Si la psychologie m’était contée

Publié le 2021-10-11 | lenouvelliste.com

Coup sur coup, Haïti, le pays qui, selon les données de Transparency International, eu égard aux critères retenus : déficit budgétaire, taux important de mortalité infantile et niveau de corruption, etc. est classé comme étant le plus pauvre de la région caraïbe, a encore fait parler de lui, peu de temps après l’assassinat du président en juillet dernier, le tremblement de terre en août dernier, affectant le grand Sud, jetant dans le deuil nombre de familles, la pandémie qui existe encore avec ses variants, voilà que l’on a retrouvé sous un pont situé entre la frontière du Mexique et des États-Unis, des centaines de compatriotes cherchant à gagner illégalement l’eldorado américain.

Interceptés par les gardes forestiers, après de longs mois d'une traversée ayant son point de départ soit au Chili, soit au Brésil, pour aboutir au fleuve de Rio Grande.

Il n’est pas à écarter, selon les témoignages de plus d’un, au cours de la traversée, nombreux sont ceux et celles qui, épuisés, déshydratés n’ont pu tenir le coup en raison des complications du voyage.

Exposés à toute sorte de choses : mauvaise température, mauvais état des sentiers, conditions difficiles, avec le risque d’être piqués par des serpents et des scorpions, une dénutrition plus que significative, des réactions hydriques, somme toute, une situation de risques énormes, sans compter les cas d’abus sexuels des passeurs qui n’ont pas trouvé mieux à faire, après leur avoir exigé beaucoup plus pour le coût du voyage. Autant de péripéties pour atteindre le pays tant convoité. 

La nature, dans sa grande compassion, a permis à bon nombre d’atteindre le niveau frontalier, où, nul, croit-on, ne pouvait anticiper sur ce qui les attendait sous le pont devenu célèbre par la force des choses.

Là, les images les plus avilissantes, en termes de traitements entre humains, ont fait le tour du monde à la vitesse de la lumière, où, les cavaliers avec leur cravache frappant hommes et femmes sous le regard impuissant des enfants.

Il est clair que de tels traumatismes ont le poids qu’ils doivent avoir sur le psychisme de tous ceux et celles les ayant subis, tout comme pour les témoins.

C’est d’ailleurs l’une des choses les plus déshonorantes, pour un enfant, que de voir un étranger infliger des supplices aux siens, sans que ces derniers soient capables de se défendre.

De telles images viennent changer le réel de l’enfant témoin à plus d’un titre de pareilles atrocités.

Idéalement pour un enfant, les parents sont invincibles et imperturbables, ce qui n’est pas évident dans la réalité. Les expériences, ces derniers temps, en témoignent éloquemment et montrent toute la fragilité de tous face à des situations d’extrême violence, où les parents, par exemple, acceptent de se plier malgré eux, ne serait-ce que pour assurer la survie de leur famille.

Le choix de telle ou telle attitude est lié à l’imminence du danger immédiat, face auquel nul autre choix paraissait plausible.

Longtemps déjà, l’on a disserté sur les attitudes à tenir face à une situation donnée, cependant, personnel n’est encore arrivé à tout garder dans les proportions qu’il faut.

Bruno Bettelheim a, en effet, parlé de « blessures symboliques », ce qui correspond fort bien à ces images suffocantes, susceptibles de causer des dégâts à très long terme au niveau du fonctionnement général du sujet.

Pour ce qui est facile à cerner, aucun de nos compatriotes autant maltraités n'a eu à rencontrer un psychologue, d’où la notion de séquelles permanentes, ce qui dans bon nombre de cas va laisser apparaître les idées suicidaires, de passage à l’acte comme pour trouver une solution qui ne peut exister dans une sensation de mieux-être par rapport au mode de vie au pays d’accueil.

D’autres vont sombrer dans une dépression sévère qui les conduira dans des institutions psychiatriques et ils y resteront, qui sait, jusqu’à la fin de leur vie.

Voilà donc les conséquences d’une telle aventure que personne n’a osé mettre sur le tapis, sans compter le reste de la famille qui en sera lourdement affecté.

Il demeure plus que vrai que pour les déportés, face aux difficiles conditions qui les attendent au pays, des mesures appropriées soient prises afin qu’ils bénéficient de l’assistance d’un psychologue ou d’un psychiatre, car, dans le cas contraire, la population des dérangés mentaux ambulants ne va pas cesser de croître et ce ne sera à l’avantage de personne.

La décompensation mentale est dans ce cas précis le chemin le plus court à emprûnter.

Il est donc grand temps de prendre le taureau par les cornes et une fois pour toutes.

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