VIH/SIDA: Haïti plaide pour la fin des inégalités dans la lutte contre les pandémies

Haïti a une histoire particulière avec le VIH/SIDA. Stigmatisé dès l'apparition de la maladie, le pays a dû faire face à toutes sortes de discriminations avant de remonter la pente dans la lutte contre le VIH/SIDA. Environ 40 ans plus tard, les autorités gouvernementales et les organisations de la société civile ont commémoré la Journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA sur le thème « Mettre fin aux inégalités. Mettre fin au sida. Mettre fin aux pandémies ».

Publié le 2021-12-01 | lenouvelliste.com

C'est le directeur exécutif de l'unité de coordination des maladies infectieuses et transmissibles, le Dr Pavel C. Desrosiers, qui a donné le coup d'envoi de la cérémonie de commémoration de la Journée mondiale de lutte contre le sida ce mercredi 1er décembre 2021, à l'hôtel Karibe Convention Center.

Dans une intervention concise, le Dr Pavel Desrosiers a expliqué aux partenaires la relation qui existe entre les inégalités dans le monde et la difficulté de certains pays à faire face aux pandémies. « Sans interventions concrètes contre les inégalités, Haïti risque de rater son objectif d'éradiquer le sida d'ici 2030», a averti Dr Desrosiers.

Plus loin, le Dr Desrosiers reconnaît que le problème de la lutte contre le Sida est un problème de connaissance ou de mécanisme d'action.
«Nous sommes en retard par rapport à nos objectifs. Nous devons combattre les inégalités structurelles qui empêchent la prévention et le traitement holistique du VIH.»

Reconnaissant que, malgré tout, des efforts ont été consentis durant ces quatre dernières décennies, le directeur exécutif de l'unité de coordination des maladies infectieuses et transmissibles a félicité particulièrement « l'engagement et la ténacité des organisations de PVVIH en Haïti. »

Dans une présentation plutôt magistrale, le directeur général du MSPP, le Dr Lauré Adrien, a épilogué sur le concept inégalité en Haïti. « Les catastrophes naturelles, l'accroissement non maîtrisé de la population urbaine, les gangs, le récent séisme », tout un package qui, selon le Dr Lauré Adrien, explique les inégalités à combattre en vue d'atteindre l'objectif de mettre fin au VIH/SIDA et autres pandémies.

En outre, il cite des chiffres qui prouvent que malgré des difficultés, Haïti n'est pas restée dans l'expectative. « 150 000 personnes vivent avec le VIH/SIDA en Haïti, dont 128 000 sont sous traitement. La prévalence est passée de 2% en 2017 à 1,9% en 2021 », a souligné le directeur général du MSPP, qui a rappelé que le pays s'engage déjà dans la stratégie mondiale de lutte contre le sida 2021-2026.

Dans son discours de circonstance, Marie Malia J. Fleuri, présidente de la Fédération haïtienne des associations de PVVIH, a retracé le bilan de la fédération malgré la situation sociopolitique du pays.

« Participation active aux activités de l'observatoire de la société civile et aux activités de PEPFAR ; distribution de médicaments dans 5 associations, 7 départements ont déjà bénéficié d'une formation visant à donner une vocation aux PVVIH, 22 sessions de focus groupe pour comprendre les raison de l'interruption de traitement, les refus de soins et la difficulté à rester dans les programmes de traitement. En plus de ces activités, la présidente a souligné que durant la visite de la fédération dans la péninsule du Sud, 87 kits hygiéniques, 99 kits alimentaires ainsi que des vêtements ont été distribués à des membres de la communauté. »

Le directeur pays et représentant ONU/SIDA en Haïti, le Dr Christian Mouala, a, pour sa part, lu un discours général de l'ONU SIDA adressé aux différents pays. Il a fait savoir, en effet, que les Nations unies ont compris que les inégalités représentent un handicap dans la lutte contre les pandémies. « Le monde s'est mis d'accord sur un plan audacieux. Le sida n'a pas perdu son statut de pandémie, les indicateurs sont au rouge. Les communautés en première ligne doivent continuer à faire pression, joindre les gestes à la parole pour mettre fin et se préparer contre la pandémie de demain. »

De son côté, le coordonnateur du système des Nations unies, M. Bruno Lemarquis a expliqué à son tour le concept inégalité dans un pays comme Haïti. « Pour en finir avec le sida, il faut mettre fin aux injustices croisées comme les urgences humanitaires, les personnes handicapées, les migrants, les 19 000 déplacés internes, les quartiers sous emprise de gang », tous ces éléments doivent être pris en compte en vue de combattre le sida et les autres pandémies.

