La santé en Haïti : d'une crise à une autre

Le système de santé haïtien a toujours été l'objet de toutes les caricatures à chaque fois qu'il est question de dessiner les défaillances de ce pays. Depuis l'apparition de la pandémie de Covid-19, à la chronicité de nos problèmes s'ajoutent des épisodes aigus de crise sanitaire, les uns plus virulents que les autres.

Publié le 2021-12-28 | lenouvelliste.com

Depuis tantôt deux ans, la Covid-19 traverse d'un pas de géant toutes les époques de la vie nationale. De la crainte d'une nouvelle vague meurtrière, toujours imminente, à la surprise générale de nouveaux variants moins virulents ici qu'ailleurs, Haïti a su jusqu'ici juguler la Covid-19. 

En début d'année, ne sachant plus quoi faire face à l'insouciance de la population et l'augmentation exponentielle des cas de Covid, le ministère de la Santé publique et de la Population avait souhaité le rétablissement de l'état d'urgence sanitaire.

 « Cessation des activités artistiques et culturelles; couvre-feu de 10 heures du soir jusqu'à 6 heures du matin; fermeture des bars, restaurants et night clubs et un système de vacation et/ou de rotation pour le fonctionnement des écoles et des universités », avait écrit la ministre de la Santé publique et de la population.

Cependant les activités carnavalesques avaient eu raison de la Covid-19 avant que le pays n'enregistre, deux mois plus tard, le taux de létalité le plus élevé depuis le début de la pandémie.

L'hôpital général attend toujours sa reconstruction

L'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti, le plus grand centre hospitalo-universitaire du pays, attend sa reconstruction depuis tantôt 12 ans. À chaque début d'année, ce qui reste de l'ancien bâtiment juxtaposé au nouveau qui avance à pas de tortue est le témoin fidèle d'une reconstruction qui n'a toujours pas tenu ses promesses.
Comme à chaque étape de la reconstruction, impossible de remonter à la source de l'obstruction. Les responsables se contentent d'échanger la balle d'un camp à un autre.

Covid-19: des malades et des décès

Haïti s'est fait une grosse frayeur entre mai et juin 2021. Des patients infectés par la Covid-19 ont littéralement envahi les hôpitaux qui, ayant une capacité d'accueil limitée, ont annoncé les uns après les autres leur débordement en moins d'une semaine. Puis, arrivent les décès de la Covid-19, des plus sceptiques aux plus précautionneux, des anonymes aux célébrités.

Du 20 mai au 9 juin 2021, les chiffres officiels du ministère de la Santé publique faisaient état de 72 décès. 

« Depuis le début du mois de mai 2021 à la 18e semaine épidémiologique (SE), les données épidémiologiques montrent une augmentation majeure de l’incidence des cas, soit plus de 700%, une forte augmentation du taux de positivité de la 18e SE (11%) à la 21e SE (25%). Aussi, le nombre de décès moyen par semaine (n=1) depuis le début de l'année et jusqu'à la 17e SE a augmenté de 1100%, soit en moyenne 12 décès par SE de la 18 à la 21e SE, situation observée pour la première fois depuis le début de l’épidémie. Parallèlement, le nombre de patients nécessitant une prise en charge (n=426) de la 18e SE à la 21SE a doublé, comparé à la période allant de la 1re SE à la 17SE de l'année en cours (n=216). Cette situation correspondrait sans doute aux nouveaux variants, britannique et brésilien, identifiés dans le pays, qui sont connus pour leur virulence et leur létalité », avait constaté la cellule scientifique avant de formuler ses nouvelles recommandations.

«Covid-19 : la mort enveloppe la ville…», s'époumonnait le journaliste Roberson Alphonse, constatant que « tous les jours, sur WhatsApp, Facebook, dans les colonnes des journaux, des noms, dans les conversations, des visages défilent. La faucheuse, comme toujours, frappe là où ça fait mal. Via un agent microscopique couronné, la Covid-19, elle s’en prend à nos bien-aimés, à nos vieux, à nos trésors de vie, de sagesse et de science.»

