Haïti est ex aequo avec La RD

En nombre de chefs d’État tués, les deux républiques de l’île de Quisqueya se rencontrent

Publié le 2022-01-11 | lenouvelliste.com

La religion. La langue. L’ethnicité. Trois des thèmes les plus débattus de la thématique d’identité nationale de chacun des deux peuples se partageant l’île Quisqueya. D’une rive à l’autre, les pleurnicheries ne manquent pas : à l’Est, il y a les jérémiades anti-migratoires et à l’Ouest, les lamentations sur l’unilatéralité commerciale. Pourtant, la République dominicaine et Haïti sont à égalité dans bien des cas. Les deux pays repartissent aussi bien des récits historiques que d’accrocs politiques. Ils ont connu des coups d’État sanglants, des invasions états-uniennes, des périls environnementaux, parmi eux des cyclones ravageurs ; également des tremblements de terre et des assassinats de chefs d’État.

Les meurtres des présidents, soit en fonction soit immédiatement après avoir été renversé, archivés dans les deux parties sont analogues en nature et en nombre. De nature, ces crimes ont tous été motivés par les luttes d’intérêts et de pouvoir entre factions politiques rivales, les unes plus félonnes que les autres, mais elles détiennent un modus operandi similaire : le complotisme. En nombre, dans chaque pays, il y a trois présidents froidement tués et un fusillé sans un jugement impartial. Ce qui donne un nombre de quatre chefs d’État ayant péri exécutés dans les deux républiques.

En République dominicaine

Du 27 février 1844, jour de l’Indépendance, au temps actuel, le terroir oriental de l’île a dû vivre l’odyssée de quatre présidents assassinés dans des circonstances les plus obscures : José Antonio Salcedo (pepillo), Ulises Hilarión Heureaux (lilis), Ramón Cárceres Vásquez et Rafael Leónidas Trujillo.

1.     José Antonio Salcedo (Pepillo)

Intronisé le 14 septembre 1863, le président Salcedo fut le premier chef d’État de la période de « La Restauración » qui traduit la récupération de l’indépendance dominicaine acquise d’Haïti, le 27 février 1844, pourtant hypothéquée, en mars 1861, quand le 1er président de la jeune république, Pedro Santana, l’a annexée à l’Espagne.

Le président Salcedo a fait des jaloux au sein de l’Armée séparatiste ; il est renversé par le général Gaspar Polanco, le 9 octobre 1864. Salcedo tenta en vain de s’exiler en Haïti, car les anciens contentieux de la campagne de l’Est, sous le président Jean-Louis Pierrot, en particulier la bataille de Beller, le 27 octobre 1845, a contraint le général Philantrope, commandant de Fort-Liberté, d’adresser une fin de non-recevoir au général Luperon, son demandeur d’asile (Abréu, 2013). Remis aux autorités gouvernementales de Cibao, le président Salcedo est conduit à Maimon et est exécuté le 5 novembre 1864, sans jugement.

2.     Ulises Hilarión Heureaux Lebert (Lilís)

D’origine haïtienne, Heureaux fut un militaire très connu en Haïti. Il est devenu président de la République dominicaine, pour la première fois, du 1er septembre 1882 au 29 janvier 1883. Ensuite, il est retourné au pouvoir du 6 janvier au 27 février 1887 et du 30 avril 1889 à son assassinat en 1899.  

Lilís a été un dictateur qui a conduit la République dominicaine à la faillite, d’où le prétexte de l’occupation américaine de 1916. Ulyses Heureaux est tué, le 26 juillet 1899, par Ramón Cáceres Vásquez. Il y a eu des membres influents du paysage politique dominicain dans le complot de son exécution. Parmi eux, Jacobito de Lara, le fils du propre compère de Lilís, don Jacobo de Lara, Horacio Vásquez, Evaristo Nivar et Don José Brache, secrétaire du gouvernorat de Moca.

3.     Ramón (Mon) Cáceres. -

Ramón Arturo Cáceres Vásquez « Món Cáceres » a brûlé des étapes avant de devenir président, le 12 janvier 1906. Il a entre autres eu le portefeuille du prestigieux ministère de la Guerre et de la Marine. Il est assassiné par le général Luis Tejera et un groupe de partisans de l’ex-président Horacio Vásquez, le 19 novembre 1911.

4.     Rafael Leónidas Trujillo Molina

 Rafael Leónidas Trujillo Molina demeure l’un des pires dictateurs que la République dominicaine ait connus. Il a massacré plus 27 000 ressortissants haïtiens en octobre 1937, alors qu'il est lui-même d’ascendance haïtienne. Il s’est converti en généralissime et est devenu maitre de Santo Domingo. Il a changé le nom de la capitale en Ciudad de Trujillo et a dirigé avec une main de fer durant 31 ans.

