*Les origines scientifiques de la spiritualité négro-africaine*

Publié le 2022-01-14 | lenouvelliste.com

Jean Garry Denis

La physique quantique,  encore appelée physique des particules et  des phénomènes infiniment petits par rapport  à ceux infiniment grands comme les étoiles et les galaxies, démontre que les particules de la matière ne sont pas inertes et constituent des éléments animés et vivants.  Cette nouvelle discipline en vogue est à la base d’un ensemble de nouvelles découvertes dans des secteurs de pointe  comme : l’astrophysique, la biologie moléculaire, la génétique, etc. Les recherches effectuées  dans le cadre de cette discipline  prouvent que l’électron a  une pensée,  une âme,  une intentionnalité et influence fortement notre spiritualité.  L’expérience d’Aspect[1] sur le phénomène d'intrication quantique et des hypothèses de non-localité   atteste  que désormais l’invisible fait partie de la réalité rationnelle et remet en question la théorie de la relativité d’Einstein sur la vitesse limite de la lumière.  

Naturellement la civilisation négro-africaine de l’Egypte ancienne (Kemet[2]) avait déjà devancé les conclusions  de la physique quantique, car  elles avaient toujours cru qu’un esprit était présent dans chaque matière et vice versa.  En ce sens, Frankétienne, à l’émission Des livres et vous, du 17 mai 2019[3] sur radio Caraïbes, a évoqué le principe de la matérialité de l’esprit et de la spiritualité de la matière. Cette cosmogonie animiste a été toujours vue de travers par l’ignorance et l’arrogance des Occidentaux qui n’ont jamais raté l’occasion pour nous   qualifier avec des  propos les plus horribles : barbares, sauvages,  non civilisés,  rétrogrades, etc. Qu’ils vous déciment et vous réduisent en esclavage, seules  leurs connaissances étaient scientifiques, seules leurs civilisations étaient authentiques. Les connaissances des autres n’étaient  que de simples  mythes, comme si les mythes n’étaient pas conformes à certaines vérités scientifiques comme le prouvent aujourd’hui les  phénomènes de non-localité et d’intrication quantique.

Cheik Anta Diopp, intellectuel et homme politique sénégalais, l’un des précurseurs de l’afrocentricité, disait toujours que tout est à Kemet. Les travaux de Diopp ont toujours démontré l’importance et la contribution indéniable de la civilisation négro-africaine  à la science,  à la culture et à la civilisation mondiale. Pour Diopp, l’Afrique est le  berceau  de l’humanité et a toujours été  à l’avant-garde du développement d’un ensemble de disciplines scientifiques comme la chimie, l’architecture, les mathématiques, etc. C’est une civilisation qui a toujours été fascinée par la science et  la nécessité d’apporter des réponses scientifiques aux phénomènes de la  nature. Cette fascination a toujours façonné et structuré  la spiritualité  africaine, c’est ce qui explique le lien entre les divinités, les mythes avec les  procédés scientifiques. Dans son ouvrage, De la cosmologie quantique à la symbolique de Dieu, Mbog Bassong, intellectuel camerounais et professeur d’université, affirmait[4] : « Des recherches probantes nous fondent à penser que les Africains ont toujours entrevu la question de Dieu sous l’angle d’une réflexion scientifique, en rapport avec l’état du savoir aux diverses époques de l’histoire. Dans l’ensemble: pas de messie, pas de prophète, pas de révélation, pas de dogme…». Aujourd’hui, le vaudou qui  constitue l’héritage le plus vivant de la spiritualité africaine, se base sur les  principes scientifiques. En effet, l’homme à l’intérieur de l’univers dans le vodou est considéré comme  un être   cyclique et cosmique. En ce sens, l’égrégore Vaudou est articulé  autour de ces quatre grands éléments universels de l’énergie cosmique : l’eau, la terre, le feu et l’air.

Les esprits de l’Eau dans le vodou haïtien sont constitués par Danbalah , Aida Wedo et des esprits  de l’Escorte Simbi qui sont les gardiens des sources d’eau. Dans le Fon dahoméen, le Dieu suprême de l’eau est Dan, symbolisé par un  serpent. L’eau incarne la vie, elle est à la nature ce que le sang est aux humains. « Nous mourrons tous », disait  Délira[5] pour exprimer sa crainte de la  sécheresse dans  sa communauté de Fond-Rouge. Les propriétés de l’eau sont immenses et ont une importance capitale dans le vodou. L’eau qui a lavé le sang de Manuel, sacrifié à sa recherche, est toujours versé au sol comme offrande dans le vodou non seulement  pour saluer la terre,  l’alma mater, notre mère nourricière, mais pour rétablir  l’équilibre cosmique avec la chaleur produite par le Feu.

L’élément feu dans la cosmogonie vodou est aux antipodes de l’eau. Dans le vodou haïtien, il est représenté par les esprits Ogou, vénérés dans le Lakou Badjo chaque six janvier. Ils symbolisent le feu de transformation des métaux, la guerre au combat, le 3e œil qui fournit de la lumière. Herviosso est le dieu suprême du feu dans le vodou Fon dahoméen. Il porte une hache de tonnerre», une  sorte de pierre météorique qui symbolise la puissance et qui châtie par la foudre les malfaiteurs, les sorciers, les esclavagistes, etc…

L’air constitue un élément indispensable à la vie des êtres vivants, il joue le rôle d’intermédiaire entre le feu et l’eau. Il reçoit du feu la propriété de la chaleur et de l’eau, la fraicheur pour maintenir l’équilibre de vie. Les esprits de l’air dans le vodou haïtien sont représentés par Loko et son escorte, Agawou, Briz, etc. Dans  le Fon, le dieu de l’air est Ayidoh Wedo et est constitué de deux serpents entrelacés, l’un représente le pôle positif et l’autre le pôle négatif. Ces esprits sont très présents dans les sociétés secrètes  et ont une grande dimension ésotérique. A travers des phénomènes de non-localité d’intrication quantique, l’Occident commence à investiguer  sérieusement  la probabilité de la  téléportation de la matière, très prisée  dans les mythes des sociétés secrètes du vodou haïtien.

