Robert Malval : Pirouette

Publié le 2021-12-16 | lenouvelliste.com

Al Gore, quand il était vice-président des États-Unis, avait été critiqué pour avoir sollicité des fonds de campagne d’une secte boudhiste.  À cette occasion, il avait fait cette déclaration mémorable « Je n’ai rien fait de mal, mais je promets de ne pas le refaire ».  Cette forme de dérobade est à mettre en parallèle avec l’aveu ambigu du chargé d’affaires américain Kenneth Merten à radio Ginen. « Nous ne voulons pas intervenir dans les affaires des Haïtiens. Nous avons été accusés d’immixtion.  Nous ne le ferons plus.  Nous ne l’avons pas fait par le passé.  C’est ce que je souhaite souligner », a proclamé le diplomate en souriant, selon la transcription de l’entrevue publiée en ligne. Est-ce une forme de repentir ou une pirouette verbale ?

En jetant un regard rétrospectif sur les événements qui se sont déroulés en Haïti durant ces dix dernières années, l’ancien ambassadeur en poste à Port-au-Prince de 2009 à 2012 et qui fut, selon des documents rendus publics, l’exécutant d’une politique néfaste décidée par ses supérieurs, a-t-il enfin compris que les aspirations de la majorité du peuple haïtien ont été ruinées ? A-t-il découvert les vertus du doute ?

Vu le poids de Washington dans les affaires du pays, de la réponse à ce questionnement dépendra l’orientation de la diplomatie américaine.  Allons-nous vers des solutions réelles ou vers un simple replâtrage qui ne fera que perpétuer la situation calamiteuse qui est la nôtre ?  Le représentant américain ne peut ignorer que le pays est depuis dix ans dans une situation de sclérose démocratique et que les mécontentements sont partout à vif.

Plus qu’un changement de dirigeants, le pays attend un changement de direction, dont l’un des ressorts est un besoin de moralisation de la vie politique dans toute l’acception du terme symbolisé, pas seulement par la fin de la corruption, de l’impunité, du désordre administratif, de l’inégalité sociale, mais aussi par le refus du rabaissement national auquel contribuent la grossièreté et/ou la débilité de propos et de manières de certains hauts responsables politiques et qui sont peu compatibles avec le désir de redressement.  Une large tranche de la société se réclame d’un idéal novateur. Les États-Unis qui, depuis le 10 décembre dernier, se proclament les sentinelles de la démocratie, ne peuvent plus continuer de se draper dans une volonté, frisant souvent le cynisme, de favoriser les forces de fracture tout en continuant à s’arcbouter à l’argument que la société haïtienne est trop divisée.

Il est vrai qu’en apparence le peuple haïtien, traumatisé par la violence et le kidnapping, semble plongé dans une torpeur résignée, mais il reste animé d’un besoin de justice sociale.  Il cherche des assurances pour l’avenir.  Faute de les trouver, il sera soit violent dans ses exigences, soit impuissant à les satisfaire.  Alors, son rêve inéxaucé deviendra le cauchemar de l’Amérique: l’afflux d’illégaux sur ses côtes et ses frontières terrestres, qu’on ne pourra plus refouler si Haïti devrait se désagréger en tant qu’entité nationale. 

Robert Malval
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