Journée Mondiale des Femmes Rurales

L’Union européenne apporte sa contribution aux femmes rurales, catégorie marginalisée de la société haïtienne

Le bureau de l’Ordonnateur national a organisé en fin de semaine écoulée une réunion autour de la problématique des femmes rurales dans les systèmes alimentaires. Les yeux se sont ainsi braqués sur les femmes en milieux ruraux, souvent oubliées. Les intervenants en ont profité pour faire le lien entre cette catégorie et son importance dans la sécurité alimentaire. L’Union européenne, à travers le Bureau de l'Ordonnateur National du Fonds Européen de Développement, a contribué à hauteur de 40 millions de dollars dans deux projets accentués dans le Nord-Ouest et dans l’Artibonite afin d’aider ces femmes à développer leur propre autonomie.

Publié le 2021-10-20 | lenouvelliste.com

En prélude à la Journée internationale des femmes rurales le 15 octobre, tous les regards se sont fixés sur cette frange importante de la vie haïtienne. L’Union européenne via son partenaire le bureau de l’ordonnateur national, n’a pas manqué d’exposer la situation de ces femmes qui représentent un pilier pour la nation haïtienne.

Le panorama de leur situation n’est pas trop reluisant puisqu’en raison de leur faible niveau d’éducation les femmes rurales sont nombreuses à intégrer très jeunes le marché informel de l’emploi. Aussi, certaines d’entre elles sont souvent placées en domesticité dans les grandes villes. « En milieu rural, 26% d’entre elles sont généralement des chefs de ménage mono-parentales. Vivant généralement dans des conditions difficiles, les femmes rurales sont impliquées dans  des entreprises agricoles, de pêche, d’élevage, d’artisanat », a relaté un document de la Coordination nationale de la Sécurité alimentaire (CNSA).

C’est en ce sens que l’Union européenne, à travers le Programme multisectoriel de Sécurité alimentaire et nutritionnel (PMSAN) visant les populations les plus vulnérables, a mis l’accent sur deux départements du pays où les femmes rurales sont de plus en plus exposées. En effet, une enveloppe de 40 000 000 de dollars est disposée par l’UE en vue de réduire la proportion de la population qui souffre de la faim et la malnutrition en Haïti. Le Nord-Ouest et l’Artibonite sont les deux départements ciblés par ces actions.

L’agronome Harmel Cazeau de la CNSA a été invité à présenter le document sur les systèmes alimentaires ayant rapport à la problématique de ces femmes vivant en milieux ruraux. Celles-ci sont toujours actives même dans une tranche d’âge très avancé. Malgré tout, environ un ménage sur trois fait face à l'insécurité alimentaire, quelle que soit sa source de revenu. Selon les données chiffrées, un ménage sur trois dépend de l'agriculture vivrière ou maraîchère, mais la majorité des ménages s'approvisionne en nourriture sur les marchés, même lorsqu'ils sont impliqués dans l'agriculture, ce qui accentue la malnutrition chronique qui touche près d'un enfant sur quatre en Haïti (22%), soit environ 275 000 enfants de moins de cinq ans. « Ce type de malnutrition, qui correspond à un retard de développement tant physique que cognitif, a des conséquences sur l'ensemble de la vie des individus et compromet leurs perspectives socioprofessionnelles et ainsi leur capacité à participer au développement du pays » ont noté les intervenants en marge de cette réunion.

Toujours suivant les données de la CNSA, la malnutrition aiguë chez les enfants est de 7% quand le manage est dirigé par les femmes. Le sexe du chef de ménage semble peu influencer le niveau d’insécurité alimentaire du ménage. En revanche, on note un niveau d’insécurité alimentaire plus marqué au sein des ménages monoparentaux, ceux dont le chef de ménage se trouve en situation de handicap et ceux dont le chef de ménage présente un faible niveau d’éducation.

Les résultats de l’enquête nationale FinScope, réalisée en 2018, montrent que 51% de la population des personnes âgées de 15 ans et plus sont des femmes. Les données de l’enquête viennent confirmer que 74,90% de ces femmes vivent d’emplois précaires. Vivant généralement dans des conditions difficiles, les femmes rurales sont impliquées dans  des entreprises agricoles, de pêche, d’élevage, d’artisanat.

En ce qui a trait aux activités génératrices de revenu qui occupent le plus les femmes chefs de ménage, on retrouve la production de sel, le tourisme/hôtel, les services domestiques, les  transferts, la vente de nourriture préparée et commerce et services.

L’autre handicap majeur pour les femmes rurales consiste à l’accès à la terre. Selon le statut juridique des parcelles et  le genre : 76.4% des parcelles sont exploitées par des hommes alors que 23.2% le sont par des femmes. Pour le titre d’achat : 78.2% des hommes en détiennent la possession contre 21.5% des femmes.  Titre/ Héritage : 75.6% pour les hommes et 24.2% pour les femmes.

Les femmes rurales mal loties en termes de crédit

Le pourcentage de ménages ayant un crédit approuvé à la suite d'une demande durant les derniers mois représente 12,6% sur un total de 87,4% demandes. Cependant, le pourcentage de ménages ayant une épargne selon le sexe du chef de ménage durant les 12 derniers mois est de 79,9% pour les femmes contre 74,3 pour les hommes.

Immigration et transfert: les raisons d'immigration selon le sexe

Pour le travail, les femmes quittent le pays le plus avec un pourcentage de 51,8% contre 49,2 pour les hommes. Pour les études : 27,7% des femmes émigrent. Par rapport à l’insécurité, le chiffre est partagé avec 4,6%. Santé : 3,3%pour les femmes, 4,4% pour les hommes. Autre: 29,9% contre 30,9 %.

Réception de transfert selon le sexe du chef de ménage. Les transferts en produits alimentaires ne sont pas élevés en milieu rural car 1,8 % des femmes en reçoivent contre 1,6% pour les hommes. En espèce : 19, 8% des femmes reçoivent un transfert  contre 13,5% des hommes. L'argent en espèce est utilisé pour les services de base dont la santé, l'éducation et l'alimentation.

À l’issue de cette réunion, plusieurs recommandations ont été faites afin d’aider les femmes rurales à prendre en main leur destin. « Etablir une politique d’encadrement des femmes dans le secteur agricole pour maintenir des niveaux de rendement agricoles acceptables et assurer les disponibilités alimentaires nécessaires; faciliter l’accès des femmes aux intrants agricoles et au crédit pour accroître leur capacité de production ; renforcer les capacités des services techniques et éduquer les femmes à la planification et à la gestion de leur production ; continuer à œuvrer pour l’autonomisation des organisations de femmes et d’hommes et des groupements de paysans » sont parmi les recommandations.

Michelson Cesaire
Auteur


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