Thèse création vs thèse de l’évolution

 (Deuxième partie& fin) Par Jean-Marie Beaudouin Sur la base de ce qui vient d’être dit en continuation de la confrontation entre la doctrine de la Création et la théorie de l’Évolution, au centre de laquelle Charles Darwin, un scientifique anglais très connu de son temps, et Dieu, un être surnaturel phénoménal, se disputent l’origine de l’homme.

Le Nouvelliste
05 nov. 2021 — Lecture : 9 min.

 (Deuxième partie& fin)

Par Jean-Marie Beaudouin

Sur la base de ce qui vient d’être dit en continuation de la confrontation entre la doctrine de la Création et la théorie de l’Évolution, au centre de laquelle Charles Darwin, un scientifique anglais très connu de son temps, et Dieu, un être surnaturel phénoménal, se disputent l’origine de l’homme. L’auteur de Le voyage du Beagle (1830 – 1836), disions-nous dans la première de la série, peut s’offrir du repos qu’il avait bien mérité après avoir conduit des expéditions scientifiques à travers le monde. Alors que les voyages maritimes étaient encore précaires et risqués à la veille de la révolution industrielle au crépuscule du XVIIIe siècle. Période au cours de laquelle les chantiers navals vont construire des bateaux modernes et spécialisés, que ce soit pour le commerce maritime, pour l’utilité militaire, pour l’industrie de la pêche et des croisières, etc. Naissent subséquemment les industries modernes de l’automobile, des lignes ferroviaires – train, de l’aéronautique et de l’astronautique. L’espèce humaine est au cœur de ces fleurons. 

En réalité, la doctrine de la Création peut être perçue comme le chapelet du Rosaire dans la communauté croyante chrétienne, c’est-à-dire propre à la récitation sans rime ni nuance. Elle n’inspire pas de débat intellectuel eu égard à la pensée critique parce que son fondement oscille entre le surnaturel et le sacré dans les religions dites révélées, dont les personnages édéniens ne prononcent que des oracles : des paroles que Dieu aurait mises dans la bouche de ses prophètes qui ne l’eussent jamais vu. Charles Darwin, lui, possède son arbre généalogique vérifiable.

A l’inverse, la théorie de l’Évolution se base fondamentalement sur des recherches et des observations scientifiques, dont les résultats suscitent de l’intérêt et de la curiosité de la part des chercheuses et des chercheurs contemporains. Il est à souligner en passant que le débat qu’elle provoque chez les femmes et les hommes de science est toujours actuel. Sa vitalité est comparable à une langue moderne dont locutrices et locuteurs s’échangent et s’en passionnent admirablement. L’auteur ou votre fidèle serviteur ne pense qu’il soit osé d’arguer que, entre les deux thèses soutenues dans la présentesérie, la conscience intellectuelle haïtienne aurait intérêt à adopter la deuxième qui porte sur le processus historique de l’évolution humaine pour deux raisons fondamentales que voici :

1º D’après les historiens et égyptologues de l’ère moderne, l’Égypte antique fut le berceau de la civilisation. Elle fut à l’origine de la création des fondamentaux qui fleurissent durablement la civilisation contemporaine, dont les cités modernes célèbrent les nouveaux exploits mais aussi se souviennent des liens historiques et culturels des ancêtres. Selon de Volney (Constantin François Chassebœuf :  1757 – 1820), Firmin (Joseph Auguste Anténor 1850 – 1910), Cheikh Anta Diop (1923 – 1986) et Théophile Obenga (1936 …..), l’Égypte ancienne fut nègre. Hérodote, qui fut un historien de l’Antiquité et qui séjourna en Égypte, affirme que les anciens Égyptiens avaient la peau noire et les cheveux crépus, tel que l’on peut lire dans Les Histoires/L’Enquête, livre II. Site : https://www.livre-rare-book.com

Mais il arrive que la vulgate occidentale prétende le contraire, c’est-à-dire l’Égypte antique était leucoderme. La question de déni intellectuel ou d’occultation de l’histoire n’est pas un argument pour l’Occident qui domine le reste du monde sans partage. Il a inventé le révisionnisme par lequel il entend réécrire sa propre histoire et celle des autres. Pas plus que la Révolution française sur laquelle il jette sa lave et son feu. Parce que l’enseignement et l’interprétation orthodoxe de l’évènement ont été assurés par les historiens Albert Mathiez (1874 – 1932) et Albert Soboul (1914 – 1982), connus pour leur conviction communiste. Ils étaient et/ou sont la cible du révisionnisme post-guerre froide, période qui aura récolté la plus grande moisson de l’anticommunisme contemporain. 

