Le nègre haïtien: tel qu’il fut, tel qu’il est

Publié le 2021-10-12 | lenouvelliste.com

Par Jean-Marie Beaudouin

Il doit donc s’agir d’un signe des temps nouveaux, le débat qui semble s’ouvrir entre le poète écrivain Lionel A. Trouillot dont le monde intellectuel haïtien admire le talent et monsieur Robert Malval, homme du secteur privé des affaires, écrivain et homme d’État pour avoir occupé la haute fonction de Premier ministre sous l’administration du président Jean-Bertrand Aristide, figure marquante de l’histoire contemporaine d’Haïti. Le pays national ne peut que s’en réjouir de la tonalité du propos tenu et soutenu par nos deux hommes.

L’histoire renseigne que la polémique comme le débat contradictoire sont une bonne institution susceptible de faire progresser les consciences nationales, notamment la nôtre quant à la nature des objets mis en discussion. Le peuple haïtien, dans ses composantes sociales, culturelles et politiques, vit une conjoncture particulière de la vie nationale ; il est à désirer que cette initiative apporte un nouveau éclairage sur la situation générale du pays des Haïtiennes et des Haïtiens. De son côté, l’auteur du présent papier y souscrit et salue le fair play et la solidarité du Nouvelliste qui héberge le débat dont la tendance augure bien de l’avenir.

Renouveau: sérénité et probité

Il appartient à toute société comme à toute nation de rêver. C’est une loi générale de la nature dont la qualité de législateur universel ne souffre pas de controverse dans la communauté humaine. Dans les conditions de la colonie française de Saint-Domingue ci-devant Haïti, la question de couleur avait fortement marqué la conscience de l’époque. Si vrai qu’elle fut à l’origine du soulèvement général des esclaves haïtiens, ayant abouti à la guerre victorieuse de l’indépendance d’Haïti. Mais il faut bien le reconnaître que, au lendemain de la guerre nationale, Dessalines opta pour la révolution sociale en débarrassant la nouvelle société haïtienne de l’épineuse question de couleur, ferment de la division, et en plaçant en mettant également un bémol au phénomène religieux qui selon lui était un vecteur de confusion et de discorde. Il en avait donc fait de l’égalité humaine et de la justice sociale son horizon vis-à-vis de l’idéologie dominante, porteuse de l’esclavagisme colonial et de préjugés raciaux.

Il n’en demeure pas moins que le problème trompeur de la couleur de la peau de l’individu persiste dans notre vie de peuple, avec ses résultats néfastes pour l’essentiel. Il semble cependant que l’épiderme soit le détonateur du débat d’aujourd’hui, dont les deux animateurs de départ font jusque-là preuve d’une bonne maîtrise du sujet en question. Peut-être que la énième polémique de couleur déboucherait sur un renouveau national, dans la mesure que les intervenantes et intervenants privilégient la sérénité et la raison en lieu et place du fanatisme et du clivage traditionnel. La probité intellectuelle et historique doit être également respectée. Après tout, nègre à figure noire, nègre à teint clair, reste et demeure nègre ; D’où que l’un et l’autre se trouvent à la surface de la terre. Telle est notre attitude envers la problématique nationale dont les causes sont d’abord endogènes.

Jean-Marie Beaudouin

Août 2021 ; coifocpcha@yahoo.fr

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