Commémoration de la Bataille de Vertières - Jour des Forces Armées d’Haïti

Prosper Avril : Le cri du cœur du major Edy Marcelin

Publié le 2021-11-19 | lenouvelliste.com

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai écouté le major Edy Marcelin, un digne fils du pays de l’immortel Jean-Jacques Dessalines, dans son allocution délivrée à l’occasion de la commémoration de la Bataille de Vertières, Jour des Forces Armées d’Haïti. J’ai bien dit “un cri du cœur” car tout militaire sait très bien que la mise à la disposition de l’armée de deux (2) chars d’assaut et d’un (1) hélicoptère de combat ne saurait suffire pour juguler cette crise aux multiples facettes que connaît actuellement notre pays.

Ce cri du cœur doit être interprété dans le même sens que le mot du savant grec Archimède qui, pour faire état des vertus du principe du levier qu’il venait de découvrir eut à dire: «Donnez-moi un point d’appui et un levier, et je soulèverai le monde.»  Oui, c’est dans ce sens que l’Haïtien doit comprendre la déclaration teintée d’émotion du major Edy Marcelin. Par son message, il plaide  pour le réarmement effectif de notre nouvelle armée.

Ce cri du cœur signifie en clair que l’intégrité du territoire national peut être rétablie à bref délai si les Forces Armées d’Haïti sont équipées pour le faire. Ainsi, il préconise de rendre à l’institution militaire haïtienne,  rétablie dans ses droits constitutionnels, le matériel qui lui a permis, de sa création à la date de son démantèlement, de «garantir la sécurité, la défense et l’intégrité du territoire de la République.» (Article 264)

 Qu’en est-il du matériel qui faisait partie de l’inventaire de l’institution militaire au moment de sa démobilisation, en janvier 1995, et qui comprenait, entre autres:

1- les armes légères : Fusils, mitrailleuses et mitraillettes ;

2- les armes lourdes : Mitrailleuses 50, 20 mm, 40 mm, 90mm, cannons et Fusils sans recul ;

3- les chasseurs à réaction S-211 ;

4- les chasseurs turbo SF-260 TP ;

5- les hélicoptères de combat H-34 Sikorsky ;

6- les hélicoptères VIP S-58 T Sikorsky ;

7- les hélicoptères de reconnaissance Hughes 500 C ;

8- les avions Cessna O-2 d’intervention, armés de roquettes ;

9- les chars d’assaut V-150 Commando ;

10- les cannons d’artillerie 105 Howitzer ;

11- les canons anti-aériens TCM-20 et radars ;

12- les unités de la Marine  GC-8, GC-9, GC-10 et MH-20 ;

13- le réseau de communications militaires à l’échelle nationale ;

14- les munitions de tout calibre entreposées dans les dépôts et casemates militaires ?

Il s’agirait donc de rendre l’institution militaire haïtienne apte à venir en support à la Police Nationale, lorsque celle-ci, admirable de dévouement et d’esprit de sacrifice, se trouve dépassée par les événements, parce que placée dans un contexte qui déborde le cadre de ses attributions constitutionnelles. En effet, lorsqu’une partie du pays échappe au contrôle du pouvoir d’État, c’est l’intégrité du territoire national qui est atteinte. Or, la charge de maintenir cette intégrité  ne relève pas du ressort de la Police. C’est le rôle constitutionnel de l’Armée de la rétablir. Le major Marcelin plaide pour le respect des prescriptions de la Loi-Mère. «Tant que le corps existe, il faut lui donner les moyens de sa mission» (Frantz Duval). Que les autorités établies prennent les actions appropriées pour replacer l’armée dans son rôle constitutionnel.

À un moment où la situation d’Haïti est telle qu’elle est un sujet d’inquiétude pour les pays voisins, il importe d’agir vite et de façon pragmatique pour éviter l’effondrement total. Le major Marcelin a tiré la sonnette d’alarme. La situation est gravissime. Nous devons voir la réalité en face, l’affronter et non pratiquer la politique de l’autruche.

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Lieutenant-Général retraité Prosper Avril

19 novembre 2021

Prosper Avril
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