes majeurs. D’un côté, il faut organiser des élections pour choisir ceux qui doivent diriger le pays. Parfois, les élus ne respectent pas leurs engagements ou « sont venus profiter de leur position pour s'emparer des ressources publiques au détriment de l’intérêt général, ce qui va provoquer des frustrations », déplore le professeur. Le second problème, selon Jacky Lumarque, c’est que le pays ne dispose d’aucune ressource ni dans la Constitution ni dans aucune loi, pas même de la jurisprudence, qui peut l’aider à sortir de l'impasse.

Quand une telle situation se présente, estime le professeur Lumarque, le chemin du dialogue et de l’entente reste l’option privilégiée. Étant donné le nombre d’accords présents sur la table, seul un arrangement informel peut aider le pays à s’en sortir. Cependant il en résulte un grand paradoxe sur la légitimité et la capacité des acteurs qui vont trouver cet arrangement.

Au-delà de tout, l’accord de Montana se révèle le plus approprié pour sortir le pays de cet imbroglio, « malgré, reconnait-il, la candeur des formules, un montage extrêmement complexe, sophistiqué ». « Mais c’est le seul lieu de la scène politique où il y a un rassemblement en face des forces mafieuses qui prennent l’Etat en capture depuis plusieurs années », avoue M. Lumarque.

« Il (l’accord de Montana, Ndlr) donne une lueur d’espoir que l’on peut repenser une autre relation avec l’État quand on est son occupant », affirme le professeur, qui croit qu’à partir du 7 février prochain la légitimité du Premier ministre Ariel Henry va subir un autre choc.

Pour l’heure, préconise M. Lumarque, il faut converger vers la conférence nationale. Il présente quatre chantiers qui se révèlent, à son avis, des priorités pour sortir le pays de l’impasse. D’abord l’insécurité, propose-t-il. Pour résoudre ce problème, il faut l’adresser au niveau de l’État car, selon lui, c’est la conséquence d’un choix de gouvernance. Ensuite, il faut profiter du moment actuel pour changer la Constitution. « Une telle crise se révèle une opportunité pour se doter d’une constitution tout en conservant les acquis démocratiques », souligne le professeur. Et d’ailleurs, pour lui, une constitution doit être le point d’ancrage d’une réflexion pour la conférence nationale. Selon les prescrits de la Constitution, il n’y a pas un problème de contenus vu que, depuis plusieurs années, des travaux sont réalisés en ce sens. Il s’agit plutôt de la légitimité de l’instance qui va s’en occuper, pense le professeur.

Le troisième chantier à considérer, selon Jacky Lumarque, c’est le système électoral qui, croit-il, est aux mains de la mafia. « Il doit y avoir une réflexion sur tout le système électoral, de l’émission des cartes d’identification nationale jusqu’au Centre de tabulation », soutient-il. Il faut un agenda économique minimum pour sortir le pays de la chaine de pauvreté et créer des richesses. Il faut que les acteurs réfléchissent, et ceci, en atelier, sur ces grands chantiers. C’est le moment où jamais », martèle Jacky Lumarque. Toute la machine politique doit être mise en branle dans la perspective d’une conférence nationale qui permettra d’adresser les quatre chantiers susmentionnés, préconise le professeur d’université.



Réagir à cet article