Les catastrophes météorologiques ont causé plus dégâts mais moins de décès au cours des 50 dernières années

Selon le rapport détaillé que vient de diffuser l’Organisation météorologique mondiale (OMM), une catastrophe d'origine météorologique, climatique ou hydrologique a été enregistrée en moyenne par jour au cours des 50 dernières années, entraînant quotidiennement le décès de 115 personnes et des dégâts se chiffrant à 202 millions de dollars des États-Unis (dollars américains).

Publié le 2021-09-14 | lenouvelliste.com

Le nombre de catastrophes a été multiplié par cinq durant cette période de 50 ans, sous l'effet du changement climatique et de la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, qu'un système de notification plus efficace permet aujourd’hui de signaler plus systématiquement. Néanmoins, grâce à une amélioration des systèmes d'alerte précoce et de la gestion des catastrophes, ces catastrophes ont entraîné presque trois fois moins de décès.

Selon l'Atlas de la mortalité et des pertes économiques dues aux phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes (1970-2019) qu'a publié l'OMM, plus de 11 000 catastrophes attribuées à ces phénomènes ont été signalées au cours de ces cinq décennies dans le monde, qui ont causé un peu plus de 2 millions de morts et des dégâts matériel s’élevant à 3,64 billions de dollars américains.

Ce document offre l'analyse la plus complète à ce jour des pertes humaines et économiques imputables aux phénomènes météorologiques, hydrologiques et climatiques extrêmes. On y trouve une évaluation de l'ensemble de la période de 50 ans, de même qu'un examen de chacune de ses décennies.

Entre 1970 et 2019, les facteurs météorologiques, hydrologiques et climatiques ont été à l'origine de 50 % de toutes les catastrophes, de 45 % de tous les décès et de 74 % de toutes les pertes économiques dont il a été rendu compte.

Plus de 91 % de ces décès sont survenus dans des pays en développement (selon la classification des pays des Nations Unies).

Parmi les 10 catastrophes les plus graves au cours de cette période, ce sont les sécheresses (650 000 morts), les tempêtes (577 232 morts), les inondations (58 700 morts) et les températures extrêmes (55 736 morts) qui ont prélevé le plus lourd tribut en vies humaines.

Le nombre de décès a toutefois diminué d'un facteur proche de trois entre 1970 et 2019. Il a été ramené de plus de 50 000 (dans les années 1970) à moins de 20 000 (dans les années 2010). Dans les années 1970 et 1980, on a enregistré chaque jour, en moyenne, 170 décès liés à ces phénomènes. Dans les années 1990, cette moyenne a diminué d'un tiers pour se ramener à 90 décès par jour, puis a continué à baisser dans les années 2010 pour se limiter à 40 décès par jour. En ce qui concerne les pertes économiques, les phénomènes les plus coûteux ont été les tempêtes (521 milliards de dollars É.-U.) et les inondations (115 milliards de dollars américains).

Au cours de cette période de 50 ans, les dégâts imputables à ces catastrophes se sont chiffrés en moyenne à 202 millions de dollars américains par jour. Les pertes économiques ont été multipliées par sept entre les années 1970 et les années 2010. On en a recensé sept fois plus entre 2010 et 2019 (383 dollars américains. par jour en moyenne sur la décennie) qu'entre 1970 et 1979 (49 millions de dollars américains). Les tempêtes ont été la cause la plus fréquente de dégâts matériels et elles sont responsables des plus importantes pertes économiques sur la planète. C'est le seul type de catastrophes dont les ravages continuent de s’accroître.

Trois des 10 catastrophes les plus coûteuses sont survenues en 2017: les ouragans Harvey (96,9 milliards de dollars), Maria (69,4 milliards de dollars ) et Irma (58,2 milliards de dollars). À eux seuls, ces trois ouragans sont à l'origine de 35 % de l'ensemble des pertes économiques imputables aux 10 pires catastrophes du monde entre 1970 et 2019.