Un groupe de patriotes dominicains a mis fin à ses jours, le 30 de mai 1961, en lui donnant 7 balles. Ce groupe a été formé de Modesto Díaz, Salvador Estrella Sadhalá, Antonio de la Maza, Amado García Guerrero, Manuel Cáceres Michel (Tunti), Juan Tomás Díaz, Roberto Pastoriza, Luis Amia Tió, Antonio Imbert Barrera, Pedro Livio Cedeño et Huáscar Tejeda.

  En Haïti

La première république noire du 1er janvier 1804 a aussi connu quatre présidents tués : Jean-Jacques Dessalines, Vilbrun Guillaume Sam, Sylvain Salnave et Jovenel Moïse.

1.     Jean-Jacques Dessalines. -

 Dessalines, le libérateur national, a été pris dans le piège de vouloir repartir, à tous/toutes, les terres volées par ses compagnons d’armes. Il s’est fait d’innombrables ennemis dans la classe des mulâtres. Les généraux mulâtres Alexandre Pétion, Étienne Gérin et autres se joignant à des Noirs ambitieux comme Henri Christophe ont dressé une embuscade qui lui a coûté la vie, le 17 octobre 1806.

2.     Sylvain Salnave. -

       Né au Cap-Haïtien le 7 février 1826, il est originaire du Haut-du-Cap, non loin de l’Habitation Breda qui a vu venir Toussaint Louverture au monde. Animé par le sentiment révolutionnaire, Salnave a été très populaire lorsqu’il est élu président le 14 juin 1867. Le secteur des affaires qui a vu accroitre le nombre de magasins d’État, mécontent des arrêtés défendant le droit des consommateurs, a conspiré avec les généraux Nissage Saget et Michel Domingue pour le tuer. Ils l’ont fusillé le 15 janvier 1870 et jeté le cadavre à La Saline sans sépulture.

3.     Vilbrun Guillaume Sam

Les Sam sont originaires des Antilles anglophones et se sont établis à la Grande-Rivière-du-Nord.

Vilbrun, lui, est né accidentellement à Ouanaminthe, le 4 mars 1859, quand sa mère, enceinte, est allée visiter son père, militaire, affecté dans cette ville frontalière. Il est le cousin du président Tirésias Simon Sam et a été éclaboussé dans le scandale du procès de la Consolidation sous Nord Alexis.

Vilbrun est arrivé au pouvoir durant le tohubohu qui a offert au pays quatre présidents en deux ans. Cette période est marquée par des rivalités risibles ; les marches sur le Palais était une honteuse pratique. Le président Sam a été lapidé, haché, le 28 juillet 1915, par une foule ayant pour instigateur clé Charles Zamor qui a voulu venger son frère tué en prison par Charles Oscar Etienne, le commandant de Port-Au-Prince sous la présidence de ce dernier. L’exécution de Vilbrun a malheureusement légué au pays l’occupation américaine de 19 ans, soit de 1915 à 1934.

4.     Jovenel Moïse

Jovenel a été le candidat d’une frange du secteur des affaires malhonnête et antinational. Et pour cause, il a voulu changer des contrats acquis il y a des ans avant son arrivée au pouvoir et pour les offrir à ses partisans qui sont aussi des mafieux. Ce n’était pas l’idée de vouloir faire bénéficier l’État des contrats moins budgétivores ; c’était un changement de pilleurs.  Vraisemblablement, Jovenel a été livré par son parrain politique après avoir accordé décharge à des politiques pourris, parmi eux Laurent Lamothe ; il a été assassiné le 7 juillet 2021.

On sait que les deux États insulaires se partagent le climat, la nature, quelques cours d’eau et une partie de leur histoire. Mais on n’imagine point qu’elles pourraient se mesurer en nombre et en manière sur les assassinats de présidents. Haïti et la République dominicaine se sont souvent trop embourbées dans le jargon de conflits binationaux ; elles sous-estiment certains faits historiques qui concernent les deux nations : quatre chefs d’État sont exécutés dans chaque république.

Jean-Rony Monestime André

Spécialiste en relations haïtiano-dominicaines

BA en études interdisciplinaires ; certifié en recherches cliniques

MHA-Master en Healthcare ; doctorant en sciences de la santé

Professeur à Seton Hall University, New Jersey, USA

Email : Jean-rony.andre@shu.edu

Références:

Abréu, D. (2013). Sin Haitianidad no hay Dominicanidad

Le Nouvelliste. (2021). L'exécution de Vilbrun Guillaume Sam, l'hypothèse d'une attaque planifiée et ciblée :

révélations des archives du Quai d'Orsay.

Vanguardia de Pueblo. (2020). Fusilan al Expresidente Salcedo. Tiré de:

https://vanguardiadelpueblo.do/1864/11/fusilan-al-ex-presidente-pepillo-salcedo/

Auteur


Réagir à cet article