La croissance, le vieillissement et la destruction de l’enveloppe corporelle de tout ce qui existe dans l’univers sont gouvernés par la Terre. Dans le Vodou Fon, Sakpata est le dieu de la terre, il commande l’action des autres éléments cosmiques. La terre est ce grand champ cyclique d’où viennent et se retournent  toutes les choses de l’univers. La terre reçoit  les morts  pour perpétuer la vie sous d’autres formes. Dans ce cadre, Lavoisier disait : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C’est en vertu de ce principe que le vodouisant  considère les humains comme des Vèditè, c’est-à-dire des humains  qui vont se transformer en vers de terre pour nourrir la terre et  perpétuer la vie sous d’autres formes.  C’est  cette raison scientifique qui explique que  les vodouisants  ne prient  pas pour le repos de l’âme, souhaitent plutôt bon départ aux morts pour la nouvelle phase de vie née de la désagrégation et de la reconstitution de nouveaux  atomes dans la construction de cette nouvelle vie.

L’étude des religions comparées démontre qu’il existe un grand déficit de spiritualité dans les religions abrahamiques (islam, christianisme et juives), révélées, par rapport aux autres religions animistes, comme des religions négro-africaines, religions asiatiques comme le confucianisme, et bouddhisme,  et  les religions des aborigènes amérindiens. Ces dernières  ont basé leur spiritualité sur les connaissances scientifiques et leurs relations  avec la nature.  Il faut dire que la genèse des religions abrahamiques se trouve toujours au carrefour  des grands  faits politiques et économiques et  se  caractérise  par leur exclusivisme et leur  intolérance contre les autres civilisations.

La chrétienneté  trouve son ferment dans le premier concile œcuménique de Nicée en l’an 325, par l’empereur Constantin 1er pour rétablir l’unité politique de l’empire. Cyprien, évêque de Carthage (env. 200-258),  a été  le fer de lance de l’exclusivisme chrétien. En réponse aux apostats de l’Eglise, il disait toujours : “En dehors de l’Eglise, point de salut“, c’est-à-dire  même ceux qui n’ont pas été en contact avec l’évangile seront ravagés par le feu de la géhenne éternelle. Dans l'islam, l’apostasie est traitée avec la plus grande rigueur. Le verset 217 de la 2e sourate du Coran  promet un châtiment divin à ceux qui quittent l’islam. Certains Hadiths (paroles attribuées à Mahomet) ne se contentent pas d’une condamnation post-mortem, ils vouent à une mort immédiate ceux qui quittent l’islam 

En plus, il faut dire que l’islam et le christianisme  ont supporté activement l’esclavage et fourni leur caution morale pour les traites négrières arabes et chrétiennes. En effet, Nicholas V, en date du 8 janvier 1454, a autorisé les puissances européennes à conquérir les territoires africains  pour les réduire en esclavage. A travers cette décision, l’Eglise catholique a légitimé  la traite en s’impliquant directement dans le partage des prédations négrières et en étant aussi  bénéficiaire économique et confessionnel de cette barbarie. Il faut ajouter que dans la traite negrière arabe, on pratiquait la castration sur les esclaves males afin de les éviter  de se reproduire en terre d’islam.

*Conclusion :*

« La plénitude culturelle ne peut que rendre un peuple plus apte à contribuer au progrès général de l'humanité et à se rapprocher des autres peuples en connaissance de cause », disait Check Anta Diopp. Cette réflexion est inscrite dans le fameux concept de plénitude culturelle pour réhabiliter notre culture, notre histoire, notre spiritualité et notre apport à la civilisation. Dans ce cadre, l’accomplissement de l’acte fondateur de 1804 demeure sans conteste dans l’histoire de l’humanité l’un des plus grands apports à une civilisation de libertés et d’émancipation de la race humaine. Malheureusement, cet apport a été  combattue systématiquement  et notre  foi dans une humanité plus équitable a été vilipendée, ignorée et bafouée par un Occident raciste. Dans ce cadre, la réhabilitation de notre spiritualité nous permettra de nous murir, d’avoir confiance en nous-mêmes, car on ne peut prétendre atteindre le développement dans la  langue, la culture et la religion et la spiritualité des autres.

*Jean Garry Denis*

Directeur exécutif,

Institut Haïtien d’Observatoire de Politiques Publiques (INHOPP)

[1]Expériences menées entre 1981 et  1982 par le physicien français Alain Aspect sur les effets de la mécanique quantique

[2] Kemet  signifie terre noire, cette artère vitale de la civilisation de l'Égypte antique.

[3] https://www.youtube.com/results?search_query=franketienne+%2C+des+livre+et+vous

[4]https://www.chapitre.com/BOOK/bassong-mbog/la-religion-africaine-de-la-cosmologie-quantique-a-la-symbolique-de-dieu,62649442.aspx

[5] Delira , personnage fictif,  mère de Manuel, héros principal du roman : Gouverneurs de la Rosée, écrit par Jacques Roumain et paru en 1944 après la mort de l’auteur

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