« Une personne sur quatre vit dans l'extrême pauvreté. 20% de personnes en Haïti ont 1% de la richesse nationale tandis qu'un autre 20% à 64% de la richesse du pays », a pointé du doigt M. Bruno Lemarquis, qui a félicité l'engagement et le leadership du gouvernement dans la mise en œuvre du plan directeur de santé 2021-2031 tout en encourageant les autorités à investir plus dans la santé. 

Le chargé de mission des États-Unis, Kenneth H. Merten, a, dans son intervention, énuméré l'appui des États-Unis en Haïti dans la lutte contre les pandémies.

« Les États-Unis ont engagé 85 milliards de dollars dans la riposte mondiale contre la pandémie, c'est le plus grand engagement jamais pris par un pays dans la lutte contre une seule maladie », a avancé M. Kenneth H. Merten.

Les États-Unis, a informé le chargé de mission, entendent continuer à lutter contre la Covid-19 et le VIH/SIDA sans interruption.

« 126 000 personnes sous traitement sont accompagnées par le PEPFAR,  87% sont indétectables aujourd'hui. 133 000 orphelins ont bénéficié de l'aide des États-Unis à travers les différentes organisations en Haïti. Pour l'exercice fiscal 2021-2022, les États-Unis comptent investir 110 millions de dollars pour éradiquer la pandémie du VIH/SIDA d'ici 2030 », a annoncé M. Kenneth H. Merten, estimant que si nous sommes affaiblis, des vies seront perdues, si nous continuons à lutter, des vies seront sauvées.

Le nouveau ministre de la Santé publique et de la Population, Dr Alex Larsen, a rappelé le contexte difficile de la commémoration de la Journée mondiale de lutte contre le sida.

Évoquant le récent séisme dans le grand Sud, l'insécurité et le faible taux de la population vaccinée contre la Covid-19, le ministre a souligné que « ces inégalités représentent des signes d'alarme qui doivent nous porter à prioriser le droit à la santé pour tous. »

« Les pays à faible revenu sont plus vulnérables aux pandémies. Le risque d'attraper un virus est plus élevé dans un pays en voie de développement et l'accès aux traitements est plus difficile », a rappelé le ministre de la Santé. « La voie du progrès et de prospérité marche de pair avec la paix », a fait remarquer le Dr Alex Larsen qui, tout en remerciant les différents partenaires qui aident Haïti, a invité l'État et la société civile à se mettre ensemble pour mieux lutter contre le VIH/SIDA et les autres pandémies.

Prenant la parole à cette cérémonie, le Premier ministre Ariel Henry a renchéri concernant la liste des éléments qui caractérisent l'inégalité en Haïti. Il cité quatre  millions de personnes vivant en insécurité alimentaire nécessitant une intervention rapide.

Comme pour répondre aux partenaires qui plaident pour une augmentation du budget de la santé en vue d'infléchir la courbe des épidémies, le Premier ministre Ariel Henry, tout en prenant le soin d'effleurer la question, a souligné la nécessité de « supprimer des milliards de dollars consacrés à la subvention de certains produits afin de les consacrer à la santé.»

S'adressant directement aux PVVIH, le Premier ministre les conseille de prendre les médicaments ARVs tous les jours indistinctement. « La bataille est entre vos mains »

« Pour la COVID-19, a conclu le Premier ministre, nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle vague, nous ne devons pas baisser notre garde. Le pays a besoin de l'implication de tous ».

En marge de cette cérémonie diffusée en direct par l'institut Panos, FOSREF, deux organisations de PVVIH et une structure de « Zanmi Lasante » ont été honorées par le ministère de la Santé publique et de la population.



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