La guerre des gangs à Martissant met les entrepreneurs grandanselais à genoux

Publié le 2021-11-30 | lenouvelliste.com

Nombreuses sont les compagnies de bus assurant la liaison, aller-retour, Grand’Anse-Ouest du pays. Parmi les plus connues du public figurent  Jérémie Tours, Grand’Anse Tours et Dieu qui Décide. Denis Adrien est l’un des responsables de la compagnie de bus Jérémie Tours, il nous explique : « Depuis la montée en flèche du phénomène d'insécurité à Martissant, c’est le calvaire pour nous au sein de nos entreprises. Nos recettes sont très maigre. »

« Nous sommes contraints de planifier les voyages seulement quand les bandits donnent l’accès aux véhicules sur le tronçon de route de Martissant. Malgré tout, c’est très risqué. Ils peuvent décider à tout moment de prendre en otage le bus et les passagers », a-t-il avancé. « Ce jeudi 25 novembre, on a effectué un voyage avec seulement 13 passagers. En temps normal, nous avons l’habitude de transporter 50 passagers et d’habitude on a au moins 4 autocars effectuant le trajet Jérémie/Port-au-Prince. Maintenant, on est forcé d’utiliser un seul bus. Les nouvelles circonstances l'obligent », a-t-il conclu.

Mis à part les propriétaires, les passagers aussi ont la peur au ventre lorsqu’il s’agit d’emprunter la route nationale numéro 2. Ceux qui en ont les moyens préfèrent acheter un billet d’avion, d’autres refusent catégoriquement de se rendre à Port-au-Prince en bus. C’est le cas de Johnny Acelas. « J’ai été inscrit en ligne pour une formation, avec la ferme conviction que les séances se feraient en webinar. Au dernier moment, les organisateurs m’ont appelé pour me dire qu’il fallait entrer à Port-au-Prince, afin de suivre les séances ; j’ai tout de suite désisté », a confié le jeune homme. « Même Dieu ne peut me contraindre d’emprunter une route qui mène vers Martissant », a juré Johnny.

Outre les passagers et les propriétaires de bus, les distributeurs grossistes et les autres commerçants sont eux aussi frappés de plein fouet par la situation de Martissant. Contacté par le journal, Joseph Saint-Fleur Carl, un entrepreneur bien connu de la ville, est le propriétaire d’une quincaillerie. Il nous raconte son calvaire. « Le mois dernier, j’ai dû attendre 10 jours avant de recevoir un camion de marchandises. Le chauffeur avait refusé d’emprunter la route sud de la capitale, par peur de se faire kidnapper dans cette banlieue de terreur. Je suis obligé d'attendre que les bandits donnent l’accès aux véhicules pour que les marchandises soient livrées à Jérémie », s'est plaint Monsieur Saint-Fleur.

Pour Sonia Cupidon, mère de cinq enfants et commerçante (Madan Sara), qui a l’habitude d’effectuer des voyages hebdomadaires afin de livrer des vivres au wharf Jérémie (Port-au-Prince), cette situation n’a jamais été aussi critique pour elle auparavant. « Arrivées à Port-au-Prince, les autres et moi sommes obligés de débarquer nos marchandises sur la place de Fontamara, afin de les liquider. Nous avons l’habitude de rester deux ou trois jours sur cette place, parfois le voyage est annulé ; c’est le déficit voire la perte totale pour nous », a-t-elle raconté. Sonia dit préférer le retour du cabotage à Jérémie au lieu du voyage par voie terrestre. « Jadis avec le voyage en mer c’était très bénéfique pour nous ; j’espère la reprise normale du commerce maritime », a-t-elle souhaité.

D’autre part, Rozier Rubin, économiste de formation, avance que la situation de Martissant met à nu la dépendance du département de la Grand’Anse par rapport à Port-au-Prince. « Il faut à tout prix redynamiser le commerce maritime dans le département ; cela se révélera bénéfique pour les entrepreneurs, les Madan Sara et les petits commerces à Jérémie. Cela évitera aussi le marché noir sur le marché local. Il faut faire en sorte que d'autres bateaux venant d’autres pays puissent accoster le wharf de Jérémie afin de commercer avec le département », a-t-il avancé.

Depuis 2014, le transport maritime est en perte de vitesse, pour ne pas dire inexistant, dans le département de la Grand'Anse. Avec ce qui se passe à Martissant, nombreux sont les Jérémiens, entrepreneurs et commerçants, qui voient dans cette situation une opportunité de redynamiser, sinon ressusciter le cabotage dans la ville. 

Flavien Janvier jflavien50@gmail.com
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