Les effets dévastateurs du séisme sur l’environnement naturel du Grand Sud d’Haïti

Publié le 2021-11-26 | lenouvelliste.com

Une triple crise sévit actuellement dans la région du Sud-Ouest d’Haïti et se manifeste par la dégradation des écosystèmes, la perte de biodiversité et l’aggravation des événements météorologiques extrêmes liés aux changements climatiques. Le tremblement de terre de magnitude 7,2 qui a touché, le 14 aout 2021, dans la péninsule du Sud d’Haïti, les départements du Sud, des Nippes et de la Grande-Anse, est venu exacerber une situation déjà critique où, à l’heure actuelle, les écosystèmes sont fragilisés par les activités humaines et de fréquents événements climatiques extrêmes.

Pour y remédier, une stratégie de reconstruction, articulée autour de 3 axes complémentaires, est envisagée moyennant des coûts de relèvement, en cours d’évaluation, estimés entre 25 et 50 millions de dollars américains.  Ces 3 axes complémentaires forment la restauration des écosystèmes, plus particulièrement une vaste campagne de reboisement et de restauration des écosystèmes côtiers et marins et la mise en place d’un système intégré de gestion des déchets, de même que l’intégration multisectorielle des enjeux environnementaux transversaux ainsi que la gouvernance environnementale.

Les effets du séisme, recensés en fonction des trois grandes catégories environnementales, à savoir écosystèmes/nature, climat (adaptation/atténuation) et pollution/déchets, ont provoqué des dommages inestimables sur les écosystèmes forestiers, côtiers et marins. Au détriment du bien-être des populations sinistrées qui est intimement lié aux services rendus par les écosystèmes ainsi qu’à leur capacité de résilience face aux changements climatiques.

Ce premier constat des dégâts environnementaux est issu de l'évaluation environnementale sectorielle post-séisme, assorti de l’évaluation des besoins post-catastrophe (PDNA) lancée par le Premier ministre, le Dr Ariel Henry, le 31 août 2021, dans le cadre d'un atelier de deux jours organisé par le ministère de la Planification et de la Coopération externe, avec le soutien des Nations unies, de l'Union européenne, et de la Banque mondiale, avec également la participation de la Banque interaméricaine de développement, de l'Agence caribéenne de gestion des urgences en cas de catastrophe et de la Banque caribéenne de développement.

D’une biodiversité exceptionnelle, la région du Sud-Ouest d’Haïti abrite la réserve de biosphère du massif de La Hotte qui s’étend sur 30 des communes des départements du Sud, des Nippes et de la Grande-Anse, et inclut 8 aires protégées terrestres et marines. De plus, le Parc national Macaya, à cheval entre les départements du Sud et de la Grande-Anse et au sein duquel se trouve l’une des dernières forêts vierges d’Haïti, représente la première zone de haute importance pour la biodiversité dans la Caraïbe.

En d’autres termes, cette région est donc dotée d’une biodiversité et d’écosystèmes riches qui sont en capacité, si protégés et valorisés, de fournir des services écosystémiques essentiels à la résilience et au développement local (moyens de subsistance, sécurité alimentaire, régulation de l’eau, protection contre les risques naturels, santé et bien-être). 

Les premières évaluations dénotent combien l’environnement naturel est très sévèrement touché par les effets dévastateurs du séisme. À plusieurs endroits dans les trois départements, des glissements de terrain, éboulements et affaissements ont été observés. La situation est particulièrement critique dans le Département du Sud, aux abords de l’aire naturelle protégée du parc Macaya où les relevés terrains réalisés démontrent que des éboulements et glissements de terrain se sont produits dans toute la zone du Parc et sa vicinité.

 « Le parc Macaya se trouve en haute altitude et on y retrouve certains points les plus élevés de la République (Pic Formont 2219m, Pic le Ciel 2179 m et Pic Macaya 2347 m) sur fortes pentes, un sol nu et dégradé. La faille traverse le parc. Tout cela explique la fragilité de l’environnement du parc Macaya et l’ampleur des dégâts du séisme du 14 août », détaillent les images satellites, en date du 23 août 2021, recueillies auprès du CEOS [1], ci-après, et qui font état d’un total de 856,19 ha de glissements de terrain dans l’emprise d’une zone restreinte de 3679 ha située dans le parc Macaya.

Par ailleurs, le séisme a occasionné une perte directe de couvert forestier ainsi qu’une augmentation claire de la pression sur les ressources forestières, constatées dans les trois départements touchés. « Dans la vicinité du parc Macaya et du parc de la Visite, on a pu remarquer une multiplication des défrichements illégaux », rapportent les premiers relevés du constat réalisé dans les trois départements susmentionnés.

Ce constat s’applique également aux plantations de mangroves dans les aires marines protégées dans la péninsule du Sud d’Haïti, faisant l’objet d’une augmentation significative des pressions anthropiques sur les ressources ligneuses de la mangrove se traduisant par une intensification nette de leur coupe pour la reconstruction des maisonnettes ou pour la production de charbon de bois.

Ce braconnage s’il n’est pas freiné à temps conduira tôt ou tard à un risque de réduction de la surface de la mangrove et une affectation de la qualité des eaux. « Les problèmes d’éboulement et de glissement de terrain ont aussi occasionné le remodelage des écosystèmes marins par le dépôt de tonnes de matériaux et de sédiments et ont déjà des impacts sur les ressources halieutiques », alertent les études d’impacts après avoir recensés également de nombreuses rivières impactées par les affaissements ou les glissements de terrain dans les trois départements. Une diminution du débit et le tarissement de certaines sources, de même que de la turbidité, y est aussi constatée.

Au-delà des retombées inquiétantes sur l’écosystème et la biodiversité d’une manière générale, les problèmes importants de gestion des déchets, provenant des débris des infrastructures détruites, se sont intensifiés par suite du tremblement de terre, et une prolifération des déchets plastiques et biomédicaux est également constatée.

Dans l’attente d’une étude plus poussée afin de déterminer l’impact du séisme sur la production d’énergie, le réseau électrique est endommagé à plusieurs endroits. À Saut Mathurine notamment, l’envahissement du réservoir de la centrale hydroélectrique par des éboulis laisse augurer une utilisation alternative d’énergie de source thermique apte à générer une augmentation des gaz à effet de serre (GES). De même, l’augmentation de l’utilisation du charbon pour la cuisson peut avoir un impact sur les émissions de GES.

L’impact des effets environnementaux du tremblement de terre étant transversal, et donc multisectoriel, toute action entreprise en relèvement devra impérativement produire des gains nets de biodiversité pour ces habitats critiques et améliorer la résilience des écosystèmes et des populations, avec une attention particulière pour les groupes les plus vulnérables et les plus touchés.

Les pertes environnementales, en termes de services écosystémiques, contribuent largement aux pertes enregistrées par les différents autres secteurs entrainant notamment une baisse de la production et des rendements agricoles, une insécurité alimentaire, un risque accru de destruction des infrastructures en aval des glissements de terrain provoqués par l’érosion, une pression sur les ressources halieutiques dus à l’augmentation de la sédimentation et à la pollution, et des conséquences sur la santé de la population dues à la contamination des ressources hydriques et à la prolifération des déchets.  

Le PDNA est une méthodologie mondiale développée par les Nations unies, la Banque mondiale et l'Union européenne qui porte sur l'impact des catastrophes déclenchées par les risques naturels et les crises liées aux conflits, tout en tirant parti de l'expertise, des capacités et des ressources des trois institutions pour soutenir des processus dirigés par le gouvernement.



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