Au Palais de Justice

Y a-t-il une volonté de rendre fonctionnelle la justice ?

Publié le 2022-01-18 | lenouvelliste.com

On répète inlassablement que la justice élève une nation. Il semblerait qu’en Haïti, cette philosophie ne tient plus dans un pays où tout est divisé, où les hommes se tuent, s’entredéchirent, posent des actions malhonnêtes contre leurs semblables. La justice a-t-elle sa place dans une république vieille de 218 ans  d’indépendance ? Les autorités appelées à faire régner l’ordre, la discipline, à faire appliquer la loi, sont-elles impliquées minimalement dans le respect des normes ?

Les justiciables croient toujours en la justice qui a un rôle éminent à jouer, la seule qui puisse mettre de l’ordre à ce chaos. Elle tarde, certes, à intervenir, mais on continue de croire que la justice finira par dire : c’en est trop !

On note avec amertume que le mot du droit est laborieusement prononcé. Pourquoi ?

Il est vrai que la même institution judiciaire prend ses responsabilités comme on l’a vu en 2021 : affaire Petit-Bois, affaire Arnel Bélizaire, affaire Abelson Gros-Nègre. Mais l’instruction de l’assassinat Monferrier Dorval traîne des pieds. Quant à l’affaire de l’ancien président Jovenel Moïse avec ses ramifications internationales et ses zones d’ombre, celle-ci reste toujours opaque.

Les constitutions haïtiennes ont toujours prôné l’indépendance des trois pouvoirs et même l’interrelation entre ces derniers. Dans le souci de faire fonctionner les institutions de manière efficace et équitable, il y a une réalité à ne pas occulter : l’interférence de certains dans l’un ou l’autre pouvoir. Si l’exécutif est le garant de la bonne marche des institutions, cela ne veut pas dire pour autant que ses membres sont exempts de toute poursuite judiciaire, à part les parlementaires qui jouissent de l’immunité dans le cadre de leurs fonctions.

Nous prenons en exemple les constitutions française et américaine qui mettent en évidence l’indépendance des pouvoirs, toutes les autorités politiques et judiciaires peuvent faire l’objet de poursuite judiciaire en cas de violation de la loi. Nous avons pour preuve la situation des présidents Nicolas Sarkozy (France) et Donald Trump (Etats-Unis d’Amérique) qui ont été poursuivis en justice et qui ont été entendus conformément à la procédure y relative.

Voilà que chez nous, ceux-là qui sont placés pour intéresser, encourager les magistrats dans leur mission qui est donner justice aux justiciables, préfèrent salir, avilir notre justice. Au lieu de comparaître par-devant la juridiction compétente quand ils sont concernés, malgré le scandale autour de leur nom, ils méprisent la justice de leur pays.

Si l'on foule la justice au pied, la cause est en partie imputable aux responsables du pays qui refusent que la justice fonctionne proprement et correctement.

Quand la justice marche mal, c’est toute la nation qui en paie les conséquences. « Tout tan ou soti pi wo ou pran pli gwo so ».

 Les manifestations de rue, les agressions morales, verbales qui perturbent souvent l’ordre des choses ne devaient pas influencer le fonctionnement de la justice qui a la mission de rendre justice à qui celle-ci est due.

La justice a également pour mission de rendre forte la nation tant décriée, avilie. N’est-ce pas la peur qui paralyse les acteurs judiciaires quand ils doivent remplir leur fonction de juges ou de commissaires du gouvernement, de substitut du commissaire du gouvernement ou encore de juge de paix ?

Si la justice élève une nation, il revient aux autorités du pays de commencer par mettre tout en œuvre afin qu’elle puisse être appliquée envers et contre tous.



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