En un mois, la Covid-19 avait mis à nu toutes les faiblesses du système de santé haïtien. Les centres hospitaliers les plus réputés n'avaient pas pu résister à cette vague meurtrière qui aura duré moins de deux mois. Tant mieux alors !

L'arrivée des vaccins

« Le 14 juillet, les États-Unis ont procédé à la livraison de 500 000 doses du vaccin Moderna contre la Covid-19 à Haïti avec le soutien de garde-côtes américains. Le gouvernement des États-Unis a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement d'Haïti pour organiser le transfert sécurisé des vaccins Moderna au peuple haïtien – la première grande livraison internationale de doses de Covid à Haïti, avec la perspective de partager plus de doses bientôt », avait révélé un communiqué de l’ambassade des États-Unis en Haïti, jeudi 15 juillet.

Occultée par la nouvelle de l'assassinat de l'ex-président de la République, Jovenel Moïse, la campagne vaccinale n'arrivera jamais à prendre son envol en cinq mois.

Selon le « Our World In Data » jusqu'au 25 septembre 2021, la République dominicaine avait déjà vacciné 55, 05 % de sa population. Haïti était le bon dernier avec 0.37 % de personnes vaccinées trois mois après le début du processus vaccinal contre la Covid-19. Elle était précédée par le Nicaragua qui est à 7, 49% avec une campagne vaccinale qui monte en puissance, précisent les spécialistes.

Cette semaine, le directeur général du MSPP, le Dr Lauré Adrien, a déclaré « qu'en termes de pourcentage, nous sommes à un peu plus de 1% de la population haïtienne à être vaccinée contre le coronavirus. Ce calcul est basé sur la population en général. En valeur absolue, 123 000 personnes ont reçu leur première dose, contre 70 000 à 75 000 personnes vaccinées complètement.»

Malgré le don de 165  000 doses du vaccin Johnson & Johnson (J&J) en ce mois de décembre, la mobilisation pour une couverture vaccinale se fait attendre.

Le séisme du 14 août 2021

Le séisme du 14 août 2021, dans la péninsule du Sud, a pratiquement détruit les infrastructures sanitaires dans les trois départements touchés par le séisme, dont le département des Nippes, l'un des plus négligés du pays.

Plongé au plus fond dans une crise politique, le pays s'est réveillé ce 14 août avec trois départements qui, déconnectés depuis des mois avec la capitale du pays, ont besoin de tout.

Dans cette effervescence, la bonne nouvelle était celle d'une réponse médicale initiée par les professionnels de santé haïtien aidés par la grande solidarité de la société civile.

Plus de 65 interventions chirurgicales réalisées, plusieurs centaines de patients soignés et des facultés des sciences de la santé en première ligne.

Dr Alex Larsen: un nouveau ministre de la Santé publique et de la Population

Le 25 novembre 2021, le Dr Alex Larsen remplace le Dr Marie Greta Roy Clément qui a passé 56 mois à la tête du MSPP. Lors de sa dernière prise de parole, la ministre sortante a reconnu que la santé n'a jamais été la priorité du pays, en témoigne, souligne t-elle, la part de 3.8% du budget national accordée à la santé pour l'exercice fiscal 2020-2021.

Malgré un bilan assez étoffé de la ministre sortante, elle laisse le ministère sans jamais s'attaquer à quelques grands symboles de défaillance du système de santé dont le fonctionnement des hôpitaux universitaires et la sempiternelle question de la formation médicale et paramédicale en Haïti.

Du scandale des examens d'État des infirmières à la question de diplôme des médecins généralistes en passant par le service social annulé, oublié avant d'être reporté, le ministère n'a jamais su mettre tout le monde sur une même table en vue de débattre du fond de la question, sans oublier les retards dans le paiement des résidents et internes qui font des grèves successives dans les hôpitaux ainsi que le pullulement anarchique des facultés de médecine en Haïti.

Avec son expérience et sa grande connaissance du système de santé haïtien, le Dr Alex Larsen va devoir se mettre au travail le plus rapidement possible afin de finaliser les chantiers en cours et couper court aux mauvaises pratiques.



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