Selon le M. Petteri Taalas, Secrétaire général de l'OMM, «le nombre de phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes continue de progresser. Du fait du changement climatique, ils deviendront plus fréquents et plus violents dans de nombreuses parties du monde.»

«Nous devons donc nous attendre à davantage de vagues de chaleur, de périodes de sécheresse et de feux de forêt tels que ceux qui ont sévi récemment en Europe et en Amérique du Nord. Le taux plus élevé de vapeur d'eau dans l'atmosphère exacerbe les précipitations extrêmes et les inondations meurtrières. De plus, le réchauffement des océans a une incidence sur la fréquence des cyclones tropicaux les plus intenses, de même que sur et les zones qu’ils touchent,»

«Les pertes économiques augmentent à mesure que l’exposition à ces phénomènes s’intensifie. Heureusement, parallèlement à ces sinistres statistiques nous pouvons communiquer un message d'espoir: l'amélioration des systèmes d'alerte précoce multidangers se traduit par une réduction considérable de la mortalité. Nous sommes simplement mieux armés que jamais pour épargner des vies,» a-t-il encore ajouté.

Il y a toutefois encore du pain sur la planche. Seulement la moitié des 193 Membres de l'OMM disposent de systèmes d'alerte précoce multidangers et les réseaux d'observation météorologique et hydrologique souffrent de brèches en Afrique, dans certaines zones d'Amérique latine et dans les États insulaires du Pacifique et des Caraïbes.

L'OMM s’est attelée à renforcer sa collaboration avec ses partenaires pour mieux faire face aux risques liés aux phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes. Le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), qui vient s'installer au siège de l'OMM à Genève en ce 1er septembre, et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont contribué à l'élaboration de l'Atlas de l'OMM.

«De plus en plus de vies sont sauvées grâce aux systèmes d'alerte précoce, mais il n'empêche que le nombre de personnes exposées aux risques de catastrophe ne cesse d’augmenter en raison de la croissance démographique dans les zones à risque, de même que de l'intensité et de la fréquence croissantes des phénomènes météorologiques. Il faut renforcer la coopération internationale pour affronter le problème chronique que pose, chaque année, le déplacement d’une multitude de personnes à la suite d'inondations, de tempêtes ou de sécheresses. Nous devons davantage nous investir dans la gestion globale des risques de catastrophe et faire en sorte que les mesures d'adaptation au changement climatique soient intégrées dans les stratégies nationales et locales de réduction de ces risques,» a déclaré Mami Mizutori, Représentante spéciale du Secrétaire général pour la réduction des risques de catastrophe et responsable de l’UNDRR.

«La concomitance de la pandémie de COVID-19 avec de nombreux autres dangers, naturels ou d'origine humaine, en particulier les phénomènes météorologiques extrêmes survenus au cours des 18 derniers mois, montre que nous devons davantage nous employer à réduire les risques de catastrophe et nous engager dans une approche multidanger de la gestion des risques de catastrophe et de la mise en place de systèmes d'alerte précoce afin d’atténuer les risques et de renforcer la capacité de faire face aux nombreux scénarios de catastrophe,» a‑t‑elle déclaré.

«Si nous ne parvenons pas à diminuer les pertes dues aux catastrophes, comme le préconise le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe adopté par les États membres de l'ONU en 2015, nous compromettons la capacité des pays en développement d’éradiquer la pauvreté et de réaliser d'autres objectifs de développement durable importants,» a déclaré Mme Mizutori.

Le Cadre de Sendai évoque l'alerte précoce dans l'un de ses sept objectifs, qui est d'«Améliorer nettement, d’ici à 2030, l’accès des populations aux dispositifs d’alerte rapide multirisque et aux informations et évaluations relatives aux risques de catastrophe.»

