Kaï, mon passeport et mes 34 ans !

Publié le 2021-11-29 | lenouvelliste.com

M fin granmoun ! Non, attendez, je suis sérieuse ! C’est un constat assez mélancolique, en fait. Riez autant que vous voulez, mais rien ne me fait plus de peine que de réaliser la « disparition » tranquille de ma jeunesse et de mon énergie. Moi qui enchaînais les nuits blanches arrosées, qui sautais entre les avions et les trains pour couvrir les festivals, les bals ; moi qui suivais les groupes musicaux pour Ticket de villes en villes, de pays en pays… Franchement ! Je pousse un soupir ému en sirotant cette tasse de café qui balaie ma fatigue, en me disant  : « Ah ! Si jeunesse savait… »

Pff ! Merci à Richard Cavé et son groupe Kaï de m’avoir fait comprendre que je ne devais plus forcer la dose. Après avoir suivi le groupe deux petites nuits entre Boston et Orlando aux États-Unis, j’ai dormi 18 heures d’affilée. Oui, 18 heures ! J’en suis encore choquée. Et alors que je me retournais sur mon oreiller, les muscles endoloris et la tête lourde de décibels, les musiciens ayant à peine atterri sur le sol de New York, mettaient déjà le feu à Amazura Night Club. A kisa yo fèt ? Ki motè ki sou yo ? Un seul mot : chapeau ! 

Après la dissolution de Carimi en 2016, dont je ne me suis toujours pas remise d’ailleurs, même après une longue conversation avec Richard Cavé vendredi soir, j’avais une dent (je l’ai encore… un peu… ok ok, pas vraiment) contre les trois messieurs. Je ne pouvais pas apprécier à leur juste valeur les groupes Kaï et Vayb. Mais si la bande à Mickael Guirand a eu un succès assez rapide avec son premier album, le groupe de Richard, malgré deux gros hits immédiats (malade et Kansè), a un peu traîné pour arriver au-devant de l’échiquier musical. Aujourd’hui, avec un disque très apprécié paru en 2021, des chansons avec de gros potentiels et des collaborations applaudies, enfin Kaï est sur toutes les lèvres. Sans compter que le keyboardiste timide et réservé que le public a connu en la personne de Richard Cavé n’est plus. Alors là, pas du tout ! La petite chenille est devenue un gros papillon, confiant, heureux et totalement maître de son jeu. Un joyeux constat pour moi qui côtoie l’artiste depuis plus de quinze ans. La fan a été très vite conquise et la journaliste vraiment très surprise de découvrir ce nouvel aspect.

Les femmes qui ont toujours raffolé de ses yeux gris vert et de sa gentillesse en profitent donc pour s’arracher le band leader. J’avoue qu’à plusieurs reprises je me suis retenue de taper sur les mains baladeuses de jeunes filles (la maman en moi ? À bon entendeur Audrey ! ) qui ne se privaient pas de toucher partout le chanteur qui, lui, adore se faire aguicheur. C’est aussi là que j’ai compris que je devenais une ti granmoun. Ou kwè m te konsa devan djaz yo ? Medam yo san pitye. Elles prennent avec appétit ce qu’elles veulent. Je n’ai pas croisé beaucoup d’hommes devant Kaï. Yo te la, mais ils sont sagement restés à l’arrière, aux aguets. Après tout, ils savent que même après trois heures de cris, de gestes, de sourires, de clins d’œil aux artistes, elles rentreront la plupart du temps bredouille. Ils seront donc là à ce moment pour les consoler. Et puis, les filles, faute de Richard, un Jhonny ou un Jude fera l’affaire. Après avoir vu de mes yeux les exploits des « timoun 2000 », j’ai compris que si une soirée n’a pas de tables et de chaises, elle n’est pas faite pour moi. Voilà.

Pendant ce temps-là, entre mes vols, je perds aussi mon passeport. En vingt ans de voyages, de monte desann dans tous les recoins du monde, c’est une première dans ma vie de globe-trotteuse, et cela m’a beaucoup atteinte. Mais bon, ainsi va la vie. Si j’ai appris au moins une chose avec l’âge, c’est qu’on a toujours le choix. Je pouvais m’apitoyer sur mon sort autant que je voulais, mais je n’allais pas miraculeusement retrouver mon passeport. J’ai choisi donc de secouer mon amertume et de profiter au maximum que je pouvais de ce séjour impromptu. Et même si je pouvais voyager entre les États avec mon permis de conduire haïtien, cela ne voulait quand même pas dire que j’allais repartir avec Kaï dans d’autres soirées folles. Oh, que non ! Zo granmoun pa pran. 

Si le compas de Kaï rappelle un peu celui de Carimi, la bande s’est créé une vraie identité. Pas le « pike devan » de certains groupes, pas le « kole sere » de certains autres, mais un compas dous, pwòp, avec beaucoup de groove, qui fait le bonheur des fans. Le groupe est une sorte de famille heureuse menée par un maestro T-Klod papa poule qui veille après chacun de ses coéquipiers, sans oublier un Fito infatigable, imperturbable, discipliné qui fait bien marcher l’équipe avec son éternel calme. Aussi, ces derniers jours, j’ai eu le plaisir de côtoyer un Richard Cavé enfin complet, sans stress, heureux et totalement à sa place; fier de son album « Jije m » que le public connaît déjà par cœur. « Tous les sacrifices paient enfin », avoue le chanteur les yeux brillants.

En attendant de revoir Kaï sur scène en Haïti, quand/si le climat sécuritaire le permet un jour, gavez-vous de l’album sur les plateformes d’écoute de musique en ligne. Ou partez les voir dans un autre pays si vous le pouvez... Mais faites attention à votre passeport !



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