En tout cas, s’il existait quelque doute sur l’antériorité de la civilisation nègre. Dessalines a génialement prouvé que tout ce qui a été rapporté au sujet de l’Antiquité égyptienne comme civilisation première était correct et collait avec la réalité de l’époque. Dans l’histoire moderne, l’Occident réuni avait reçu pour son compte notamment à Saint-Domingue, ci-devant Haïti où il vit s’écrouler son système politique, ses armées et son Église.

2º Dans ce que l’on appelle l’Écriture Sainte ou les Saintes Écritures, particulièrement l’épisode post-déluge, il est dit que l’un des trois fils de Noé aurait été maudit et condamné à l’esclavage pour toujours. Comme la théologie monothéiste dominante affirme que le déluge avait été universel, c’est-à-dire le tsunami divin eût frappé toute la terre et son contenu ; il aurait donc fallu que les seuls survivants noachiques repeuplassent le monde. Il n’est donc pas évident que l’élite bourgeoise d’Haïti soit consciente de cette instrumentalisation biblique lorsqu’elle décida d’adopter la religion chrétienne au détriment du vaudou qu’elle stigmatise sans fin, à commencer par le Congrès de Bois-Caïman (14 août 1791) pour n’y retenir seulement que la cérémonie religieuse. Selon elle, la cérémonie était un pacte avec le Diable, un de ces esprits surnaturels qui bercent les croyances superstitieuses répandues particulièrement par les religions monothéistes. En tout cas, peut-être que les lignes qui vont suivre pourraient aider à se représenter le phénomène Dieu Trine et son Église romaine qui en est le dépositaire historique. 

L’espèce nègre dans l’œil du cyclone – La Bible

L’inévitabilité de la guerre de Bonaparte contre Haïti

L’utile complot de Toussaint et Dessalines

Selon l’invention de la malédiction de Cham, fils de Noé, le triumvirat – Judaïsme, Christianisme et Islam – fait carrément descendre la race noire de Cham qui aurait été le plus jeune d’entre les trois frères : Sem, Japhet et Cham. Suivant les différentes exégèses produites au sujet de cet épisode imaginaire et compte tenu des calamités, des iniquités et des monstruosités qui y sont relatées; l’Haïtien moderne aurait dû creuser un trou de profondeur abyssale pour y enterrer le document dénommé la Bible. Car il n’y a absolument rien de morale et d’éthique dans ce qui est arrivé à la famille du patriarche Noé, si l’on se fie à l’Écriture. D’abord, Noé se serait enivré avec de l’alcool, aurait sombré dans l’inconscience ; ce qui serait indigne de sa part. Ensuite, il est rapporté que Cham aurait couché avec la femme de son père, sa mère ; et en aurait profité pour castrer/châtrer Noé. Les cas d’inceste, des rapports sexuels impropres et de conflits fratricides sont légion dans la Bible. Il est donc bien difficile d’admettre qu’un tel document puisse servir de modèle dans la conduite morale de nos enfants.

Pourtant, certaines religions minoritaires voient dans la nudité de Noé une explication des mystères de Dieu : dans le sens que le patriarche serait rentré dans sa chambre pour s’entretenir avec l’Éternel, son Seigneur. A ce moment intime, son fils Cham – timoun jouda ou byen timoun tèktèk – se fût approché au seuil de la porte et, à partir d’un petit orifice, aurait vu son père parlant. Et Noé qui l’aurait entrevu, lui aurait dit : Aujourd’hui, tu vois la vérité toute nue. Cette approche, pour imaginaire qu’elle soit, paraît vraisemblable et serait bienvenue dans le monde merveilleux de Dieu. Cette singulière proposition, si elle était acceptée, éviterait à Dieu bien des critiques sur son existence que ses respectables défenseurs sont incapables de prouver, mais sur laquelle prospère le marché de Dieu.

De notre point de vue, le côté économique du racisme chrétien est beaucoup plus important que son aspect moral et spirituel dans une étude historique et épistémique du système chrétien tel que vécu dans les clergés catholique, orthodoxe, protestant et anglican. Des frères séparés qui se disputent les parts du marché de Dieu. Au XVe siècle de l’ère chrétienne, l’Église de Rome ne s’embarrasse aucunement de non seulement remplacer l’esclavage blanc par l’esclavage noir, mais aussi de s’employer à faire de l’esclavage des nègres une force motrice de l’économie capitaliste jadis primitif à l’échelle planétaire. De sa toute-puissance, elle donna en cadeau l’Afrique noire au prince Henri le navigateur (Portugal) qui, en 1441, offrit dix jeunes esclaves noirs au pape Eugène IV qui lui en félicita. Suivent la découverte de l’Amérique et sa colonisation, la décimation sanglante des Indiens et la traite négrière (voir un article sur le site www.chretien.atTexte : L’Église, la chrétienté et l’esclavagisme)

Les avoirs en capitaux et en métaux précieux de l’Église sont tellement importants qu’elle peut s’enorgueillir d’être détentrice d’une riche et puissante entreprise pourvue de sa propre banque commerciale dénommée IOR/Institut pour les œuvres de religion, ou Banque du Vatican. Elle n’en est pas moins réputée être la plus grande force morale qui guide l’humanité et porte un regard particulier sur la politique de la société occidentale hégémonique.

