« Haïti est devenu plus pauvre en 2021 »

Selon Etzer Émile, s’appuyant sur les données de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), le PIB d’Haïti en 2021 a avoisiné les 6,5 milliards de dollars américains. Un chiffre inquiétant qui, selon l’économiste, résulte d’une croissance négative persistante sur plusieurs années.

Publié le 2022-01-11 | lenouvelliste.com

Depuis trois ans, le pays connaît une tendance de croissance négative. En 2019, elle était de -1,7% ; -3,3% en 2020 ; en 2021, elle était de -1,8%. « Si nous observons clairement, depuis 2014, nous avons commencé à enregistrer des ralentissements économiques. Pratiquement depuis 7 à 8 ans nous ne sommes pas performants économiquement », constate Etzer Émile, qui faisait le bilan économique de l’année 2021 à la matinale de Magik 9, le mardi 11 janvier 2021.

Un autre élément important selon l’économiste, qui cite le dernier rapport de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), c’est la baisse du produit intérieur brut du pays. En 2021, le PIB du pays a avoisiné les 614 milliards de gourdes, soit environ 6,5 milliards de dollars américains. « Cela doit nous inquiéter, car nous répétons depuis des lustres que notre PIB est de 8 milliards de dollars », croit Etzer Emile, qui impute cette chute notamment au manque de croissance économique et à la dépréciation de la monnaie locale.

C’est dire que, poursuit l’économiste, en 2021, le pays n’est même pas parvenu à produire la même quantité de richesse qu’il a produite l’année d’avant. Haïti a enregistré une perte de près de 20% de son PIB en quelques années, alors que parallèlement, la population croît à un rythme annuel de 1,5%.

Toujours dans le secteur réel, rajoute Emile, le pays a connu un taux d’inflation anormalement élevé en 2021. Pas moins de 24,6% en novembre 2021, indique l’économiste. « Les prix ont augmenté en moyenne de 24,6% de novembre 2020 à novembre 2021 », explique-t-il.

En termes de finances publiques, les difficultés sont énormes. « Lorsqu’on considère les recettes collectées par l’État par rapport aux ressources qu’il utilise pendant l’année, seules 31% de ces ressources proviennent des recettes de l’État », fait savoir Etzer Émile. « L’argent collecté par l’État à la douane et à la DGI ne représente même pas un tiers de ses ressources », souligne l’économiste, qui fustige que l’État ne peut même pas générer un tiers de l’argent dont il a besoin pour fonctionner.

Par ailleurs, les dépenses faites par les gouvernements sont très peu tournées vers les investissements en 2021. « C’est l’une des rares fois où les investissements publics n’ont pas dépassé les 9 milliards de gourdes, soit 90 millions de dollars américains », révèle Etzer Émile. « Ce n’est pas l’argent qui manque. Mais il n’y a pas d’initiatives relatives aux investissements, aux services sociaux de base, ou bien des éléments ayant rapport à la population », dézingue-t-il.

En 2021, les importations ont atteint les 5,2 milliards de dollars. Parallèlement, les recettes douanières ont baissé de 4%. Des chiffres contradictoires qui, selon Émile, prouvent que des « mains » empêchent les caisses de l’État de collecter de l’argent.

Notons que seules les banques commerciales ont connu une croissance positive, soit une augmentation de 21,5% de leur bénéfice annuel. Il faut noter que les transferts provenant de la diaspora ont atteint les 4 milliards de dollars américains.

L’économiste Etzer Émile fait savoir également que le secteur agricole a connu une baisse considérable durant l’année 2021. Pour la première fois, indique-t-il, l’agriculture a atteint seulement 18% du PIB du pays. Cependant, 40 à 50 % de la population en termes d’emplois, ajoute-t-il, dépend toujours de l’agriculture. Ce qui affecte l’approvisionnement en produits, le revenu de certaines personnes dans le pays.

Sans se montrer pessimiste, Etzer Émile croit que les perspectives pour l’année 2022 dépendent d’un éventuel changement de l’environnement des affaires dans le pays. « Tout dépend de la qualité de l’environnement que nous voulons créer en 2022 », affirme l’économiste, énumérant un ensemble de garanties dont le pays a besoin notamment la sécurité, la stabilité politique et la lutte contre la corruption. Si rien n’est fait pour sortir le pays de ce bourbier, un éclatement social est possible à tout moment, avertit l’économiste.  



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