Les prix des produits de première nécessité flambent

Publié le 2021-12-06 | lenouvelliste.com

L’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) a publié le mercredi 1er décembre 2021 son bulletin mensuel sur l’Indice des prix à la consommation (IPC, 100 en 2017-2018). L’IPC est passé de 180.4 en septembre à 188.7 en octobre 2021, soit une hausse mensuelle de 4.6 %. En glissement annuel, le taux d’inflation a atteint la barre de 19.7 % en octobre 2021 par rapport à octobre 2020. En septembre 2021, le taux d’inflation annualisé était de 13.1 %. Selon l’IHSI, « cette accélération de l'inflation en glissement annuel s'explique, en partie, par la hausse prononcée des prix des produits importés (26.1 %) ».

À dire vrai, le spectre de l’inflation importée guettait les ménages haïtiens depuis quelques mois. En Amérique du Nord, le taux d’inflation annualisé était de 6.2 % aux États-Unis et au Mexique au cours du mois d’octobre 2021. C’était le taux le plus élevé depuis 31 ans sur le territoire américain. Au Canada, le taux d’inflation annuel était de 4.7 % en octobre 2021, le niveau maximal depuis février 2003. Le niveau annuel d’inflation au Canada en octobre 2021 correspondait à peu près au taux d’inflation mensuel en Haïti.  Dans la zone euro, le taux d'inflation annuel était en hausse de 4.1 % en octobre 2021, beaucoup plus faible que le taux d’inflation mensuelle en Haïti pour le même mois. Chez le voisin, en République dominicaine, le taux d’inflation s’élevait à 7.72 % en octobre 2021 contre 5.03 % en octobre 2020.

Il n’y avait donc aucune chance pour Haïti d’échapper à cette hausse de l’inflation mondiale, étant donné  qu’elle importe une grande partie des produits qu’elle consomme. L’inflation annualisée des produits locaux était de 16.2 % contre 26.1 % pour les produits importés. Ces derniers étaient de 61.1 % plus chers que les produits locaux. Cet indicateur plaide pour une augmentation de la production nationale. Autrement dit, plus une économie est dépendante de l’économie mondiale, plus elle est affectée par la hausse de l’inflation mondiale. En fait, si Haïti importait moins de biens, particulièrement des produits alimentaires, les consommateurs haïtiens seraient moins affectés par la hausse des prix à l’échelle internationale.  

La forte inflation du mois d'octobre en Haïti est essentiellement due au comportement de quatre fonctions de consommation. D’abord, il y a le poste « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » qui a crû de 5.9 % sur un mois et de 22.7 % sur un an. Ce poste de dépenses représente 48.5 % du total des dépenses des ménages en Haïti. Quand les prix des produits de ce poste augmentent, le bien-être des consommateurs s’en trouve sévèrement affecté.  Puis, l’on retrouve les « Articles d'habillement et chaussures » qui ont connu une hausse de 4.1 % sur un mois et de 20.2 % sur un an. Ce poste compte pour 5.64 % des dépenses des ménages haïtiens. Le poste « Meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer » a enregistré une augmentation de 4.0 % sur un mois et de 21.2 % sur un an. Un poste qui compte pour 5.3 % des dépenses totales des ménages. Les soins de santé ont, de leur côté, connu une hausse de 2.3 % sur un mois et de 27.3 % sur un an, un poste qui compte pour 2.6 % des dépenses totales des consommateurs locaux.

Les prix du riz en hausse de 34.6 %

Parmi les produits qui ont le plus influencé le taux d’inflation en glissement annuel en octobre 2021, on retrouve les différentes variétés de  riz  dont les prix ont augmenté en moyenne de 34.6 %. Or, on sait que le riz occupe une place primordiale dans le menu quotidien des Haïtiens. On sait également que nous en importons la majeure partie, même si le pays aurait pu produire suffisamment de riz pour satisfaire une grande part de la demande locale. Les prix de la viande et de l'huile comestible ont crû en moyenne respectivement de 23.8 % et de 43.6 % sur un an. Il s’agit ici de deux produits complémentaires au riz que les ménages ne peuvent substituer.

D’autres produits complémentaires et non substituables ont vu leur prix augmenter de façon significative. Ce sont la banane, en moyenne 25.6 %, et le pois, en moyenne 20.6 %. On a besoin de tous ces ingrédients pour préparer le dîner ou le souper. De même, en octobre 2021, les prix des composantes du jus qui accompagne le riz collé avec la sauce de viande ont connu une hausse substantielle. Le prix du citron était en hausse de 31.0 % annuellement versus 23.3 % en moyenne pour le sucre.

Se nourrir coûte donc extrêmement cher aujourd’hui en Haïti. Même pour les bébés puisque le prix du lait en poudre a augmenté en moyenne de 21.4 %. Se vêtir coquettement aussi constitue un vrai casse-tête. Car, par rapport à octobre 2020, une robe coûtait 28.1 % plus cher en octobre 2021, une chemise coûtait 20.9 % plus chère, le prix d’un pantalon pour homme était en hausse de 21.1 % pendant que les prix d’une paire de souliers ou de baskets (tennis) augmentaient de 25.1 % et ceux des sandales de 23.3 %.

Embellir son logement en Haïti n’est pas donné à tout le monde. Les prix des meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer ont enregistré des hausses fulgurantes : salle à manger (43.3 %), lit (42.9 %) et matelas (43.7 %). Les prix des soins de santé ont également connu une hausse très remarquée comme c’est le cas pour les médicaments (32.6 %) et les lunettes à verres correcteurs (25.7 %).

On ne saurait tenir pour responsable uniquement l’inflation importée. En octobre 2021, l'inflation en glissement annuel dans le Grand sud était beaucoup plus élevée que celle dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Les départements du Sud-Est et de l’Ouest, hormis l’Aire métropolitaine, ont connu une inflation de 20.8 %. L’inflation des départements du Sud, de la Grand-Anse et des Nippes s’élevait à 20.9 % contre 19.1 % dans les départements du Nord, du Nord-Est et du Nord-Ouest.

C'est probablement l'effet de Martissant qui se fait remarquer ici avec la difficulté d'approvisionner les départements du grand Sud. L’insécurité généralisée se fait sentir dans les assiettes, en exacerbant le niveau de l’insécurité alimentaire qui était déjà très élevée. Avec des taux d’inflation supérieurs à 20 % dans de nombreuses régions du pays, c’est le bien-être de la majorité  des ménages qui fond comme du beurre sur la poêle. Les perspectives ne sont guère rassurantes pour 2022. Déjà en octobre 2020, le taux d’inflation global en glissement annuel en Haïti s’élevait à 23 %. Ce ne sera donc pas une surprise s’il continue d’augmenter pour les mois à venir.

On ne parle presque plus de fêtes de fin d’année en Haïti ces jours-ci. On ne sait pas si l’on aura le courage ou l’audace de formuler des vœux les meilleurs pour le Nouvel An le premier janvier 2022. Ce qui est sûr, c’est que la soupe de l’indépendance coûtera beaucoup plus cher le premier janvier 2022 qu’elle ne l’était le premier janvier 2021.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

Thomas Lalime
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