Ce fut à cette voix intérieure ou cette morale chrétienne que Toussaint Louverture doit sa perte dans une guerre injuste qu’il avait pourtant gagnée au propre comme au figuré. Voyant que ses demandes en troupes fraiches, en habillement, en armes, en munitions et en argent tardèrent à arriver, le capitaine-général Leclerc demanda au gouverneur-général Toussaint un cessez-le-feu pour pouvoir négocier ou traiter avec lui, après trois mois de guerre sanglante (février – mai 1802). Le chef de l’armée consulaire commença d’abord par manipuler Christophe, le seul des généraux haïtiens sur qui il put compter ; alors qu’il devait aller vite en besogne à cause des plaintes et des complaintes qu’il reçut de la part des soldats français, mais aussi à cause de la fièvre jaune qui affecta dangereusement les siens. Leclerc était bien conscient de la détresse et de la débâcle lente de son armée, et se trouvait devant un adversaire aussi inflexible qu’invisible, dont la conquête de la liberté était sa seule perspective.

Tel fut l’état mental des Français au rang desquels le général Leclerc et son état-major. Des conditions particulièrement dégradées ou discréditées dans lesquelles le général consulaire allait négocier avec son adversaire, le général Toussaint qui incarnait la résilience et la force. Cela va sans dire que c’était une rencontre entre vainqueur et vaincu. Le seul argument dont Leclerc eut pu s’en prévaloir a été quelques prisonniers de guerre qui étaient sous ses fers dont, entre autres, le général Paul Louverture, le frère de Toussaint. Mais le négociateur français savait mieux que quiconque cela ne pouvait pas infléchir le Généralissime, parce que la plupart d’entre eux avaient trahi le gouverneur-général dans le dos. La discipline militaire seule compte en cette matière. Qu’on ne s’y méprenne pas : car le code militaire qui régit le soldat ne permet ni transigeance, ni compromission.

En fin de compte, Leclerc, qui n’avait pas d’objet à présenter, évoque et invoque Dieu : quand il répétait : « Je prends Dieu à témoin de respecter mes engagements ». La même chanson de Roland qu’il avait fredonnée à l’oreille de Christophe environ deux semaines plus tôt. Mais Dieu seul sait combien Toussait fut séduit par ces mots magiques eu égard à sa foi chrétienne, une conception idéaliste que l’Occident capitaliste met à profit pour exploiter les richesses et matières premières à l’échelle du monde et pour asservir les peuples qui les possèdent.

Toussaint s’est donc fait prendre au nom de la morale chrétienne. Mais, au point de vue de la réalité de l’époque, il avait gagné la guerre que le consulat hexagonal lui en imposa sans casus belli de la part du Gouverneur-général. Aussi vrai que, plus tard, Dessalines va faire la preuve que le délitement de l’armée française était réel et irréversible. La guerre napoléonienne se déroula en deux temps : la guerre de Toussaint Louverture et la guerre de Jean-Jacques Dessalines qui dura d’août 1802 à novembre 1803. Le généralissime Napoléon Bonaparte avait bien perdu la guerre dans ses deux moments, et dut rapatrier la dépouille de son armée consulaire au sol français dans les limites du délai imparti entre le général vainqueur Dessalines et le général vaincu-abdicataire Rochambeau.

Toussaint aimait Dessalines et Dessalines aimait Toussaint. Ils formaient le duo le plus complet de la science politique et militaire de la future patrie haïtienne. Par leurs utiles combinaisons adjacentes et sous-jacentes, ils parvinrent en temps décalé à entrer debout dans l’Histoire. Sans la victoire héroïque de Dessalines, Toussaint serait descendu dans les profondeurs abyssales de l’oubli avec également sa mémoire. Sans la victoire de Dessalines, Dessalines eût été le premier soldat haïtien à descendre dans le plus profond puits de l’abime et avec lui, la civilisation haïtienne qui serait mort-née. Telle est notre attitude par rapport à notre sujet de départ.

Jean-Marie Beaudouin

Octobre 2021 ; coifopcha@yahoo.fr