Haïti et la République dominicaine font de la diplomatie sur Twitter, suspension des visas pour les étudiants haïtiens

Par des tweets interposés, lundi 1er novembre 2021, les plus hautes autorités de l’île d’Haïti ont tenu à communiquer leurs appréciations respectives sur la situation sécuritaire qui prévaut actuellement en Haïti et en République dominicaine.

Publié le 2021-11-01 | lenouvelliste.com

Tout a commencé par un tweet du président dominicain lançant un SOS à la communauté internationale. Tweet auquel le chancelier haïtien a répondu en rappelant au chef de l’État dominicain que les deux pays sont respectivement notés par le département d’État américain à cause de l'insécurité.

Pour le département d’État américain, la République dominicaine est au niveau 3 – Reconsidérez votre voyage en Haïti au niveau 4 - Ne pas voyager.

Pour clore les échanges dont raffole particulièrement la twittosphère, un haut responsable de la chancellerie dominicaine a annoncé sur le même réseau social, quelques heures plus tard, une décision migratoire à fort impact sur des dizaines de milliers d'élèves et d’étudiants haïtiens en république voisine.

« La communauté internationale, en particulier les États-Unis, le Canada, la France et l'Union européenne, doit agir en Haïti et de toute urgence », a d’abord écrit le président dominicain Luis Abinader sur son compte Twitter, appelant lesdites entités à collaborer afin d’enrayer l’instabilité profonde que connaît le pays en raison de la crise politique et de l'omnipotence des gangs armés.

Le tweet du président de la République dominicaine n’est pas resté longtemps inaperçu puisque le ministre haïtien des Affaires étrangères, Claude Joseph, a lui-même réagi sur Twitter en soulignant que la République dominicaine connaît également une « augmentation de la criminalité », comme l'a souligné le département d’État américain dans son alerte aux voyageurs.

« Suite à la mise en garde du 25/10/21 du Département d’État américain contre la montée de la criminalité en terre voisine, j’encourage le gouvernement dominicain et celui d’Haïti à travailler d’un commun accord pour enrayer le problème de l’insécurité sur l’île », a écrit Claude Joseph, en réaction à l’appel du président Abinader concernant Haïti, rappelant au pays voisin qu’il est également confronté à un problème d’insécurité.

« Pour sa part, le gouvernement haïtien intensifiera les efforts, avec l’appui et la solidarité sincère de la communauté internationale, pour restaurer la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national », a poursuivi le chancelier haïtien dans un second tweet.

La valse des tweets s'est poursuivie en ce début de soirée de lundi du jour des morts avec l’annonce du vice-ministre dominicain des Affaires consulaires et des migrations, Jatzel Román, qui, via son compte Twitter, informe que le gouvernement dominicain a décidé de suspendre « indéfiniment » le programme spécial de visa pour les étudiants haïtiens dans le pays.

« Le gouvernement dominicain a décidé de suspendre indéfiniment le programme de visa spécial pour les étudiants haïtiens en République dominicaine », a publié le haut responsable du ministère des Affaires étrangères de la république voisine.

Cette mesure risque d’impacter une communauté d’environ 70 000 élèves et étudiants haïtiens fréquentant les institutions scolaires et universitaires dominicaines, selon une estimation du professeur Nesmy Manigat, ancien ministre de l’Éducation nationale.

L'annonce intervient peu de temps après que le gouvernement haïtien a répondu au pays par un appel lancé par le président Luis Abinader demandant à la communauté internationale d'agir « d'urgence » en Haïti, rapporte le média dominicain Listin Diario.

Le président dominicain, qui a lancé un appel similaire le mois dernier à l'Assemblée générale de l'ONU, a assuré que son gouvernement « poursuivra le plan annoncé avec des mesures d'immigration plus strictes » envers les citoyens du pays voisin.

Selon le Listin Diario, le mois dernier, Luis Abinader a annoncé qu'il comptait appliquer strictement les règles d'immigration et de travail en vigueur mais qui ne sont pas appliquées, en particulier la règle qui exige l'embauche de 80% de la main-d'œuvre dominicaine. Dans des secteurs tels que la construction civile ou l'agriculture, la grande majorité des travailleurs sont haïtiens.

En annonçant la mesure fin septembre, le gouvernement a donné trois mois aux entreprises pour régulariser les dizaines de milliers de travailleurs haïtiens en situation irrégulière.

Dans le même temps, Abinader a également annoncé que les femmes enceintes de plus de six mois seraient interdites d'entrée dans le pays, pour éviter les frais de prise en charge des femmes haïtiennes dans les hôpitaux publics.

La République dominicaine a déployé 12 000 militaires à la frontière avec Haïti en raison de la crise dans le pays voisin, ont annoncé lundi des responsables de l’armée. 

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Patrick Saint-Pré, avec Listin Diario



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