Quand Clément Jumelle a fait part de son intention de composer avec le prof Daniel Fignolé 

Publié le 2022-01-11 | lenouvelliste.com

Le professeur Daniel Fignolé, connu pour ses idées radicales, s’est brouillé avec tous ses contemporains qui ont occupé la scène politique de 1946 à 1957. Même le Dr George Rigaud qui paraissait partager la même conception politique que Daniel n’était pas épargné des attaques du professeur. Clément Jumelle, son rival à l'élection présidentielle de 1956, n'a pas été épargné. En dépit de nombreuses offensives, le ministre de l’Économie et des Finances au sein du gouvernement Paul Magloire a toujours manifesté sa volonté de se rallier au professeur Daniel afin  d’offrir au pays une issue favorable vers le progrès. 

La plupart des observateurs pensaient que Daniel paraissait moins critique envers Jumelle, même si ce dernier était talonné par le natif de Pestel. Ils rapportent qu’en dépit de l’opposition qu’il fit  au gouvernement de Paul Eugène Magloire (1950-1956) dont faisait partie Jumelle, Daniel, arrêté le 9 janvier 1954 par le pouvoir en place sous accusation de complot contre la sûreté de l’État, a toujours eu une certaine estime pour son ancien collaborateur à MOP (Mouvement Ouvriers Paysans). Ils rapportent aussi, lors des convocations du ministre Jumelle à la Chambre basse où siégea Daniel, les deux se sont compris. Ils se sont salués convenablement, à telle enseigne que Daniel n’a pas aussi malmené Jumelle comme il le fit pour les autres. 

N’étant pas de même parcours politique, Jumelle et Fignolé se sont retrouvés face à face lors des élections de 1956. Le premier se revendiqua de la lignée estimiste, une position combattue par le second. Emballé dans un noirisme radical et un justicialisme, Daniel a décidé de faire cavalier seul sur la scène politique. Tout en l’ignorant, Jumelle a exprimé la volonté de se composer avec le professeur Daniel. 

Ce fut lors d’un meeting à Bel-Air, fief du professeur, qu’il exprima son intention de se mettre avec Daniel pour diriger le pays. Loin de toute entente, Daniel en revenant de la campagne à Jérémie a préféré s’exprimer de la manière suivante: « Yo tann lè mwen pa la pou yo mete men nan pat kasav mwen ». Cette phrase indique à quel point Daniel ne voulait pas se fier aux paroles de Clément. Pour au moins une fois, le professeur Fignolé a fait parler sa maturité politique. 

Plus loin, Daniel, très sûr de sa popularité a aussi piqué cette phrase à son rival qui reste célèbre : « À Port-au-Prince même, si Jumelle, Duvalier, Déjoie conjuguaient leurs forces contre Daniel Fignolé, les trois candidats réunis seraient impuissants pour contrecarrer la puissante popularité de l’homme dont la présence dans le milieu est un soleil qui efface les petites étoiles ». Sur ce point, le professeur a reconnu qu’il a plus à perdre qu’à gagner. Nous savons à juste titre que de ces quatre (4) candidats en lice Jumelle était le moins populaire. C’était le seul qui ne savait pas sur qui compter  pour se hisser au pouvoir après avoir été lâché en cours de route par le président Paul Eugène Magloire. 

En plus, Daniel n’allait pas se fier à un homme qui voulait le talonner dans son fief. Bel-Air n’était pas négociable pour le professeur. Il a voulu jouer la carte de la prudence pour ne pas être le dindon de la farce. Il se rappelle que Jumelle l’avait trahi pour avoir laissé son parti MOP pour rejoindre le camp Estimé. 

Il paraît que le message de Jumelle devant la foule de Bel Air lors de son  meeting était une parole en l’air, en sachant qu’il n’a rien entrepris comme démarche. S’il avait réellement cette intention il saurait faire pour aborder le professeur. Ç’aurait été facile pour lui puisqu’il entretenait des relations avec des Pestelois, des compatriotes de Daniel. 

Un fait est certain : Jumelle n’a jamais dialogué avec Daniel sur une possible entente entre les deux pour une issue favorable du pays jusqu’au jour où ce dernier accède finalement au pouvoir à la faveur d’une mutinerie au sein de l’armée ce 25 mai 1957. À cause de cela, les deux en ont très payé cher. François Duvalier en a profité pour prendre tout seul le contrôle de la scène politique. Il avait compté sur le général   Antonio Trasybule Kébrau pour renverser Daniel au pouvoir. Arrivé au pouvoir, il fit tout pour éliminer Jumelle, son rival. 

James St Germain 

Sociologue et professeur de philosophie 

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