Recommandations

Pour mieux mettre en avant les risques qui s'associent aux divers phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques, le rapport ventile les données par sous‑catégorie et sous-sous-catégorie de catastrophe et présente la situation dans une perspective régionale. L'objectif est de communiquer des informations utiles aux personnes qui élaborent les politiques et prennent des décisions pour leur permettre de protéger les vies et les moyens de subsistance ainsi que de définir des normes plus efficaces pour le recensement des pertes et de consolider les bases de données sur les catastrophes.

Les statistiques qui figurent dans l'Atlas de l'OMM proviennent de la base de données sur les situations d'urgence (EM-DAT), tenue à jour par le Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED). L'Atlas reconnaît également la valeur d'autres systèmes et mécanismes de notification des catastrophes, tels que ceux de l'UNDRR et de l'OMS. Il appelle à systématiser l'établissement des rapports et des statistiques portant sur les catastrophes afin de garantir que les données relatives à leurs incidences sont communiquées avec exactitude et cohérence.

Le document expose les principaux enseignements tirés au cours des 50 dernières années et formule un certain nombre de recommandations. Il y est notamment recommandé:

D'analyser l'exposition aux risques et la vulnérabilité aux phénomènes dangereux, en tenant compte du fait que le changement climatique peut modifier la trajectoire, l'intensité et la vitesse des cyclones tropicaux par rapport au passé.

De renforcer les mécanismes de financement de la lutte contre les catastrophes à l'échelle nationale comme internationale, en particulier dans les pays les moins avancés et les petits États et territoires insulaires en développement.

D’élaborer des politiques intégrées et proactives pour prévenir les catastrophes à évolution lente, telles que les sécheresses.

Attribution des phénomènes extrêmes au changement climatique

Des études évaluées par les pairs publiées dans le supplément annuel du Bulletin of the American Meteorological Society ont établi la présence d’une influence humaine non négligeable dans 62 des 77 phénomènes répertoriés sur la période 2015-2017. Presque toutes les études sur les grandes canicules depuis 2015 ont révélé que la probabilité de ces phénomènes a été considérablement accrue par le changement climatique d'origine anthropique.

La contribution de facteurs anthropiques aux épisodes de sécheresse n'est pas aussi claire que dans le cas des canicules en raison de la variabilité naturelle due à de grandes oscillations océaniques et atmosphériques, telles que le phénomène El Niño-oscillation australe (ENSO). Toutefois, la sécheresse est-africaine de 2016-2017 a été considérablement favorisée par l'élévation des températures à la surface de l'océan Indien occidental, à laquelle l'activité humaine a contribué.

Le changement climatique a augmenté le nombre de phénomènes extrêmes à la surface de la mer associés à certains cyclones tropicaux, ce qui a exacerbé l'intensité d'autres phénomènes extrêmes, tels que les inondations et leurs répercussions. Ces réactions en chaîne ont fragilisé les mégapoles de faible altitude, les deltas, les côtes et les îles de nombreuses régions du monde.

Par ailleurs, un nombre croissant d’études concluent à une influence humaine sur les précipitations extrêmes, parfois en conjonction avec d'autres facteurs climatiques de grande portée, tels que l'ENSO. D'autres exemples sont les précipitations extrêmes qui ont frappé l'est de la Chine en juin et juillet 2016 et l'ouragan Harvey, qui s'est abattu sur Houston (États-Unis d’Amérique) en 2017.

Répartition des catastrophes et de leurs conséquences en fonction du type de phénomène

Dans le monde, 44 % des catastrophes ont été associées à des crues (crues fluviales 24 %, crues générales 14 %) et 17 % à des cyclones tropicaux.

Les cyclones tropicaux et les sécheresses ont été les phénomènes les plus meurtriers: ils sont à l'origine de, respectivement, 38 % et 34 % des morts liées aux catastrophes entre 1970 et 2019. Pour ce qui est des pertes économiques, 38 % ont été liées à des cyclones tropicaux, tandis que 31 % ont été liées à différents types de crues, à savoir à des crues fluviales (20 %), des crues générales (8 %) et des crues soudaines (3 %).

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