Deux écoles nationales fonctionnent au gré des hommes armés au bas de la ville

Oubliées au bas de la ville, les écoles nationales République du Venezuela et Tertullien Guilbaud vivent une année académique perturbée par les affrontements entre des hommes lourdement armés à Bel-Air. L'apprentissage est devenu une activité sporadique pour ces enfants qui, parfois, passent plusieurs jours loin du pain de l'instruction.

Publié le 2021-11-19 | lenouvelliste.com

Mardi 16 novembre, il vient de sonner 12 heures à la rue du Peuple. La cour des écoles nationales République du Venezuela et Tertullien Guilbaud est déjà vidée des écoliers, enseignants et dirigeants. Le marché informel entourant les deux écoles nationales est moins dense. Pas de vacarme des petits marchands éparpillés ici et là entre la rue du Peuple et celle du Docteur Aubry. C’est le silence radio dans ces artères au bas de la ville logeant ces écoles publiques. À cet endroit, il ne faut pas trop se faire remarquer, insécurité oblige. Au milieu de ce silence, les écoles nationales de la République du Venezuela et Tertullien Guilbaud fonctionnent en dents de scie. 

Parce que la rue du Dr Aubry n'est plus sûre, l'annexe du lycée national Alexandre Pétion se retire de ce trio d'écoles qui souffrent au bas de la ville. Celui-ci partageait le même espace entre les ruines des bâtiments du séisme de janvier 2010 et des hangars délabrés attaqués par la moisissure.

À la rue du Peuple, l'ambiance et le décor décrivent un malaise digne d'un film de guerre. À un mètre de cette école, un trou a été perforé par les caïds. Le remblai sert de bouclier afin d'empêcher toute tentative d'intrusion des forces de l'ordre.

Les écoliers sont laissés dans un espace vague sous des hangars délabrés depuis plus de 10 ans. La clôture qui ne résistait pas suite au violent séisme de janvier 2010 n'a toujours pas été reconstruite. Les écoliers sont privés de toute mesure de sécurité. 

Les bouquinistes sont là. Ils continuent de venir à la rue du Peuple même si les clients n'y fréquentent plus l'espace. «On est venu ici tout le temps. Toutefois, on n'a pas d'horaire pour baisser le rideau. Seuls les hommes armés en décident», balance un d'entre eux. Il affirme que l'école nationale de la République du Venezuela fonctionne parfois.

Joint par téléphone, la directrice de l'école nationale République de Venezuela tente de dédramatiser la situation. 

«Les détonations rendent difficile le fonctionnement de l'école et l'apprentissage est plus compliqué pour les enfants», a fait savoir Erlande Bazile avant de confier qu'il n'y a jamais de débordement des hommes au sein de l'espace. 

Dans la cour de l'école, le gardien craint le pire. «Nous sommes dans la rue. L'accès à l'école est ouvert à tout le monde», a-t-il alerté, l'air fatigué. Après moult insistances, il nous confie que la directrice de l'école nationale de la République Venezuela ne vient que rarement. 

«La situation de la zone contraint la directrice à venir ici. Elle est une femme après tout», a-t-il ajouté avant de signaler que ces établissements scolaires décident de relâcher un peu plus tôt soit vers les 11h et les enseignants sont inscrits aux abonnés absents assez souvent.

La directrice Erlande Bazile confirme l'information pour Le Nouvelliste. «On travaille avec un effectif réduit. Les parents ont été délogés de la zone. À chaque concert de tirs, on attend que la situation se calme puis on relâche les écoliers», a confié la directrice avant d'insister sur le rétablissement de la situation sécuritaire de la zone. « Je ne crois pas que changer d'espace soit la solution. On peut nous proposer un autre espace et quelque temps après, la zone est devenue pareille à celle de la rue du Peuple», a souligné la directrice Bazile, précisant que la ministre de l'Éducation est imbue de la situation actuelle.

Même si elle ne le dit pas, Erlande Bazile, qui se plaint à chaque fois de la situation de l'école nationale République du Venezuela n'espère pas grand-chose des autorités. « Nous travaillons avec un effectif de 70 enfants. Ce sont des enfants dont les parents habitent les environs », affirme-t-elle, espérant que la situation s'améliore pour que plus d'écoliers viennent manger le pain de l'instruction à partir de janvier.

L'apprentissage sous les hangars, dégageant de la chaleur insoutenable, devient une habitude pour ces écoliers au bas de la ville. Ces derniers doivent également vivre d'autres cauchemars à chaque fois que les hommes armés décident de faire parler la poudre. 

«La situation des écoles dans les quartiers chauds n’est un secret pour personne », avait raconté le responsable de la Direction départementale de l'Éducation de l'Ouest, Ernest Clergé. Il avait affirmé que la DDO était en contact avec les responsables des écoles qui sont en situation difficile dans des espaces géographiques compliqués. « Certaines écoles sur cette liste reprennent le travail », s'est-il réjoui avant d’envoyer la balle dans le camp des autorités concernées en matière de sécurité afin qu'elles jouent leur partition. 

S’il dit reconnaître que l’apprentissage doit se faire dans un environnement sain, le responsable de l’Éducation pour le département de l’Ouest dit regretter que le déplacement des élèves dans d’autres espaces physiques ne soit pas envisageable. « Il serait préférable de penser à rétablir la sécurité dans les environs des écoles. Même en cas de cohabitation, l’idée est compliquée en raison d’un manque d’espace physique dans les établissements publics », a indiqué Ernest Clergé.

Dans le district nord de la capitale, plusieurs écoles ont été contraintes de fermer leurs portes en raison de l'insécurité qui sévit dans des quartiers chauds. La situation perdure au bas de la ville où un gang armé fait la loi.

Michelson Césaire

Michelson Césaire
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