L’Association Militaire d’Haïti écrit au président dominicain Luis Abinader

Publié le 2021-10-07 | lenouvelliste.com

Port-au-Prince, le 29 septembre 2021

Monsieur Luis ABINADER

Président de la République Dominicaine

Palais National, Santo Domingo

Monsieur le Président,

L’Association Militaire d’Haïti prend acte de votre récente déclaration à la tribune de l’ONU concernant la crise haïtienne et elle vous sait gré de votre intérêt manifeste pour la cause d’Haïti. Particulièrement depuis la tragédie du Pont del Rio où spontanément plus de douze mille Haïtiens se sont donné rendez-vous après un périple de trois mois, en passant par les frontières de plus de sept (7) pays pour arriver, incognito, aux frontières du Texas.

Vos diligentes démarches auprès des nations sœurs de l’Amérique latine semblent partir d’un élan émotionnel qui contredit le dogme géopolitique sacrosaint selon lequel les Etats n’ont que des intérêts, jamais d’amis …mais nous comprenons bien qu’en tant que Président d’un pays qui vit presqu’exclusivement du tourisme vous soyez alarmé par l’éventualité d’un tel scénario sur la frontière Haitiano-dominicaine.

Certains de vos critiques, dans des analyses pour le moins hâtives, ont tenté de vous prêter des velléités opportunistes de leadership régional, d’autres ont caricaturé une certaine similitude inversée avec l’attitude magnanime de nos illustres Ancêtres Alexandre Sabès Pétion et de Jean-Pierre Boyer envers toute l’Amérique Latine ; autant d’opinions qui voudraient questionner la noblesse de votre démarche.

Si votre sollicitude agissante part donc d’un bon naturel, cependant l’histoire de nos 2 peuples autant que les recommandations de l’ONU devraient vous inviter à la prudence quant à la délicatesse d’une telle démarche. Votre qualification de la crise haïtienne comme un facteur d’insécurité de la région est un appel direct à l’application du chapitre 7 de la Charte des Nations-Unies qui nous a valu 23 ans d’occupation avec en prime le choléra, la prolifération des gangs armés et aujourd’hui une force de police implosée : des expériences douloureuses qu’aucun Haïtien ne souhaite revivre, sous aucun prétexte, que ce soit celui de l’aide humanitaire, celui de la coopération bilatérale, régionale ou internationale. Un indice de suspicion qui risque de pervertir l’idéal de votre initiative et déboucher sur des conséquences insoupçonnées de la part de deux peuples-frères dont l’un n’a que sa résilience, et l’autre un supposé contentieux historique insurmontable.

Monsieur le Président,

Mieux que quiconque, la République Dominicaine sait que les Forces Armées d’Haïti peuvent résoudre ce néo-banditisme d’importation qui n’est inscrit nulle part dans le registre des infractions connues de notre société.

L’équipement et la modernisation de l’Armée dominicaine ont permis à votre Police d’être efficace, l’essor économique de votre pays est étroitement lié au rôle omniprésent de l’Armée dans presque toutes les sphères de votre économie.

De notre coté, nous demeurons persuadés que placées dans les mêmes conditions et avec moins d’un tiers des équipements de l’Armée dominicaine, les Forces Armées d’Haïti, même embryonnaires, sauront faire la différence.

Monsieur le Président,

En conclusion, à la place des conférences sur Haïti, mieux que la promotion  de l’Industrie humanitaire, nous apprécierions davantage que vous partagiez avec nous l’enrichissante expérience de l’apport de votre armée dans l’économie dominicaine, que vous instruisiez vos forces de défense pour qu’elles sécurisent votre ligne frontalière pour la rendre étanche au trafic d’armes et de substances illicites, que vous participiez et invitiez les nations sœurs de l’Amérique latine à participer au plaidoyer pour la levée de l’embargo sur l’importation des armes et d’équipements militaires pour les Forces Armées d’Haïti, enfin que vous fassiez investiguer la provenance des investissements de certains anciens fonctionnaires haïtiens en république dominicaine.

Contrairement aux sirènes de quelques politicards, les Haïtiens sont un peuple guerrier fortement attaché à leur identité militaire,  jaloux de l’histoire de leur pays, une Nation fondée sur des victoires et des valeurs militaires.

Dans cette conjoncture de crise multiforme, le renforcement de nos Forces Armées, dans un rôle vecteur de transformation du pays, est la seule aide que nous souhaiterions recevoir de vos démarches, autant pour la préservation des bonnes relations Haitiano-Dominicaines que pour la stabilité de la région.

Recevez, Monsieur le Président, nos remerciements anticipés.

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Ashley Laraque, Ex-Léopard

Trésorier

                                    

Me. Joseph D. Alexandre, Mjr. Rés. FADH                                                                                                                     

 Secrétaire Exécutif                                       

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