Fabrice Mauries, nouvel ambassadeur de France en Haïti: « Pour une France plus présente, plus influente »

Diplomate de carrière, le nouvel ambassadeur de France en Haïti, Fabrice Mauries, prend fonction dans un pays en pleine crise politique et en proie à l’insécurité. L'ambassadeur, qui s'est entretenu, le jeudi 4 novembre, avec les responsables du journal Le Nouvelliste pour sa première sortie dans les médias, plaide pour une France plus présente et plus influente » à travers ses différentes institutions en Haïti...

Publié le 2021-11-04 | lenouvelliste.com

Accompagné d’Axel Champey, deuxième conseiller et de Pedro Rodrigues, attaché de presse de l’ambassade, le nouvel ambassadeur de France en Haïti, Fabrice Mauries, a eu une rencontre de prise de contact avec Max Chauvet, directeur, et Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste, ce 4 novembre 2021. Le diplomate a pris le temps de faire connaissance avec le doyen de la presse haïtienne et d’échanger sur la situation dans le pays.

Fabrice Mauries est en Haïti depuis un mois. Il s’est déjà entretenu avec le Premier ministre Ariel Henry et le ministre des Affaires étrangères, Claude Joseph. Il est arrivé dans un pays qu'il dit connaître un peu. Mais, à cause de l'insécurité qui fait rage à Port-au-Prince, Fabrice Mauries a vu "très peu" de Port-au-Prince pour le moment. «Ce qui m’a frappé, ce sont les stigmates du séisme du 12 janvier 2010 qui sont encore visibles un peu partout. La ville reste marquée par le tremblement de terre», confie l'ambassadeur au cours d'une rencontre, jeudi 4 novembre, avec les responsables du Nouvelliste.

L’ambassadeur Mauries découvre Port-au-Prince dans un contexte particulier. A cause de l’insécurité, le lycée Alexandre Dumas, communément appelé Lycée Français, dispense ses cours à distance. Il y a de moins en moins d’activités à l’Institut français. L’ambassade mesure l’enjeu sécuritaire important à Port-au-Prince, mais espère une « normalité » dans quelques semaines. « J’espère que le lycée et l’institut vont revenir à la normale. Nous travaillons d’arrache-pied en ce sens. Nous espérons revenir à une normalité dans un proche avenir. Quand ? Je ne peux pas encore le dire, mais on l’espère dans un avenir proche, dans quelques semaines... Cela dépend de beaucoup de facteurs », a déclaré l’ambassadeur, qui « ne vient pas ici par hasard ou par coïncidence ».

« Je suis venu ici en toute connaissance de cause, assure le diplomate de 52 ans. La question haïtienne, je m’en suis occupé pendant longtemps à Paris, puisqu’avant de venir ici, j’étais directeur adjoint des Amériques et des Caraïbes à Paris pendant quatre ans. Avant, j’étais ambassadeur au Pérou. Je ne m’occupais pas de la question haïtienne au Pérou mais je connais les enjeux diplomatiques et politiques… je les connaissais un peu avant d’arriver ici », insiste Fabrice Mauries.

« Je peux vous l’assurer, c’est une volonté de ma part de venir ici, de faire en sorte que la France soit plus présente, plus influente, qu’elle puisse maintenir son réseau : éducatif, culturel, universitaire, économique, consulaire. Si possible, le développer, mais pas uniquement le conserver. Le moderniser pour l’adapter à la demande du public haïtien, à la communauté française », explique le diplomate français, qui note des liens importants entre Haïti et la France.

« Dans la période récente, notamment depuis la tragédie du séisme de 2010, en passant par les visites du Président Hollande à Port au Prince en 2015 et du Président Moïse à Paris en 2017, la France n’a cessé d’être aux côtés du peuple et des dirigeants haïtiens pour contribuer, avec d’autres, à son développement. Notre langue partagée, la présence dans nos deux pays d’importantes et ô combien talentueuses communautés haïtienne et française, la contribution de nos entreprises et de nos opérateurs, comme l’Agence Française de Développement et Expertise France, au développement haïtien sont autant de preuves d’une solidarité sans faille », a déclaré le nouvel ambassadeur dans ses premiers mots officiels.

« Cet engagement, qui se traduit concrètement par le déploiement d’un dispositif ambitieux sur l’ensemble du territoire dans les domaines diplomatique, consulaire, culturel, éducatif et de coopération, notamment le lycée Alexandre Dumas, l’Institut Français et les Alliances, ponts entre nos deux cultures, sera maintenu et ce en dépit de la situation difficile que traverse le pays, une situation marquée notamment par l’assassinat odieux du Président Moïse et plus généralement par une recrudescence de l’insécurité », a ajouté le diplomate.

L’Institut français sera reconstruit

Outre concrétiser son influence dans le pays à travers ses opérateurs, la France a le projet de construire un nouvel Institut. Ce ne sera pas dans l'espace de l'institut actuel au Bois-Verna. «C’est une belle bâtisse, un bel espace, mais il manque d’équipements qui sont à la mesure de ce que nous voulons offrir au public haïtien en matière culturelle, explique l’ambassadeur Mauries. Il manque une salle de cinéma, une salle de spectacle, des salles de cours modernisés, etc. Nous avons un projet qui consiste à rebâtir l’institut. Le lieu est déjà choisi, ce sera sur le site des Lauriers, qui était le site de l’ancienne résidence de France avant le séisme. Le projet doit être réalisé dans les trois ans, c’est-à-dire avant la fin de ma mission», confie l'ambassadeur, rappelant par ailleurs que l'ambassade est ouverte, le service consulaire fonctionne. "Les visas sont examinés. Si les dossiers sont complets, les visas sont accordés», assure le diplomate dont le pays est toujours actif dans la politique en Haïti. 



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