Un réseau de trafiquants d’enfants haïtiens démantelé au Chili

Alors que des milliers de migrants haïtiens sont rapatriés par avion en Haïti depuis le mois de septembre dernier, après avoir érigé un grand camp de fortune sous un pont à la frontière des États-Unis avec le Mexique, et certains d’entre eux durement molestés par des garde-frontière américains à cheval, Haïti se retrouve encore une fois sous les feux des projecteurs à la suite de l’annonce ce lundi 4 octobre d’un important coup de filet de la police chilienne.

Publié le 2021-10-06 | lenouvelliste.com

Au moins neuf personnes, dont un ressortissant haïtien, ont été arrêtées dans le cadre d'une opération conjointe entre la police chilienne et Interpol menée contre une organisation criminelle transnationale qui a illégalement fait franchir la frontière chilienne par des centaines de migrants haïtiens en direction de la périlleuse route du nord, a appris Le Nouvelliste. 

Le réseau criminel ainsi démantelé par la police chilienne, a annoncé Interpol, est accusé d’avoir fait passer clandestinement des centaines d'enfants de migrants haïtiens, parfois sans leurs parents, du nord du Chili vers le Mexique et les États-Unis.

La police chilienne a donc mis sous les verrous les neuf suspects impliqués dans ce trafic, à savoir quatre Chiliens, deux Vénézuéliens, un Péruvien, un Haïtien et un Paraguayen.

Ce réseau transfrontalier complexe, selon des données recueillies par l'agence mondiale de coordination de la police, a fait sortir clandestinement environ 1 000 migrants haïtiens du Chili, dont 267 enfants chiliens de moins de six ans, tous nés de migrants haïtiens.

Certains des enfants, a indiqué la police, ne voyageaient pas avec leurs vrais parents, tandis que d'autres ont été retrouvés abandonnés ou leurs parents sont décédés en cours de route.

« C'est horrible de penser ce que ces enfants vulnérables, dont certains n'ont que quelques années, ont souffert », a déploré le secrétaire général d'Interpol, Jurgen Stock.

Ces enfants ont traversé de nombreuses frontières latino-américaines dans des conditions épouvantables.

La détection de ces mineurs aux postes frontaliers dans les pays d'Amérique centrale et au Mexique a déclenché l'alerte et a conduit la police chilienne à lancer en janvier 2020 son enquête. Le chef de la brigade de police métropolitaine contre la traite des êtres humains, Giordano Lanzarote, a assuré avoir reçu, depuis 2020, de nombreuses alertes de la part des agents des migrations d'autres nations qui prétendaient localiser des enfants de moins de cinq ans de nationalité chilienne, mais d'origine haïtienne.

Le réseau de passeurs, arrêté le 29 septembre dans la ville frontalière d'Arica, au nord du Chili, tout près de la frontière avec le Pérou, a coutume de faire la promotion de ses services auprès des Haïtiens via le service de messagerie WhatsApp, a révélé Interpol, puis a aidé à transporter secrètement des migrants au Pérou depuis le Chili. Après quoi ces derniers, livrés à eux-mêmes, ont entrepris seuls leur voyage vers le nord.

Ce réseau comptait un citoyen haïtien qui coordonnait le transfert de personnes moyennant le partage du butin avec ses huit complices. Tous ont été traduits en justice et emprisonnés à titre préventif. Les suspects sont accusés de délit présumé de traite de mineurs, en particulier d'enfants haïtiens qui ont été détectés sur les routes migratoires irrégulières vers les États-Unis sans être, dans la plupart des cas, accompagnés de leurs parents.

Les autorités estiment que près de 100 000 Haïtiens ont été victimes de trafic de migrants en provenance du Chili avec pour destination finale les États-Unis d’Amérique.

Selon le ministère chilien de l'Intérieur, les départs d'Haïtiens ont augmenté de 81% par rapport à 2020, avec près de 3 000 migrants quittant le Chili jusqu'à présent cette année, la grande majorité par des passages non autorisés à la frontière terrestre avec le Pérou et la Bolivie. 

Actuellement le Panama a déjà inhumé environ 50 personnes décédées dont les corps ont été retrouvés à Darien, selon les rapports des autorités médico-légales et d'enquête.

Ce chiffre dépasse ceux des années précédentes où la découverte de corps se situait en moyenne entre 20 et 30 et reflète la plus grande vague migratoire irrégulière enregistrée dans le Darien en un peu plus d'une décennie. Selon les autorités panaméennes, plus de 90 000 personnes - pour la plupart des Haïtiens originaires de pays d'Amérique du Sud comme le Chili et le Brésil - ont fait ce voyage cette année.

Dans son intervention lundi à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur Haïti, l’ambassadeur du Mexique à l’Onu, Juan Ramón de la Fuente Ramirez, a déploré le fait que les agissements des bandes criminelles ont forcé 20 000 Haïtiens à se réfugier au Mexique, et beaucoup d’autres en Colombie et au Panama. « Il est donc indispensable de mettre en œuvre des politiques pour prévenir le commerce illicite d’armes et la traite de personnes »,  a réclamé le représentant mexicain à l’Onu, plaidant pour l’adoption et la mise en œuvre de la stratégie nationale de désarmement, de démobilisation et de réinsertion.



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