Le martyre des Haïtiens

Publié le 2021-10-12 | lenouvelliste.com

Par le docteur Alix Coicou (médecin-psychiatre)

Les images répugnantes de garde-frontière états-uniens à cheval repoussant violemment les migrants haïtiens, détenus et entassés pendant plusieurs jours sous un pont de la ville de Del Rio au Texas, localité frontalière avec le Mexique, ont fait le tour du monde et provoqué la démission volontaire de l'envoyé spécial de l'administration nord-américaine, Daniel Foote, le 22 septembre dernier, par le biais d'une lettre adressée au secrétaire d'État, Antony Blinken. Foote a démissioné en manifestant son opposition à soutenir les expulsions massives et inhumaines de ces milliers de réfugiés, alléguant de plus l'avenir incertain qui les attend à leur arrivée en Haïti. Beaucoup de gens se demandent comment une nation qui se vante d´être la première démocratie au monde peut abriter, en son sein, des policiers avec ces comportements qui rappellent l'époque où les Noirs étaient traités comme des têtes de bétail. «Ceci est pire de ce que nous avons vu durant les jours de l'esclavage : cowboys fouettant avec leurs rênes des noirs qui seulement essaient de fuir la violence dans leur pays», a dit la congressiste démocrate Maxine Waters, qui a ajouté : «Je ne suis pas satisfaite avec le gouvernement».

La décision prise par l'administration états-unienne de renvoyer de manière échelonnée ces Haïtiens à Haïti engendre de la peur, en raison de l´insécurité croissante et du manque de perspectives que présente le pays, ce qui oblige nombre de ces citoyens à choisir le chemin de l'exil. La situation de ces migrants est extrêmement compliquée et est le produit du drame de chaque jour que vit leur pays d'origine depuis plusieurs décennies, victime de catastrophes naturelles, comme le tremblement de terre de 2010 qui occasionna 300 000 morts, les ouragans et le séisme du mois d'août dernier, alliés à la politique endémique et instable du pays caractérisée par la mauvaise gestion, la négligence et la corruption insolente de ses dirigeants. Cette situation est exacerbée par le phénomène de la “gangocratie”, la prolifération de bandes civiles armées qui règnent en Haïti, planifiant en toute impunité des extorsions, des viols, des enlèvements et des crimes odieux, principalement à Port-au-Prince, la capitale, et par l'assassinat du président Jovenel Moïse, en sa résidence privée, par un commando armé, le 7 juillet dernier. Le retour forcé de ces réfugiés représente un grand problème, pas vraiment pour le gouvernement haïtien qui semble tourner le dos aux intérêts et au bien-être de son peuple, mais plutôt pour le groupe de déportés lui-même, angoissé et extrêmement préoccupé pour son sort après être contraint de retourner au pays. Il est important de souligner l'impuissance et l'énorme frustration de ces citoyens qui ont parcouru des milliers de kilomètres depuis le Brésil ou le Chili, traversant différentes nations dans des conditions difficiles  pour atteindre la frontière nord-américaine, voyant avec une profonde amertume échouer, en un clin d'œil, leur rêve si ardemment caressé.Pourtant, en dépit du fiasco de leurs compatriotes, il existe un effectif important d'Haïtiens installés dans la ville colombienne de Necoclí qui ne perdent pas le souffle et sont fermement déterminés à tenter leur chance, ce qui montre l'immense désespoir qui les habite.

La République d'Haïti a beaucoup de ses enfants dispersés à travers le monde et le gros de la population migrante réside aux États-Unis, où une grande majorité contribue avec leur force et la sueur de leur front à soulever et à consolider son économie.Ce qui se passe est une incohérence et un manque de considération et de solidarité envers ces appelés "illégaux" qui n'affichent aucune autre prétention que celle de s'ouvrir un chemin qui leur permet de construire un futur prometteur. Il convient de souligner que si les Haïtiens sont déportés, les Afghans, au contraire sont bien vus et reçus après avoir fui l´arrivée des talibans au pouvoir, une situation qui, à bien des égards, ressemble énormément au cas haïtien. Ce sont, incontestablement, deux crises migratoires. Pour terminer, nous voulons mettre l'accent sur le comportement inhabituel d'un émissaire nord-américain : celui du conséquent monsieur Foote qui s'est aligné à l'encontre de la politique des États-Unis, renonçant à son poste et prenant parti dans sa missive au chef de la diplomatie de son pays, en se déclarant en faveur du non-rapatriement de ces sans-papiers “à un pays où nos fonctionnaires sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger que représentent les bandes armées qui controlent la vie quotidienne”, a-t-il affirmé.

Élevons notre voix pour formuler notre condamnation la plus énergique de ces actes qui violent de manière poignante et blessante les droits humains les plus élémentaires. 

Article traduit en français, publié par le journal digital espagnol "El Correo de Andalucía" et le quotidien " La Estrella de Panamá", le 29 septembre 2021.

Séville, le 11 octobre 2021.

Dr Alix Coicou
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